Silence radio sur la chaîne de Bolloré, qui a pourtant largement couvert la mort des deux ouvriers israéliens victimes, le matin même, de bombardements iraniens.
Nous parlions récemment de la Passion de Taybeh.
Voici venue celle de Qlayaa, un village du Sud-Liban de 8000 habitants de la caza de Marjeyoun : un obus israélien, en milieu d’après-midi, a tué son curé, le père Pierre el-Raï. Ce dernier était venu avec d’autres résidents secourir un couple, dont la maison venait d’être frappée par un premier tir. C’est alors qu’un second obus l’a jeté au sol, ainsi que trois autres personnes. Il est décédé peu après, des suites de ses blessures.
Hanna Daher, président du Conseil municipal de Qlayaa, a affirmé que le ciblage de cette maison n’était pas clair :
« Nous avons d’abord entendu une explosion, puis les habitants ont vu de la fumée s’élever et tout le monde s’est précipité sur les lieux. À notre arrivée, nous avons constaté qu’il y avait des blessés à l’intérieur. Alors que nous tentions d’évacuer les personnes blessées, un second obus a explosé dans la maison. Nous avons échappé de peu à un massacre, car nous étions nombreux sur place. Malgré cela, plusieurs personnes ont été blessées, dont le prêtre Pierre el-Raï, qui a succombé à ses blessures. »
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a jugé absolument inacceptable ce qui s’est passé.
Il a évoqué l’intrusion dans la localité d’éléments du Hezbollah, les protestations multiples de la population auprès de l’armée libanaise, dont il a dénoncé l’inaction.
« L’armée libanaise est pourtant appelée à protéger les villes et villages libanais », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Je m’adresse au président de la République, ainsi qu’au Premier ministre et au ministre de la Défense, afin qu’ils demandent à l’armée de prendre les mesures nécessaires pour protéger les citoyens qui estiment se trouver sous la protection de l’État »
Le père el-Raï avait pris part vendredi à un rassemblement devant une église de Marjeyoun, où plusieurs dizaines d’habitants s’étaient dit résolus à rester malgré les opérations militaires pour des raisons historiques et spirituelles. Le village avait vécu sous occupation israélienne de 1978 à 2000 et conserve une forte attache à sa terre. « Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix », avait alors déclaré Pierre el-Raï. Il avait appelé à considérer Marjeyoun comme une zone rouge, c’est-à-dire qui ne devrait pas abriter des déplacés de la zone partisans du Hezbollah.
Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, lui a rendu hommage en ces termes :
« Il est resté dans son village aux côtés des fidèles de sa paroisse, refusant d’abandonner sa terre et son église, comme l’ont fait nombre de nos saints qui ont refusé de renoncer à leur témoignage pour la vérité, Les paroles du père Pierre resteront gravées dans nos esprits et nous encouragent à continuer, comme toujours, à dire la vérité, à témoigner pour le droit et à nous attacher à notre patrie, le Liban. »
L’Œuvre d’Orient a condamné avec la plus grande fermeté ces actes de guerre qui visent à déstabiliser le Liban tout entier.
Elle a également dénoncé également le risque d’annexion ou de disparition des villages au sud du Litani, et notamment des villages chrétiens historiques.
« Ces populations ont déjà été déplacées plusieurs fois ces cinquante dernières années. Cette fois-ci, ils savent que s’ils partent, ils ne pourront jamais revenir. Il y a un risque réel d’annexion par l’armée israélienne. C’est inacceptable », témoigne Vincent Gelot, responsable pays pour L’Œuvre d’Orient qui rappelle que partout au Moyen-Orient, la minorité chrétienne est ainsi menacée d’extinction.
Le ministère de la santé publique, dirigé par Rakan Nassereddine, a actualisé dans la foulée le bilan global des victimes depuis le début de l’escalade actuelle.
Celui-ci s’établit à 394 morts, dont 83 enfants et 42 femmes, et plus de 1 130 blessés, chiffres compilés en temps réel par les hôpitaux du Sud, de Nabatiyeh, de la Békaa et de Beyrouth et plus de 500. 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays.
L’agence nationale d’information a également rapporté des activités à Tayr Debba et Jouaiya, où deux secouristes avaient été tués la veille.
Une quinzaine d’autres villages chrétiens, à l’image de Alma al-Shaab, Rmeish ou Ein Ebel, se battent pour continuer à exister sur ces terres que le Christ lui-même a foulées.
Il est consternant de voir qu’en France, aveuglés par une défense inconditionnelle d’Israel, bon nombre de catholiques applaudissent les actes guerriers de Netanyahou et de Trump.
Les Chrétiens du Liban, qui luttent pour leur survie dans l’indifférence internationale, nous montrent une autre voie, en restant résolument à l’écart du conflit entre les deux.
Ni Israel ni Hezbollah, c’est-à-dire, au niveau national, ni l’islamo-gauchisme du tribun Mélenchon, ni le talmudo-droitisme des chroniqueurs fanatisés de la droite bolloréenne.
Le Petit Béraldien
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