La relation entre les médecins et leurs malades a beaucoup évolué depuis 40 ans. Jadis les médecins avaient un véritable « pouvoir » sur les patients. La diffusion des questions de la santé se fait de nos jours par les journaux et surtout Internet. Les patients peuvent toujours vérifier le diagnostic, voire les traitements qui leurs sont donnés. Ils deviennent ainsi des co acteurs dans le bien mené de leur maladie. Pourquoi pas ? Cependant, il en résulte que le « droit à l’erreur » reconnu de fait par exemple aux plombiers ou aux garagistes, tend à s’effilocher pour le corps médical. Le médecin généraliste par exemple n’hésite plus à se défausser sur le spécialiste et prend de moins en moins de responsabilités. Il ne sait plus faire une simple suture : s’il y a une complication, elle lui sera reprochée. Il gère de la paperasse.

La conséquence est que les médecins sont de plus en plus souvent attaqués en justice : c’est le risque juridique. On en parlait souvent il y a 40 ans. Mais les contentieux étaient finalement rares. Or nous avons assisté à une inflation des plaintes en justice. Tous les confrères orthopédistes et neurochirurgiens me disent en avoir sur le dos : un d’entre eux sur deux est dans ce cas. Or jadis les magistrats étaient plutôt cléments et condamnaient une fois sur trois ; maintenant ils le font dans 70% des cas. Les primes d’assurances des chirurgiens, des obstétriciens ont littéralement explosé. Il faut du « sans-faute ». Les accoucheurs se « couvrent » par l’avortement à la moindre anomalie.

En septembre lors d’une conférence demandé en Suisse dans le cadre des ouvrages que j’avais publiés, une femme au visage fin s’est approchée de moi pour me remercier. Durant sa grossesse une petite anomalie cérébrale était diagnostiquée par échographie ; elle m’avait envoyé les photos. Je n’étais pas convaincu et je lui avais dit. À la suite de nos discussions, elle avait renoncé à l’avortement. Responsabilité terrible pour moi-même : nos lecteurs peuvent se l’imaginer. Cette dame me mit alors sous les yeux une photo d’un ravissant enfant « C’est grâce à vous. Il est en pleine santé. Merci docteur !  ».

De fait les obstétriciens se retrouvent de plus en plus souvent devant les tribunaux. Résultat cette orientation est presque celle qui est la moins demandée par les médecins en fin des études de base. Dans dix ans il n’y aura plus d’accoucheurs. Les magistrats « au nom de la loi » se font un délice de leur « casser les reins ».

Il faut donc saluer la cour administrative d’Appel de Nantes ; celle-ci vient de juger que l’hôpital de Chartres qui a la responsabilité de ses praticiens « ne pouvait être rendu responsable de la naissance d’une enfant porteuse de trisomie 21 et atteinte par une malformation cardiaque. » Tout simplement parce que le diagnostic paraclinique n’est pas fiable dans tous les cas. Cette décision judiciaire une grande première…que nous espérons sera un exemple.

Jean- Pierre Dickès

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12 commentaires

  1. Geneviève says:

    « une petite anomalie cérébrale était diagnostiquée par échographie »

    Et alors serait-ce une raison pour avorter ? Refuser de devenir parent d’un enfant handicapé n’est-ce pas contraire au 6ème commandement ?

    • Je suppose que la chose la plus immédiate avait la priorité dans le conseil de notre médecin ; un sermon sur la morale donné à ce moment-là risquait d’être contra-productif.

    • Mad-Max says:

      Vous êtes de ces hommes qui ne différent en rien de l’eau tant vous êtes froid et lâche. … MouCham’Fichue 68 !

    • mac gyver says:

      Vous êtes QUI, vous, qui vous vous permettez le droit de juger les décisions des gens? Des moralistes comme vous , il y en a jusqu’au vatican ! et voila où cela nous mène. Les censeurs ne sont malheureusement pas les payeurs.

    • Dirac, savez-vous compter jusqu’à 10 ? Parce qu’à vous lire, on ne dirait pas… En tout cas, il n’y a aucun rapport entre la peine de mort et le 6e commandement.

