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Ukraine – L’UE demande plus de corps – La tâche quotidienne des gangs de recruteurs

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Soif de cadavres

L’UE a accordé un prêt de 90 millions d’euros à l’Ukraine. Et pour la première fois, l’UE a autorisé que son aide financière serve à payer les soldes des soldats ukrainiens. C’est ce que le parlementaire Arsène Pouchkarenko, membre du parti au pouvoir de Zelensky, a dit aux journalistes le 29 avril. C’est un signe très important.

L’UE accorde l’argent. Mais elle a besoin de quelque chose en échange — le flot de corps vers le front doit augmenter Après tout, les chefs d’État de l’UE ont été assez clairs ces derniers mois sur la nécessité que l’Ukraine combatte encore au moins quatre ans. Le temps de « réarmer l’Europe ».

Et Zelensky s’y emploie. Hier, il a annoncé une réforme de l’armée. D’une part, il a promis d’augmenter le salaire minimum des militaires de 20 000 Hryvnias (450 dollars US) à 32 000 Hryvnias (680 $).

Plus important, il promet la démobilisation de soldats ayant servi indéfiniment sur le front. Il prétend commencer à mettre ces réformes à exécution en juin. La démobilisation est un sujet constamment abordé par Ukrainskaïa Pravda, l’organe libéral/nationaliste financé par l’UE, la principale de ces publications, qui a publié un article sur un soldat ayant passé 150 jours dans une tranchée près de Pokrovsk. Il y a cinq mois, il y a eu l’affaire de ce soldat qui avait passé 471 jours dans une tranchée sans être relevé. La solution, avance Ukrainskaïa Pravda est de mobiliser plus d’hommes pour permettre aux combattants de se reposer. Et on ne peut pas les démobiliser sans les remplacer par quelqu’un. Il y a déjà beaucoup trop peu d’hommes au front. Par conséquent la « réforme » de Zelenski est juste une promesse d’intensifier la mobilisation.

Un agent recruteur au travail à Odessa, 30 avril

Mobilisation à Dnipro, 30 avril.

Vue d’ensemble

Aujourd’hui, nous examinerons les récents articles des médias nationalistes « libéraux », financés par l’UE. Ils ont tous le même message : Zelensky s’adresse trop à la majorité paresseuse qui échappe à la conscription. Il doit mobiliser plus d’hommes pour que les combattants du front aient droit à un peu de repos. L’analyse de ces articles nous donnera aussi un aperçu intéressant des tâches quotidiennes des Centres de Recrutement Territoriaux. Leurs peurs et insécurités. L’une de leurs craintes les plus vives est d’être eux-mêmes expédiés sur le front s’ils ne remplissent le plan de mobilisation qu’on leur a donné. Et, bien sûr, ils ont profondément honte de leur boulot — mais ils préfèrent blâmer le gouvernement, dont la prétendue négligence dans le domaine de la mobilisation a conduit les civils à haïr l’armée dont ils portent l’uniforme. Mais quand il s’agit de mobiliser des déficients mentaux en larmes (une des histoires à l’ordre du jour) c’est pour eux juste une partie désagréable de leur travail. Comme d’habitude, la même solution : il faut plus de mobilisation.

La voix de la Pravda

Ukrainskaïa Pravda, la publication la plus importante du pays, a souligné l’injustice, la violence et la corruption caractérisant le processus de mobilisation. Mais ça n’est certainement pas parce ce journal souhaite la fin de la guerre. Tout d’abord, une explication, pourquoi est-il important de faire attention à ce que dit UP. L’UE est le principal sponsor du budget national ukrainien, donc les publications financées par l’Europe comme UP expriment les exigences des créanciers de l’Ukraine. En effet, depuis la fin des financements par l’USAID des publications comme UP, ceux-ci ont été remplacés par ceux de l’UE. Non pas qu’UP soit si mal lotie — son propriétaire est le financier tchèque Tomas Fiala, un proche de George Soros. Et Ukrainskaïa Pravda joue un rôle démesuré dans la politique ukrainienne. C’est en grande partie grâce à ses articles que Zelensky a dû obliger son bien-aimé chef de cabinet Andrey Yermak à démissionner l’année dernière. UP est puissante parce que ce journal a accès aux conversations dans l’élite ukrainienne enregistrées par les organes anti-corruption… financés par l’UE. En effet, ces trois derniers jours, UP a lancé une nouvelle attaque contre la coterie de Zelensky. Elle exige que Zelensky continue la purge de ses proches. Par conséquent, UP et les organes anti-corruption décident des élections et du destin des officiels du gouvernement.

