Qui furent les bourreaux ?

– Étienne Christophe Maignet, avocat et député du Puy-de-Dôme, représentant de la Convention nationale, né à Ambert le 9 juillet 1758, a participé à la terrible répression de l’insurrection de Lyon et à la« punition » de Bédoin (village décimé pour cause « d’arbre de la liberté » arraché). Il installe « son » tribunal, selon les derniers décrets de la Convention sans jurés et sans défenseurs, dans l’ex chapelle Saint Louis assez grande pour accueillir spectateurs, « juges » et inculpés-condamnés des départements du Vaucluse et des Bouches du Rhône. Pour remplir les geôles de ce « Tribunal » il suffisait de la dénonciation de deux citoyens.

Son tribunal était composé à partir du 19 juin 1794 des membres suivants :

– Jean Fauvety, Président, né en 1763 à Uzès, Protestant « au cœur d’acier ».

– Pierre-Michel-François Roman de Fonrosa, dit Roman-Fonrosa, né à Die (Drôme) le 8 mars 1733, avocat, juge de la commission.

– Jean-Pierre Melleret, né à Étoile sur Rhône (Drôme le 25 septembre 1761, médecin, juge de la commission.

– Gaspard Ragot, 42 ans, menuisier à Lyon, juge de la commission ; ivre, il dort durant les séances !

– Joseph Fernesc, ouvrier en soie à Lyon, juge,  inculte et sans pitié.

– François-Charles-Gabriel-Léonard Viot, âgé de 28 ans, né à Charleville, ancien déserteur du régiment de Penthièvre-Dragons, accusateur public – dit le pourvoyeur de la guillotine –  sabre à la main, il mène les condamnés du « Tribunal » à la prison du Cirque, antichambre de la guillotine. Là il les dépouille de leurs derniers biens.

– Joseph-François Barjavel, homme de loi, né à Carpentras le 7 novembre 1764, conseil de l’accusateur public.

– Claude Benêt, homme de loi natif d’Orange, 31 ans, greffier de la commission.

– Eustache Nappier, né à Montreuil-l’Argillé le 15 mars 1751, huissier de la commission.

– Claude Dubousquet fils, d’Avignon, 36 ans, commis de l’huissier adjoint.

– Pierre-Nicolas Goubert, chirurgien-pédicure à Paris.

– Joseph Teyssier.

– Joseph-Marie-Victor-François Cottier-Julian, docteur en droit de Carpentras, 28 ans, secrétaire en chef de la commission.

Les directives du Comité de Salut Public données à Maignet le 18 mai 1794 sont claires :

«Les membres de la Commission établie à Orange sont nommés pour juger les ennemis de la Révolution. Les ennemis de la Révolution sont tous ceux qui par quelques moyens que ce soit, et de quelques dehors qu’ils se soient couverts, ont cherché à contrarier la marche de la Révolution. La peine due à ce crime est la mort. La preuve requise pour la condamnation sont tous les renseignements, de quelque nature qu’ils soient qui peuvent convaincre un homme raisonnable et ami de la liberté

Qui furent leurs victimes ?

A Orange, à partir du 6 mai jusqu’au 19 juin, 800 personnes sont arrêtées et incarcérées, dont les religieuses de Bollène, Pont-Saint-Esprit, Sisteron, Caderousse, Pernes. Au nombre de 32, voici leur nom pour la postérité :

6 juillet. sœur Marie-Rose, 53 ans, bénédictine du couvent de Caderousse,

7 juillet. sœur Iphigénie de Saint-Matthieu, 32 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

9 juillet. sœur Sainte-Mélanie, 61 ans, ursuline du couvent de Bollène,

9 juillet. sœur des Anges, 39 ans, ursuline du couvent de Bollène,

10 juillet. sœur Sainte-Sophie, 36 ans, ursuline du couvent de Bollène,

10 juillet. sœur Agnès de Jésus, 44 ans, ursuline du couvent de Bollène,

11 juillet. sœur Sainte-Pélagie, 42 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

11 juillet. sœur Saint-Théotiste, 53 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

11 juillet. sœur Saint-Martin, 52 ans, sacramentine du couvent de Bollène,.