  2. Jean-Pierre DICKES says:

    Oui Geneviève. C’est ce qu’on lui a dit. J’ai d’autres exemples du même style. Dans une grossesse gémellaire il y a un transfuseur et un transfusé qui est plus petit. Or dans ce cas le plus petit ne grossissait pas. Dans ces circonstances au moment ou celui-ci meurt, il y a une forte décharge d’adrénaline de la mère et de ses enfants. Cela pourrait entraîner un AVC chez la mère. D’où l’injonction de tuer le petit en coupant le cordon. Dans ce cas-là il s’agissait d’une grossesse du deuxième trimestre. La maman m’a téléphoné affolée.Or en regardant la courbe de l’échographie j’ai vu que ce petit était à la limite inférieure du développement. Je lui ai dit de tenir bon ; ce que la maman a fait. Césarienne. Surprise le petit était en pleine forme et le gros allait mal : il avait une malformation cardiaque qui d’ailleurs a été opérée avec succès. Happy end pour tout le monde.

    • Merci docteur Dickès pour votre témoignage nous remémorant la naissance de nos filles. Nous sommes les parents des jumelles ayant eu le syndrome transfuseur-transfusé. Même s’il n’a jamais été question de choisir entre la vie de nos 2 enfants, votre avis nous a beaucoup rassuré et aidé à tenir face à la pression médicale. Nos filles ont 4 ans et demi, elles sont pleines de vie et en bonne santé. Ce sont des jumelles presque identiques pour ceux qui ne les connaissent pas avec seulement une petite différence de poids. Nous attendons aujourd’hui un huitième enfant et sommes très confiants dans cette grossesse qui débute.
      Bien à vous.

      • Jean-Pierre DICKES says:

        A Agnès
        Ces deux petites filles je les chéris dans mon cœur. Je me donne un mal fou pour l’ACIM malgré les années qui passent et m’écrasent. Mais rien qu »à cause de votre petite fille et le cas cité dans l’article je me dis que toutes mes peines ont été largement compensées par la joie de savoir que par mes conseils j’ai aidé deux personnes enceintes à garder leur enfant.
        Embrassez vous deux filles de ma part et du fond du cœur.

    • Geneviève says:

      Cher Monsieur Dickes, je me suis permise de faire ce commentaire, car lors de mes grossesses j’ai refusé toute échographie (en Suisse elles ne sont pas liées à l’obtention des allocations familiales) ainsi que l’examen du quatrième mois permettant de calculer le risque qu’a le foetus de porter une trisomie 21. D’une part pour éviter les fausses inquiétudes (diagnostic erroné qui ne sont pas rares dans ce domaine) et d’autre part parce que je voulais d’aucune façon avorter, même si mon bébé devait mourir à la naissance. Ça n’a pas été tout simple. Pour ma deuxième grossesse je suis allée voir un obstétricien qu’au cinquième mois et là je me suis fait engueuler comme pas possible parce que j’aurais pris des risques inadmissibles selon lui. Je n’y suis donc pas retourné. Depuis pour mes grossesses j’ai uniquement consulté des sage-femme, plus à l’écoute.

  3. mac gyver says:

    La France devient un désert médical …..mais devient aussi,un pays du tiers-monde avec l’apport voulu et souhaité par les élites , d’une population venue du ….tiers-monde ! merci à Macron et les autres de nous faire régresser de 50 ans ; sans oublier la populace, qui les met au gouvernail pour nous saborder.

  4. Et si tout simplement nous revenions aux règles de base : accoucher n’est pas une maladie , il me semble ; nos ancêtres n’accouchaient pas l’hôpital, l’échographie n’existait pas. Pourquoi médicaliser ce processus naturel ?

  5. Jean-Pierre DICKES says:

    Oui; Tout à fait d’accord avec vous. C’est une question d’organisation. Aux Pays-Bas, on continue d’accoucher chez soi ; mais au moindre problème il y q des unités mobiles habituées à faire face à toute difficulté. En clinique il y eut un temps où les sages-femmes exigeaient de pouvoir faire les accouchements en présence du médecin. Sinon la clinique m »en trouvaient pas. C’est fini maintenant. Elles se contentent de suive ce qui ce nomme « le travail » ainsi que les suites de couches.Je connais cette question car ma femme était sage-femme.

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