Alors, quand UP parle de mobilisation, ça vaut le coup de prêter l’oreille. Ses motivations pour en parler sont claires. L’UE ne veut pas mettre fin à la mobilisation. Au contraire, ses dirigeants politiques et militaires ne cessent de souligner la nécessité pour l’Ukraine de continuer à se battre pour quelques années de plus, tandis que l’Europe « remet de l’ordre dans ses armées ». Le New York Times a récemment écrit que l’Europe « prépare une guerre plus longue en Ukraine » parce qu’elle « n’a aucune stratégie pour y mettre un terme ». Et les haut-parleurs de l’UE comme UP savent que la clé pour continuer la guerre, c’est la mobilisation. Contrairement à Zelensky et son ministre de la Défense qui ne cessent de déclarer que la Russie a un problème criant de personnel, UP sait que c’est l’inverse : « Nous faisons la guerre, attendant que la Russie n’ait plus d’argent. La Russie la fait, attendant que nous n’ayons plus de soldats ».

On se souvient de la récente déclaration du chef d’état-major belge selon laquelle l’Ukraine doit continuer le combat au moins jusqu’en 2030 pour donner à l’UE le temps de se réarmer. Si l’enjeu est une parité de l’Europe avec la production militaire de la Russie l’Ukraine devra continuer à combattre et mobiliser beaucoup plus d’hommes. Le Commissaire européen à la Défense a récemment réclamé 131 milliards d’euros supplémentaires pour le Fonds Européen de Compétitivité, en raison des chiffres suivants : « L’année dernière, la Russie a produit 1100 missiles de croisière, l’UE 300, 900 missiles balistiques, l’UE 0. Les obus d’artillerie : la Russie 4 millions, l’UE, 2 millions. »

Maintenant, on peut se souvenir aussi que cet appel à la guerre jusqu’en 2030 a été critiqué en Ukraine, jusque chez des personnages de premier plan du gouvernement Zelensky. Et le paragraphe suivant d’un article récent d’UP semble être du même acabit, critique « anti-européenne » : « L’expression « bouclier de l’Europe » emplit le cœur d’Ukrainiens passionnés de fierté, mais est interprété de plus en plus souvent par les gens ordinaires comme « chair à canon de l’Europe ». Mais c’est une impression fausse. UP remarque simplement qu’il existe une telle rhétorique que la publication désapprouve. L’article cité ci-dessus, n’est en aucun cas pacifiste. Il se conclue en appelant à abandonner les slogans pathologiques célèbres chez Zelensky pour enfin être honnête — intensifier la mobilisation et réprimer toute opposition : « Vous n’aimez pas la mobilisation forcée et les excès qui l’accompagnent ? La fermeture partielle des frontières ? L’absence d’élections parlementaires et présidentielles ? Les autres restrictions et interdictions qui se multiplient en Ukraine à chaque de guerre ? On peut répondre à toutes ces revendications honnêtement, mais pas très agréablement : Une grande guerre est un moment de non-liberté forcée. À n’importe quelle époque. Dans n’importe quel État. Plus intenses sont les combats et plus ils durent, plus la liberté est restreinte. Il n’y a pas d’exceptions. »

Mais pour exprimer cette opinion, il faut faire son deuil du pitoyable cliché selon lequel l’Ukraine reste un « pays libre de citoyens libres ». Et Kiev n’est pas prêt à faire un tel sacrifice. UP — et l’UE par extension — ne se plaignent que d’une mobilisation insuffisante. C’est ça le problème. Des déficients mentaux et des SDF alcooliques sont mobilisés — la solution est de baisser l’âge de la mobilisation à 21 ans. La corruption est un problème dans la mesure où elle signifie que moins d’hommes arrivent sur le front.