11 juillet, sœur Sainte-Sophie, 54 ans, ursuline du couvent du Pont-Saint-Esprit,

12 juillet. sœur Rose de Saint-Xavier, 48 ans, sœur converse du couvent de Bollène,

12 juillet. sœur du Bon Ange, 32 ans, converse sacramentine du couvent de Bollène,

12 juillet. sœur Saint-Henri, 48 ans, bernardine de l’abbaye Sainte Catherine d’Avignon,

12 juillet. sœur Saint-Bernard, 41 ans, ursuline du couvent du Pont-Saint-Esprit,

13 juillet. sœur Saint-Gervais, 45 ans, ursuline du couvent de Bollène,

13 juillet. sœur Saint-François, 52 ans, ursuline du couvent de Bollène,

13 juillet. sœur Sainte-Françoise, 38 ans, converse ursuline du couvent de Carpentras,

13 juillet. sœur Madeleine de la Mère de Dieu, 25 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

13 juillet. sœur de l’Annonciation, 24 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

13 juillet. sœur Saint-Alexis, 54 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Aimée de Jésus, 61 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Marie de Jésus, 36 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Saint-Joachim, 58 ans, converse sacramentine du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Saint-Michel, 55 ans, converse ursuline du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Saint-André, 65 ans, converse ursuline du couvent de Bollène,

16 juillet. sœur Madeleine du Saint-Sacrement, 51 ans, ursuline du couvent de Pernes,

16 juillet. sœur du Coeur de Marie, 40 ans, bernardine de l’abbaye Sainte Catherine d’Avignon,

26 juillet. sœur Saint-Augustin, 75 ans, sacramentine du couvent de Bollène,

26 juillet. sœur Catherine de Jésus, 70 ans, ursuline du couvent du Pont-Saint-Esprit,

26 juillet. sœur Saint-Basile, 61 ans, ursuline du couvent du Pont-Saint-Esprit,

26 juillet. sœur Claire de Sainte-Rosalie, 68 ans, ursuline du couvent de Bollène,

26 juillet. Mère du Coeur de Jésus, 58 ans, ursuline, Supérieure du couvent de Sisteron,

Outre les 32 religieuses, les 300 autres victimes furent 36 prêtres et religieux, 43 paysans, 13 cordonniers, 12 femmes, 11  soyeux, 3 cardeurs de laine, 6 orfèvres, 6 charpentiers, menuisiers ou charrons, 5 aubergistes, 5 tailleurs, 5 maçons, 3 boulangers, 3 Maréchaux-ferrants, 2 bouchers, 2 chapeliers, 2 cordiers, 2 meuniers, 2 selliers, 2 couturières, des fondeurs, foulonniers, messagers, pâtissiers, quincailliers, taillandiers, vanniers, relieurs, colporteurs, commis ou domestiques.

Que sont devenus les bourreaux ?

– Étienne Christophe Maignet, représentant de la Convention nationale meurt à Ambert, son village natal le 22 octobre 1834. Inquiété après la chute de Robespierre, il se cache jusqu’à l’amnistie générale du 26 octobre 1795. Condamné à l’exil, il reviendra sous Louis-Philippe et meurt en 1834.

Jean Fauvety, Président sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon.

– Pierre Roman de Fonrosa, dit Roman-Fonrosa, juge, sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon

– Jean-Pierre Melleret, juge de la commission, sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon

– Gaspard Ragot, juge sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon

– Joseph Fernesc (ou Fernex), juge, sera exécuté par la foule, à Lyon le 14 février 1795.

– François-Charles-Gabriel-Léonard Viot, accusateur public, sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon

– Joseph-François Barjavel, conseil de l’accusateur public sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon.

– Claude Benêt, greffier de la commission sera guillotiné le 26 juin 1795 à Avignon

– Eustache Nappier, huissier de la commission, condamné le 26 juin 1795 à 12 ans de fer et à être préalablement exposé attaché à un poteau placé sur un échafaud, pendant six heures, sera poignardé par des inconnus pendant son exposition.

– Claude Dubousquet, commis de l’huissier adjoint, acquitté le 26 juin 1795.

