Ce sont maintenant six millions et demi de pages de documents dévoilész par la justice américaine et relatifs à l’enquête sur Jeffrey Epstein, milliardaire pédocriminel lié au Mossad, qui sont accessibles à tous. Parmi ces documents figurent les preuves que le gouvernement israélien a fait installer du matériel de sécurité et contrôler l’accès à un immeuble d’appartements à Manhattan géré par Epstein et utilisé régulièrement par l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak.
Bien après la condamnation d’Epstein en 2008
Le matériel israélien a été installé début 2016, soit bien après la condamnation d’Epstein en 2008. L’immeuble en question est situé au 301 E. 66th Street à Manhattan.
La sécurisation complète de ce qui est parfois appelé dans les mails dévoilés « l’appartement d’Ehud », bien que cet appartement était mis à disposition par Jeffrey Epstein, a nécessité des échanges réguliers entre des responsables de la mission permanente israélienne auprès des Nations unies et Epstein ou certains de ses collaborateurs. L’appartement appartenait officiellement à une société liée au frère d’Epstein, Mark Epstein, mais était effectivement contrôlé par Jeffrey Epstein. Plusieurs appartements du bâtiment étaient fréquemment prêtés à des invités d’Epstein et servaient aussi à loger des jeunes filles mineures auxquelles on faisait miroiter une carrière en tant que mannequin.
Le service de protection à la mission israélienne auprès des Nations Unies à New York
Rafi Shlomo, à l’époque directeur du service de protection à la mission israélienne auprès des Nations Unies à New York et chef de la sécurité de Ehud Barak, contrôlait personnellement l’accès à l’appartement pour les invités et a même effectué des vérifications des antécédents des agents de ménage et des employés d’Epstein.
Selon la loi israélienne, les anciens Premiers ministres et autres hauts responsables continuent de bénéficier des services de sécurité après leur départ. Les courriels dévoilés prouvent que Jeffrey Epstein a personnellement approuvé l’installation de l’équipement de sécurisation et de surveillance et autorisé des réunions entre son personnel et les responsables de la sécurité israélienne.
Un échange de courriers électroniques datant de janvier 2016 entre l’épouse de Ehud Barak, Nili Priell, et un employé d’Epstein — dont le nom est partiellement expurgé mais est vraisemblablement son assistante de longue date Lesley Groff — traite de l’installation d’alarmes et d’équipements de surveillance à la résidence, dont six « capteurs collés aux fenêtres », ainsi que la possibilité de contrôler à distance l’accès aux lieux. Nili Priell écrit : « Ils peuvent neutraliser le système de loin, avant que quelqu’un n’entre dans l’appartement. la seule chose à faire est d’appeler Rafi depuis le consulat et de lui dire qui entre et quand. »
Cette correspondance indique également que le travail de sécurisation accompli à la demande du gouvernement israélien était suffisamment important pour qu’Epstein l’approuve personnellement. « Jeffrey dit qu’il ne se soucie pas des trous dans les murs et que tout cela va très bien ! », écrit Lesley Groff à Ehud Barak et Nili Priell.
La mission israélienne auprès des Nations Unies à New York était en contact régulier avec les représentants d’Epstein lors de multiples visites de Barak et de son épouse tout au long de 2016 et 2017.
Dans un courriel de janvier 2017 adressé à Rafi Shlomo — avec pour objet « Jeffrey Epstein RE Ehud’s apartment » — un assistant d’Epstein fournit aux responsables israéliens une liste des employés ayant besoin d’accéder à l’appartement, ajoutant : « Je comprends que vous avez déjà une copie de sa pièce d’identité datant d’il y a quelque temps… C’est la femme de chambre et elle entre et sort de l’appartement depuis longtemps ! » Quelques semaines plus tard, ils ont écrit à Epstein lui-même ; « Rafi, le chef de la sécurité d’Ehud, me demande si je peux le rencontrer à 16h le mardi 14 dans son bureau (800 2nd Ave et 42nd) concernant l’appartement d’Ehud. ». Epstein donne ensuite son accord pour cette rencontre.
En août 2017, un assistant d’Epstein recontacte Rafi Shlomo pour l’informer d’un nouveau séjour de Ehud Barak et de son épouse à la résidence des Epstein. En novembre 2017, Rafi Shlomo est remplacé par un autre responsable israélien chargé de la sécurité et de la surveillance pour Ehud Barak.
Le « chef de bureau » du ministère israélien de la Défense
Yoni Koren, collaborateur d’Ehud Barak était un autre invité fréquent de l’appartement d’Epstein à Manhattane. Il y a notamment séjourné en 2013, alors qu’il était le « chef de bureau » du ministère israélien de la Défense. Koren a continué à séjourner dans l’appartement d’Epstein tout en recevant des soins médicaux à New York jusqu’à la seconde arrestation et la mort d’Epstein en 2019.
Pierre-Alain Depauw
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