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Le futur Synode sur l’Amazonie et l’opposition des prélats conservateurs : une lutte inefficace !

Le Révérend Père Laurent, O.F.M. Cap., du couvent Saint-François de Morgon, a analysé en sermon, le dimanche 22 septembre dernier, le futur Synode sur l’Amazonie et l’opposition qu’il suscite chez des prélats conservateurs. Le face à face n’est qu’une lutte inefficace car, d’un côté comme de l’autre, les arguments s’appuient exclusivement sur le concile Vatican II et le magistère post-conciliaire, pour promouvoir le Synode, pour s’opposer au Synode. Or le concile et le magistère qui en est issu sont le principe de ces hérésies et cette apostasie contenues dans le document préparatoire du Synode et que dénoncent les prélats conservateurs. Plus que jamais la fameuse phrase de Bossuet frappe juste et bien :

« Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance » (in Histoire des variations des églises protestantes, de Jacques Bénigne Bossuet)

« Bien chers fidèles,

L’évangile que nous venons de lire retrace cet épisode de la résurrection du fils de la veuve de Naïm. Comme le disent les pères de l’Église, cette veuve qui pleure sur son fils est le symbole, l’image, de la Sainte Église qui pleure sur ses enfants, ses enfants morts par le péché, puisque c’est le péché qui donne la mort aux hommes.

Il y a quelques jours, le 19 septembre, nous fêtions l’anniversaire de l’apparition de Notre Dame à la Salette. Et là-aussi Notre Dame pleure. Sur quoi pleure-t-elle ? Sur qui pleure-t-elle ? Elle le dit, d’emblée, dans son message. Elle pleure d’abord sur ses enfants, ses enfants qui mènent une vie de péché, en particulier les péchés contre le 2e et 3e commandements. Et puis dans la partie centrale du message qui est resté un certain temps secret, elle pleure sur les prêtres, elle pleure sur l’Église dont elle annonce, pour reprendre ses termes, « une crise affreuse ».

Je voudrais, ce matin, évoquer un événement qui est prévu pour le mois d‘octobre, et qui très certainement arrache des pleurs à Notre Dame, arrache des pleurs à la Sainte Église. Je veux dire le Synode sur l’Amazonie dont vous avez certainement entendu parlé. Même des prélats, des évêques, et même des cardinaux, se sont manifestés assez fortement contre le texte qui prépare ce synode et ils dénoncent des hérésies. Ils dénoncent même, ce sont leurs termes, une apostasie qui est contenue dans ce texte. Et c’est tout à leur honneur d’avoir ainsi élevé la voix puisque le texte effectivement contient un éloge du paganisme, du panthéisme, de toutes les religions païennes. Cependant, dans l’argumentation qu’ils utilisent pour dénoncer ce texte, ils s’appuient exclusivement sur le concile Vatican II et sur le magistère post-conciliaire.

Ce matin, je voudrais brièvement montrer que, au fond, le Synode sur l’Amazonie s’enracine dans les textes mêmes du concile de Vatican II et spécialement sur cette erreur fondamentale que toutes les religions sont des moyens de salut. Je prendrais simplement quelques points qui sont évoqués par les prélats conservateurs.

Tout d’abord le dialogue. Qu’est-ce que le dialogue ? Dans le sens qui a été mis en circulation au Concile, il s’agit que chaque religion présente ce qu’elle pense, du moins les tenants de chaque religion présentent ce qu’ils pensent, quelle est leur pensée, et puis ainsi qu’il y ait un enrichissement réciproque, que l’on apprenne à estimer les autres et profiter des lumières que les autres nous apportent. Voilà ce qu’est le dialogue. Il est évident qu’ainsi conçu le dialogue est la mort de la mission, de l’esprit missionnaire. Voici ce que dit le Synode : « La spiritualité indigène est source de richesses pour l’expérience chrétienne. » Cela veut dire que la fausse mystique inspirée par les démons, puisque le paganisme est inspiré par le démon -c’est l’enseignement constant de l’Église, les fausses religions sont inspirées par les démons- donc cette fausse mystique serait source de richesses pour la vraie religion, pour la véritable mystique, pour l’union à Dieu. On voit à quel point cette simple phrase est éloignée, diamétralement opposée, à la doctrine constante de l’Église. Et ensuite suit toute une apologie des religions païennes.

