Dans son désir militant d’investir la sphère publique, la Grande Loge de France ouvre ses portes aux profanes, tout comme le Grand Orient de France, pour une série de conférences et ‘’tenues[1]’’ d’été.  Le 19 juin 2014, au 8 rue Puteaux (Paris 17e), Marc Henry, « très respectable Grand Maître » ouvrait ce cycle par un discours sur « l’initiation et le vivre ensemble », accueilli par une assemblée de frères et de profanes qui se lèvent à son entrée. Le cadre architectural adopte un vocabulaire christianisant : sous les voûtes quadripartites et derrière des vitraux, la nef est scandée de bannières d’ordres maçons aux motifs ésotériques ; d’un côté, une tribune de bois inscrite du « ordo ab chao » en lettres d’or, de l’autre, les sièges des compagnons surmontés d’un triangle inscrit de l’œil symbolique, cantonné de figurations du soleil et de la lune. Le Grand Maître rassure l’auditoire : la maçonnerie ne revient pas à un vocabulaire religieux  et ce temple n’est pas fini. Seule une voûte étoilée rendrait cet espace conforme au temple maçon.

L’initiation

Véritable cours magistral à l’initiation franc-maçonne, le Grand Maître formule une leçon « pour les nuls » (je cite) à l’égard de cet assemblée profane ignorante du grand dessein ; l’initiation consiste en un apprentissage sur soi. Nulle mention n’est faite dans le temple de politique  ou de religions – quand bien même celles-ci soient « toutes respectables »… amateurs du relativisme consensuel, arrêtez-là votre lecture. Au contraire de celles-ci, le maçon n’énonce pas de Vérité mais sa vérité ; à l’issue de cette recherche, l’initié naît une seconde fois, au sein d’une « nouvelle famille, [où il] commence un nouveau chemin ». Ce processus compte – dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté qui est celui adopté par la Grande Loge de France –  trente-trois étapes, dont certaines restent à jamais indéterminées. Au soir de la réception de l’initié dans la loge, un miroir est mis sous ses yeux afin qu’il observe son ennemi principal : lui-même. Dans un cabinet de réflexion, il doit rédiger un texte, le contextualisant comme s’il était à l’heure de sa mort. A l’issu de ce parcours, la réification qui s’opère a pour but de former l’homme au « vivre ensemble ».

Le « vivre ensemble »

Le concept du « vivre ensemble » est né en 2003, suite à une conférence commandée par Jean-Jacques Aillagon[2] sur la « Mobilisation des institutions culturelles en faveur de la tolérance, du respect des différences et du désir de vivre ensemble ». Le relais est bientôt pris par le CESE[3] (!), qui produit à son tour des tables-rondes sur le sujet. Il doit générer la question du débat intercommunautaire, où la laïcité est sous-jacente ; actuellement, sa stabilité est en danger du fait des replis communautaires croissants que le dernier vote pour les européennes a cristallisé (sic). Vivre ensemble est un « pari fou que les maçons se sont donnés » pour objectif, rythmé par des idéaux de «tolérance, dignité et respect ». Une seconde lecture de ce verbiage condescendant s’impose ; sous couvert d’une idéologie pseudo-bienveillante à l’égard de tous, où le seul dénominateur commun entre les hommes devient l’Humanité, s’opère une volonté de destruction des racines filiales[4] et nationales. Marc Henry le rappelle, soulignant que chaque initié doit prendre conscience que son héritage est insuffisant pour entrer dans l’ère séculaire : la filiation, les racines deviennent dès lors un problème, qu’il faut effacer au profit de la fondation d’un homme nouveau – idéologie néo-marxiste dont on connaît les ravages au XXe siècle.

De l’influence de la Grande Loge de France sur le gouvernement

A l’issue de la conférence ouverte pour instruire l’ignorant profane, des questions sont posées par l’auditoire ; les réponses, comme l’ensemble du discours, participent d’un véritable jeu rhétorique et sont détournées à l’avantage de l’habile sophiste[5] pétri de contradictions. Dénonçant le dogmatisme ecclésiastique, la Grande Loge de France se dote pourtant d’un vocabulaire sacramentel différent, faisant l’amalgame de diverses religions (notamment le Christianisme, l’Islam et le Bouddhisme[6]) dans une volonté syncrétique dénuée de sens sans son histoire préalable.

Se faire l’écho de telles assemblées serait inutile si les idées qui y sont fomentées ne venaient pas alimenter nos gouvernements de ces dernières décennies. Durant la conférence, la fonte des nations au profit d’une grande Europe (texte de Victor Hugo du 21 août 1809 à l’occasion du Congrès International de la Paix à l’appui) a été présentée comme un idéal ; cette attestation rappelle curieusement les mesures du Traité transatlantique en cours et à la fonte des régions militant en ce sens. De même, la peur de la perte d’identité au sein des nations, jugée inique par le Grand Maître, a été dénoncée par ce dernier : « si j’avais des solutions, je les aurais déjà envoyées à nos dirigeants » commence-t-il, « …et vous avec moi ! » s’empresse-t-il d’ajouter.

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Si nos lecteurs souhaitent expérimenter le degré de tolérance des maçons de la Grande Loge de France, ils peuvent participer aux deux conférences publiques ouvertes sur le thème de « La tolérance nous rend elles forts ou vulnérables ? » le mardi 1er juillet ou le mardi 26 août – « Vous avez dit ‘’Tolérance’’ ? ». Les autres conférences seront exclusivement réservées aux Frères de tous Orients, suivant la ligne indubitablement anti-communautaire de la maçonnerie.

 


[1] Jour rituel des Loges destinée à la rencontre.

[2] Cette conférence est le résultat d’une demande de Jacques Chirac face à la « recrudescence d’actes de racisme et d’antisémitisme constatée à l’automne 2003 ». Lire le rapport de juin 2006.

[3] Conseil économique social et environnemental

[4] Cette mesure peut être mise en parallèle avec l’idéologie gouvernementale actuelle.

[5] Un jeune homme interroge Marc Henry sur les solutions proposées par le Grand Orient face à « la marginalisation des musulmans en France » ; lui est répondu qu’il est fort dommageable que la Grande Loge de France n’est pas assez de musulmans en son sein. « Nous pouvons en parler après » continue-t-il, sans pour autant donner de réponse claire à la question formulée.

[6] La geste d’Avalokitesvara est ainsi mise en parallèle avec les paroles de Saint Jean ou des discours de soufistes.

 

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