Pingouins affamés

Tout d’abord, quelques indications sur le manque d’effectifs et les solutions proposées. J’ai écrit un article, il y a quelques jours sur les troupes littéralement en train de se désintégrer en raison du manque de soutien logistique et de l’absence de relèves. Il n’y en a pas assez pour leur permettre de prendre une permission. Et une autre unité du front souffre de la famine. Le 28 avril, la parlementaire Mariana Bezuhla a partagé un appel au secours de la femme d’un soldat de la 108e Brigade Territoriale :

« N’est-il pas honteux que je sois forcée de montrer mon mari dans cet état et d’attirer l’attention par les réseaux sociaux ? C’est une honte ! Comme le fait que des posts similaires soient rédigés par d’autres épouses, mères, sœurs, filles. Mon mari est un volontaire ; il est allé au bureau de recrutement le 25-02-2022. Avant : temps de service indéfini. Maintenant : temps sur les positions indéfinis (sans communication, nourriture, eau). Sortez les combattants abandonnés de la 108e Brigade Territoriale de leurs positions ! »

Il y a des gens mieux nourris. On se souvient peut-être du « soldat » nationaliste Boris Ovcharov en 2024, quand il a appelé à peupler les rivières de l’Ouest de l’Ukraine de crocodiles pour dissuader les hommes d’échapper à la mobilisation.

Evguéni Diky est un autre de ces affamés luttant contre ceux qui se soustraient à la conscription. Il ne cesse de réclamer qu’on les abatte.

Il y a bien des années, Diky occupait une position de premier plan au bataillon nationaliste Aidar, une unité célèbre pour ses crimes de guerre. Il est aujourd’hui directeur du Centre National d’Ukraine pour l’étude de l’Antarctique, dont le financement a connu une progression météorique depuis 2022.

PHOTO : Combien de millions de hryvnias ont été prévus (blanc) et combien dépensés (bleu) dans l’étude sur l’Antarctique, 29 mai 2024.

Aujourd’hui, Diky appelle à ce que les Recruteurs Territoriaux aient le droit de tuer les civils qui leur résistent. Le 28 avril, il a fait cette déclaration pendant une interview télévisée :

« À cet instant, les agents-recruteurs savent que tout le système de maintien de l’ordre se retournera contre eux. Si on leur donnait la possibilité de se servir de leurs armes, il y aurait un ou deux incidents où les assaillants sont abattus, et le problème (les attaques des recruteurs par les civils) disparaîtrait comme par magie »

Dans la même interview, Diky déclarait que le gouvernement avait « trahi » les glorieux recruteurs. Selon ses paroles, les mesures insuffisantes contre les réfractaires les avaient transformés « d’animaux tremblants » en dangereux ennemis qui s’organisaient en groupes pour stopper les gangs de recruteurs. Je ne suis pas certain que tirer sur des civils soit très efficace pour écraser la volonté de se défendre. Après tout, il y a déjà des signalements hebdomadaires d’hommes battus à mort par les recruteurs. La très réelle menace de mort rend la résistance nécessaire.

Diky a aussi dit le 21 avril à la chaîne télé « Apostrof » que l’âge de la conscription doit être abaissé de 25 à 21 ans.

« Nous obtenons tous les droits, hors de celui de se présenter à la présidence, à 18 ans. Mais pour une raison ou pour une autre, la responsabilité de défendre le pays ne survient que sept ans plus tard. Je trouve ça un peu absurde. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut graduellement abaisser l’âge de la conscription de 25 à 21 ans. Ça garantirait que ces jeunes hommes ne peuvent être envoyé au front, sauf s’ils se portent volontaires. Ils pourraient servir à la logistique de l’armée et remplacer les hommes faits dans la défense aérienne. Ils pourraient abattre les missiles Shahed à l’arrière, et les hommes qui s’en chargent pourraient aller plus loin à l’est. »

Diky était soutenu par deux leaders patriotiques de la pensée. Youri Boutoussov et Evguéni Karas. Boutoussov est le journaliste militaire le plus connu d’Ukraine. Il est aussi une figure de proue de la communauté nationale des libéraux/nationalistes, c’est aussi un opposant déclaré à Zelensky, et proche des forces politiques de l’ex-président Petro Poroshenko et de diverses ONG « Sorosites ». Il rencontre fréquemment des ambassadeurs et secrétaires d’État américains (enfin au moins ceux des Démocrates).

Après avoir été tourné en ridicule puisqu’en dépit de son virulent militarisme, il ne sert pas dans l’armée, il s’est récemment « mobilisé lui-même » dans l’infâme brigade Khartia, qui rassemble musiciens, historiens et journalistes va-t-en-guerre (avec d’autres titans intellectuels comme Timothy Snyder). Boutoussov aime publier des photos « du front », tout en maintenant une présence quotidienne dans le circuit podcast. Bref, Boutoussov a lancé un appel le 24 avril à abaisser l’âge de la conscription. « L’âge de la conscription doit être au minimum ramené à 23 ans et les sursis devraient être abolis pour ceux qui, pour une raison quelconque, veulent entrer à l’université après 25 ans. Ces gens peuvent être dirigés vers la DCA pour la renforcer, les communications et les unités de commandement. Celles-ci manquent de personnel. »