Mais cela n’est pas nouveau. Cela ne date pas du mois de juin 2019 puisque la déclaration Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes qui prône le dialogue inter-religieux, donc un texte du concile, dit ceci à propos des religions païennes : « L’Église considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre », les manières de vivre et d’agir des païens. Or nous connaissons, nous savons comment dans toutes les religions païennes on a trouvé et on trouve encore aujourd’hui des sacrifices humains, et puis beaucoup d’abominations dénoncées par la Bible, déjà par Dieu, dès l’Ancien Testament. Donc l’Église considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoi qu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apporte souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Cela voudrait dire que le paganisme apporte des lumières qui éclairent tous les hommes. Ce qui bien sûr est à l’opposé de la doctrine catholique puisque, dès l’Ancien Testament, lorsque les prophètes parlent des nations païennes, ils parlent de ces nations qui gisent dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Voilà bien l’opposé de ce qu’on entend ici, c’est-à-dire que le paganisme serait une lumière, contiendrait des lumières. Au contraire le paganisme est ténèbre. Voici la phrase qui suit du Concile : « l’Église exhorte ces fils pour qu’ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux ». Cela inclut bien sur le paganisme de l’Amazonie ou d’ailleurs. Encore une fois, c’est la mort de l’esprit missionnaire et cela s’enracine dans le Concile lui-même.

Un deuxième point aussi que l’on trouve dans le Synode, c’est ce qu’on peut appeler le christianisme anonyme. L’expression est du père jésuite Karl Rahner qui a eu un rôle considérable au Concile puisque les pères conciliaires, un peu pour plaisanter, disaient de lui : « Karl Rahner a parlé, le débat est tranché ». Un plagiat de cet autre adage : « Rome a parlé, le débat est tranché. » Cela montre l’importance considérable qu’a eu ce jésuite qui était expert au Concile. Donc le christianisme anonyme dont parle ce père conciliaire veut dire que nous sommes tous chrétiens même sans le savoir. C’est à dire tous les hommes, même s’ils ne s’en rendent pas compte, finalement sont chrétiens. Voici ce que dit le Synode : « Le Saint-Esprit a nourri la spiritualité des peuples païens bien avant l’annonce de l’Évangile. » Cela veut dire que le Saint-Esprit a inspiré, aurait inspiré du moins, les peuples païens, aurait inspiré leur religion, ce qui évidemment est diamétralement opposé à ce qu’on a dit tout à l’heure., à savoir que c’est le démon qui a inspiré ces religions. Et donc si le Saint-Esprit les a inspirés, cela voudrait dire que finalement tout le monde est chrétien puisque le Saint-Esprit est la 3e personne de la Sainte Trinité dont le rôle, dit Notre Seigneur, est de rappeler ce que lui-même a dit. Donc cela aussi s’enracine dans le Concile puisque déjà le décret sur l’œcuménisme pose le principe, le faux principe, que le Saint-Esprit ne dédaigne pas de se servir des religions non-catholiques comme d’instruments pour sauver les âmes. Et cette autre parole de Gaudium et Spes : « Par son Incarnation le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni a tout homme. » Alors il est précisé : « Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais pour tout homme de bonne volonté. » Donc la foi n’est plus nécessaire pour être sauvé. Donc tout homme de bonne volonté est sauvé. Ou encore l’encyclique sur le Saint-Esprit de Jean-Paul II qui dit : « Le Christ est la réalisation et l’aspiration de toutes les religions du monde. » Cela veut dire que finalement toutes les religions inspirées par Satan aboutiraient finalement à Notre Seigneur. Ce qui évidemment est opposé à la doctrine catholique mais en pleine harmonie avec le texte préparatoire du Synode.

