Un homme d’âge moyen se tient devant une tombe fraîchement couverte, un drapeau attaché au cou. Le drapeau a des rayures bleu et blanc et une colombe blanche dans son quadrant supérieur gauche. Ce ne sont pas les couleurs d’un pays reconnu par les Nations unies. C’est le drapeau de la République d’Ambazonia, un pays que revendiquent les deux régions anglophones de l’ouest du Cameroun. La tombe contient le corps d’un jeune homme abattu par les forces de sécurité camerounaises le 8 décembre à Bamenda, la plus grande ville de la région du Nord-Ouest du Cameroun. C’est une des quatre personnes qui sont mortes ce jour-là, pour avoir voulu l’Ambazonia pour leurs frères anglophones.

Le Cameroun est un pays bilingue ; la constitution donne le même statut à l’anglais et au français. Mais les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, sont marginalisés par les huit autres régions du Cameroun et la majorité de la population francophone. IIs croient qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde classe. Au cours des derniers mois, il y a eu une série de manifestations pour défendre leur langue et leur culture.

Le mouvement a commencé avec les protestations des avocats et des enseignants en octobre contre l’utilisation croissante du français dans les cours et les écoles. Depuis, cela a fait boule de neige.

Les affrontements avec les forces de sécurité, à Bamenda le 21 novembre, avaient causé un mort. Plusieurs centaines de personnes avaient été arrêtées. Les étudiants soutenant les grévistes à l’université de Buea, la plus grande université anglophone du pays, ont été battus le 28 novembre, par les forces de l’ordre. Les images de violence virale ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux.

Le mécontentement, connu sous le nom de « problème anglophone », bouillonne depuis les années 1990. Il est attisé par le fait que le gouvernement n’ait pas nommé de Camerounais anglophones (à l’exception du Premier ministre) à des postes ministériels et par la difficulté rencontrée sur le marché du travail par les anglophones.

Paul Atanga Nji, le ministre des Affaires Spéciales, a tout d’abord nié qu’il y ait un problème. Il a décidé de tenir un rassemblement du parti au pouvoir, le CPDM, à Bamenda, le 8 décembre 2016.

Ça a mal tourné. Les manifestants ont bloqué les routes de la ville. Ils ont arrêté tous ceux qui portaient les couleurs du CPDM, les dépouillant, mettant le feu à leurs vêtements. Ils ont arraché le drapeau camerounais sur les bâtiments administratifs, hissant le drapeau sécessionniste du Cameroun méridional.

La voiture d’Atanga a été incendiée. Il a été forcé de chercher refuge dans un hôpital voisin, un hélicoptère militaire volant à son secours. D’autres politiciens ont dû être exfiltrés hors de la ville par des soldats montés sur des camionnettes.

Le gouvernement a qualifié les manifestants de quasi-terroristes. Selon la presse, une centaine de personnes arrêtées à Bamenda ont été transportées à la 101e base militaire de la capitale, Yaoundé. On n’a pas de nouvelles d’eux. Ils pourraient faire face à la peine de mort, s’ils étaient jugés en vertu de la loi controversée contre le terrorisme, adoptée à la suite des attaques de Boko Haram dans la région du Grand Nord du pays.

Le porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary a déclaré, ce week-end, que la comparaison avec Boko Haram était pertinente. Il a dit que les forces de sécurité avaient été confrontées à un acte bien planifié de guérilla urbaine, que la destruction du drapeau du Cameroun était insurrectionnelle.

Le Cameroun méridional était sous la domination coloniale britannique à la fin de la Première Guerre mondiale, et administré comme partie du Nigeria voisin. Lors d’un référendum en 1961, il choisit de rejoindre le Cameroun français, et les deux territoires furent officiellement unis.

Les sécessionnistes ne représentait pas l’opinion dominante dans l’ouest du Cameroun où l’on penche plutôt pour une fédération, revenant au système de gouvernance qui existait avant l’indépendance de 1972. Mais celui qui exprime aujourd’hui le mieux le ressentiment de l’ouest du pays est le député joseph Wirba qui parle d’armée d’occupation et appelle ouvertement à la résistance.

L’heure est à l’inquiétude au Cameroun. L’Ambazonia est peut-être en train d’y naître.

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2 commentaires

  1. pamino says:

    C’est curieux de contempler ces restes encore vivants de ce qu’ont exporté les puissances colonialistes dans leurs colonies.

  2. Charte de l’impérialisme article 4° :

    « Tous les pays du tiers-monde sont divisibles et leurs frontières déplaçable selon notre volonté. Le respect de l’intégrité territoriale n’existe pas pour le tiers-monde. »

    A qui profite le crime?

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