Evguéni Karas, un skinhead néo-nazi qui est maintenant invité aux conférences militaires britanniques est encore plus ambitieux dans ses exigences : « Il est nécessaire de mobiliser à partir de 18 ans pour qu’il y ait moins de gens âgés de plus de trente ans mobilisés. Parce que les jeunes ont une meilleure santé, plus de fougue, plus de haine, et qu’ils n’ont pas encore de familles, d’entreprises, ou de compétences établies. Mettre un étudiant dans la guerre lui apportera une fougue de Cosaque et une expérience de vie. »

PHOTO : Karas fait une gueule d’affreux devant une pancarte avec l’inscription « Services de Sécurité de l’Ukraine », l’une de ses institutions favorites.

Absence d’entraînement militaire

Le problème ne réside peut-être pas tant dans la « fougue » des nouvelles recrues. Par exemple, un commandant militaire a blâmé « l’incapacité des troupes à se servir de ses armes » pour la perte récente de Siversk. Vadim Cherny est le nouveau commandant de la 58e brigade dont le précédent commandant a été limogé pour avoir perdu Siversk : « Les fantassins sur les positions, bien qu’ils disposent des pelles, de sacs de sable, d’armes et de munitions, ne savaient pas se servir de leurs armes correctement. Ils ne comprenaient même pas comment on fortifie une position. L’infanterie n’avait même pas une notion minimale de la façon de réagir à une embuscade, comment engager le combat, la suite d’actions à entreprendre à l’approche de l’ennemi. Les fantassins ne savaient pas comment on doit éliminer l’ennemi. L’entraînement au combat n’avait pas eu lieu, ou n’avait existé que sur le papier. »

PHOTO :  Cherny

Cherny ajoute que ce « gâchis n’a pu se développer en juste un ou deux mois », pensant que des problèmes accumulés ont tout simplement « explosé » à un certain moment. Il blâme également les commandants locaux pour avoir systématiquement menti à la chaîne de commandement dans leurs rapports sur l’avance des troupes russes. Je doute que la simple mobilisation de plus d’hommes puisse résoudre cette question. Au contraire, il est probable que plus on a d’hommes mobilisés, moins ils ont d’entraînement et plus leur motivation est basse. Mais les exigences subsistent. Le 23 avril, le site Deep State » a écrit qu’il n’y avait pas assez de fantassins pour tenir Konstantinovka. Les forces ukrainiennes ne ralentissent les avances de l’infanterie russe que grâce aux drones, mais c’est insuffisant.

LES RÉFORMES

Les chefs politiques du camp Zelensky sont favorables à une solution agressive. Le 1er avril, Venyslavski, parlementaire de premier plan du parti de Zelensky et membre du conseil de sécurité du parlement, a parlé du besoin pressant d’accroître la mobilisation dans les grandes villes :

Il n’y a dans la société aucun sentiment d’injustice, alors qu’il n’y a plus un seul en âge d’être mobilisé dans les villages de l’Ukraine de l’ouest, alors que dans des villes comme Kiev, Odessa, Kharkov et autres grands centres urbains d’Ukraine, la vie se poursuit paisiblement, et beaucoup de jeunes gens potentiellement aptes au service ne se rendent pas compte que la guerre bat son plein.

Les déclarations de Venyslavski méritent d’être écoutées, car il est souvent invité dans les médias en tant principal représentant du gouvernement sur les questions de sécurité nationale.

PHOTO : Venyslavski.

Quelques détails intéressants sur les enfants de ce politicien militant sont sortis récemment. L’un des fils de Venyslavski, Andrey, vit à Hollywood. Il y fait carrière sous le nom de scène de Andrey Vilange.

Andrey, aujourd’hui Andrew, a autrefois fait des études à Kiev à l’Université Nationale de Théâtre, Cinéma et Télévision. Mais dès que la guerre a éclaté en 2022, il a filé aux États-Unis. Passant d’un bastion de la liberté à l’autre, il a obtenu un diplôme à la Los Angeles Film School, avec une licence de mise en scène. Les frais de scolarité dans cet établissement se montent à 10 000 dollars par semestre, s’élevant à 100 000 dollars pour la scolarité complète. L’autre fils de Venyslavski est resté en Ukraine.

Peter Korotaev

Traduction : Thierry Marignac

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