Et enfin il y a un 3e point, c’est celui du panthéisme. Les prélats conservateurs dénoncent ce panthéisme, implicite parce qu’évidemment le texte ne dit pas que tout est Dieu puisque c’est cela que veut dire le panthéisme, tout est Dieu et il n’y a pas de distinction entre Dieu et le monde. Mais le texte dit ceci : « Toutes les parties du monde forment un tout vital » et «  toutes ces parties sont en dialogue avec les esprits. » Cela veut dire que toutes les parties du monde, que ce soit la nature végétale, ou les animaux, ou les hommes, tout cela forme un tout vital. Un tout vital, c’est à dire que chacun d’entre nous, et cela est vrai chacun d’entre nous forme un tout vital, nous sommes une substance mais il est faux de dire que le monde entier ne serait qu’une seule substance, qu’il n’y a pas de distinction entre toutes les autres substances. Surtout si l’on relie cela avec ce qu’on a vu tout à l’heure, à savoir que le Saint-Esprit animerait toutes ces religions, tous ces esprits, donc finalement c’est le Saint-Esprit, un esprit du moins, qui animerait le monde entier, ce qui est exactement la thèse du panthéisme.

Mais le panthéisme lui-même est la conséquence plus ou moins prochaine de la confusion entre nature et grâce. C’est-à-dire la confusion entre la nature divine et la nature humaine. Ainsi on admet que tout le monde, parce qu’il est une créature, que tout homme parce qu’il est homme, est à la fois fils de Dieu, à la fois donc la nature divine, donc c’est parce qu’il est homme qu’il est la nature divine, c’est par nature qu’il est divin. Et cela est du panthéisme. Cela découle tout logiquement de cette confusion entre nature et grâce que l’on trouve dans le Concile.

Pie IX d’ailleurs, dans le Syllabus, nous montre comment il y a un lien entre les différentes erreurs, c’est-à-dire qu’il y a une logique dans l’erreur. La première proposition de cette liste qu’il a établie en 1864, qu’on appelle le Syllabus, (il s’agit de 80 propositions condamnées), est une condamnation du panthéisme. Après, le pape Pie IX montre les conséquences de cette erreur fondamentale, dénonce ces erreurs : tout d’abord celle du rationalisme absolu, du naturalisme absolu, du rationalisme mitigé, et puis, de conséquence en conséquence, on arrive à la 80e proposition condamnée qui est que le pape, l’Église donc, doit se réconcilier avec le monde moderne. Et la réconciliation entre l’Église et le monde moderne, c’est précisément ce qu’a voulu le Concile. C’est ce que dit explicitement par exemple Benoît XVI, en disant que Gaudium et Spes, qui est dit-il « la quintessence du Concile », est une tentative de réconciliation officielle entre l’Église et le monde tel qu’il était devenu depuis 1789. C’est exactement le vœux de la 80e proposition du Syllabus, proposition condamnée, à savoir la réconciliation entre l’Église et le monde. Aussi, en mettant le doigt dans l’engrenage du libéralisme, on accepte confusément, ou du moins implicitement, cette confusion entre nature et grâce, et puis on se dirige vers le panthéisme.

Alors, bien chers fidèles, nous voyons bien avec ces quelques exemples, il a fallu se limiter à quelques points, on aurait pu en prendre d’autres, mais on voit bien que ce Synode s’insère, s’enracine profondément dans la lettre et l’esprit du Concile. Cela veut dire qu’il ne suffit pas de dénoncer le Synode, il faut encore en dénoncer la cause, c’est-à-dire le Concile. Toute dénonciation qui s’appuierait sur la cause des maux, c’est-à-dire sur la cause du Synode, bien, serait tout-à-fait inefficace. Ou encore, la ligne de démarcation entre l’Église et la révolution, c’est le Concile tout simplement. Cela signifie que si nous sommes pour l’Église il faut nécessairement s’opposer au Concile.

Certains pourraient peut-être dire, ou se lasser, qu’en disant cela nous revenons toujours sur le même discours. Une première réponse c’est que les brebis aussi peuvent se lasser de ce que le berger crie au loup, mais il vaut mieux entendre ce cri ennuyeux plutôt que d’être dévoré par le loup.