– Pierre-Nicolas Goubert, mis hors de cause le 26 juin 1795.

– Joseph Teyssier, mis hors de cause le 26 juin 1795.

– Joseph-Marie-Victor-François Cottier-Julian (27 ans), secrétaire en chef de la commission ; jugé le 10 juillet 1795, condamné à 20 ans de fers et à six heures d’exposition. À sa demande, sa peine est relevée à 24 ans de fers pour éviter l’exposition, devant la menace qu’il soit assassiné comme Eustache Nappier. Le jugement est annulé l’année suivante, et il est libéré.

Hristo XIEP

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5 commentaires

  1. pamino says:

    « – Joseph Fernesc, ouvrier en soie à Lyon, juge, inculte et sans pitié.
    « […]
    « – Joseph Fernesc (ou Fernex), juge, sera exécuté par la foule, à Lyon le 14 février 1795. »
    Voilà ce qui arrive au canut qui veut se faire aussi grand que le soyeux : on se fait exécuter la Saint-Valentin.
    On peut d’ailleurs toujours voir quantité d’ossements de mitraillés des Brotteaux de 1793 dans une église du quartier, lequel était à l’époque une plaine marécageuse de la rive gauche du Rhône. Les massacres en question se firent en conséquence d’un décret de la Convention : « Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus. ». Le représentant Couthon, un paraplégique, fut envoyé à Lyon pour le faire exécuter, mais on n’a fait que raser la Bastille de la rive droite de la Saône et les deux grandes maisons de l’un et de l’autre côté de la place Louis XV devenue place Bellecour (ultérieurement rebâties par Napoléon). On remplaça donc Couthon par un autre représentant du peuple, l’ancien comédien du Théâtre de Lyon Collot d’Herbois, qui lui non plus n’a pas réussi à raser la ville (dès lors appelée Commune-Affranchie), mais qui a bien fait guillotiner beaucoup de Lyonnais sur la place des Terreaux et en tuer beaucoup d’autres par les canonnades mentionnées de la plaine des Brotteaux de l’autre côté du Rhône, en regardant lesquelles il aurait crié « Me voilà vengé des coups de sifflet ! » (qu’il y aurait autrefois reçus comme comédien). Plus tard il a été un des architectes du 9 thermidor, dans la suite de laquelle Couthon a été guillotiné avec Robespierre, Saint-Just et les autres, mais par la suite Collot a été emprisonné à son tour et puis envoyé comme forçat en Guyane, où il est mort peu après son arrivée.
    « Lyon n’est plus » est aussi le titre d’un livre d’Édouard Herriot, entre autres longtemps maire de Lyon.

  2. Des victimes du messianisme… Fruit d’un concept kabbalistique : http://queteverite.blogspot.com/2017/05/le-tikoun-olam-ou-la-reparation-du.html

  3. Gillic says:

    Il est heureux de constater que tous ces bourreaux ou presque ont subis le même sort que leurs victimes !!!!

  4. DUFIT THIERRY says:

    La révolution « française » fut essentiellement anti-chrétienne. En vacances à La Rochelle je suis allé sur Ile d’Aix ou furent enterrés des prêtres morts en déportation dans des conditions épouvantables sous la terreur et dont un certain nombre ont été béatifiés par Jean-Paul II (quand Jean-Paul II au cours de son pontificat jalonné par les scandales a fait quelques rares bonnes actions il faut le souligner). De tels exemples, on peut en voir dans de nombreux endroits de France. On voit donc le caractère foncièrement antichrétien des révolutionnaires. Quelle fureur anti catholique !
    Prions tous ces martyrs qui ont fait honneur à Notre Seigneur en l’imitant dans sa Passion et qui sont maintenant auprès de Dieu pour qu’ils intercèdent pour nous.

  5. Noël Stassinet says:

    Il aurait été correct que l’auteur de l’article cite sa source son article étant entièrement « pompé » sur le Blog du Souvenir Chouan de Bretagne:

    http://souvenirchouandebretagne.over-blog.com/2014/07/orange-vaucluse-les-carnagies-de-juillet-1794.html

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