Une deuxième réponse, c’est que ce discours est encore plus nécessaire aujourd’hui puisque la révolution est allée si loin dans ses conséquences que le Concile lui-même, son texte, semblent être devenus presque traditionnels. Il est d’autant plus urgent de montrer le poison qui s’y cache et qui est précisément la cause de ces conséquences que nous déplorons. Il est illusoire de vouloir combattre la révolution par la révolution.

Précisément, pour ne pas nous lasser, pour garder courage, la première chose c’est de garder à l’esprit cette conviction que cette crise que nous voyons prendra fin. « Les portes de l’enfer, dit Notre Seigneur, ne prévaudront pas contre l’Église. » Et si Notre Dame à la Salette prédit, de façon générale, ce que nous vivons, elle prédit aussi que l’Église retrouvera sa splendeur. Elle retrouvera sa beauté et Jésus-Christ sera aimé. Il sera servi. Cela peut sembler long pour nous de vivre tous ces événements mais pour Dieu mille ans sont comme un jour. Nous savons que dès maintenant Notre Seigneur est glorieux, il est victorieux, par sa Croix il a vaincu l’enfer, il a vaincu les puissances du mal. Tout cela nous le savons, nous en sommes convaincus, c’est notre foi, et c’est aussi notre espérance.

Et puis, deuxième chose aussi, pour ne pas nous lasser, il faut se souvenir que ce que Dieu nous demande ce n’est pas d’être des sauveurs de l’humanité, des sauveurs de l’Église. Ce qu’Il nous demande, c’est de tenir bon. C’est lui qui donne le salut. Bien sûr, il se sert des hommes, et très probablement, comme il le fait à toutes époques, à toutes les crises, à toutes les difficultés, Il suscite des instruments providentiels, et par ses instruments tout particuliers, par des saints, par des réformateurs authentiques, oui, par cela Dieu sauve l’Église, sauve le monde. Mais Il ne demande pas cela de chacun d’entre nous. En revanche ce qu’Il nous demande, c’est de tenir bon. De ne pas nous compromettre avec l’hérésie. Par exemple, de ne pas céder pour plaire aux conservateurs, en voulant nous-aussi nous opposer au Synode au nom du Concile. Ce serait croquer dans la pomme de Vatican II, c’est-à-dire vouloir combattre des abus, ce qu’on appelle des abus, par finalement ce qui les cause.

Pour cette fermeté, nous aurons toujours la grâce. Bien sûr, cette fermeté nous coûte, surtout par les sacrifices qu’elle demande, sacrifices pour avoir la messe de toujours, pour élever les enfants chrétiennement, pour vivre chrétiennement, pour renoncer au monde. Mais, et c’est là un troisième conseil, après cette fermeté, cette constance, il faut se rappeler que tous ces sacrifices que le bon Dieu demande de nous, c’est précisément la pénitence qu’il attend de nous pour nous sauver, pour racheter nos péchés, pour réparer aussi les péchés des autres, et puis aussi pour préparer précisément ce triomphe. Ce triomphe nous l’obtiendrons mais il faut que nous soyons constants, il faut que nous persévérions dans ces sacrifices quotidiens qui parfois peuvent nous coûter beaucoup, nous lasser, surtout à cause de l’usure du temps. Et bien, tout cela est très précieux. Ce sont des perles précieuses que le bon Dieu recueille dans son trésor et par lesquelles un jour il restaurera l’Église qui sera ornée de ces pierres précieuses de vos sacrifices.

Pour terminer, il y a plutôt de quoi finalement rester dans l’action de grâce parce que, finalement, le bon Dieu, s’Il permet le mal, c’est toujours pour un plus grand bien. Si, à travers ces épreuves, nous sommes davantage détachés du monde, attachés à Jésus-Christ, si nous l’aimons davantage, et bien tout cela nous vaudra tout un poids de gloire qui est sans comparaison dit saint Paul avec les épreuves que nous avons ici bas.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi-soit-il. » Père Laurent, O.F.M. Cap.


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