latin

D’aucuns s’émeuvent de la disparition du latin et du grec, langues anciennes, et sont même atterrés – à juste titre – de cette lamentable décision, mais… quoi de plus logique que cette mesure ?

Cette disparition s’inscrit tout naturellement dans la politique d’éducation menée dans le cadre de la « refondation » du système éducatif *, du primaire à l’Université incluse. La modification des rythmes scolaires, le « plus de devoirs à la maison », la disparition des notes, la disparition de la licence de lettre classiques… suscitent la même émotion, mais toutes ces décisions font partie d’un seul et même programme et sont logiques, et c’est de ce programme dont nous devrions nous émouvoir.

Les ministres « saucissonnent »

Certes, en « saucissonnant » les décisions, se perd la vision d’ensemble ainsi que les dramatiques enjeux, pour l’avenir de notre société, de la politique menée par ceux-là même qui sont censés nous gouverner.

Ils le savent et c’est bien la raison pour laquelle ils se chargent allègrement du « saucissonnage », nous servant les plats empoisonnés les uns après les autres avec une distance suffisante pour que le poison s’infuse lentement et que les raisons qui justifient les décisions prises ne soient pas perçues.

Que ce soit Belkacem ou un (e) autre, les ministres qui se succèdent à la tête de l’Education nationale nous enfument ainsi sans vergogne, usant également d’un langage pseudo-scientifique qui varie à l’infini pour masquer le vide du contenu énoncé et désigner une seule et même réalité.

En fait, cette décision de soi-disant intégrer latin et grec dans les cours de français ne représente qu’un des aspects de la destruction de l’institution scolaire destinée à nos enfants et correspond parfaitement à la mise en place de la politique « trans-ministérielle» de « refondation » de l’Ecole du primaire à l’Université incluse basée sur un seul et même principe qui est celui de la « transversalité », autrement dit sur la disparition des cours – « refondation » qui se met en place par étape, – « …de manière méthodique, progressive et sans heurter… » comme s’était plu à le dire en son temps, l’ébouriffant et ébouriffé Jack lang, fin diplomate et maître dans l’art de nous faire prendre la lune pour une crêpe !

Décision du ministre de l’Education

Le (ou la ? ) – …ah ! est-il encore permis d’hésiter ? – ministre de l’Education déclare : «…Les futurs programmes de français comprendront des éléments culturels et linguistiques latins, mais aussi grecs, pour éclairer la construction de la langue française… » et ceci, «… pour rendre les langues anciennes accessibles à tous… ». Il serait donc prévu d’intégrer le latin et le grec aux cours de français pour, en quelque sorte, « démocratiser » les langues anciennes, autrement dit, les mettre à la portée de tous ; c’est ce qui est suggéré.

Mais à quel prix ? au prix de leur non-existence même, car… pour intégrer le latin et le grec aux cours de français, il faudrait que les cours de français existassent encore !

Or, dans le cadre de la réforme du collège, l’option (latin- grec) devrait être supprimée pour en faire un « …enseignement pratique transdisciplinaire dérogatoire… ».  

Qu’est-ce à dire ?

Tout simplement que les cours de français vont également être intégrés désormais, dans l’« enseignement pratique transdisciplinaire dérogatoire ».

Et qu’est-ce que cet « enseignement pratique transdisciplinaire dérogatoire » ?

Ce sont tout simplement des activités pratiques choisies par les « élèves », les « étudiants » en remplacement des cours, sur la base de thèmes qui servent de programmes, au cours desquelles ils sont censés apprendre dans différentes disciplines à la fois – en l’occurrence, français, latin grec – c’est ce qui est désigné également du terme d’ « enseignement pratique interdisciplinaire », mais aussi de « transversalité », de « transdisciplinarité », de « projet d’élève », de « travaux personnels encadrés », de « travaux personnels de réussite éducative »… enfin bref ! tout un arsenal d’appellations interchangeables qui se succèdent et se chevauchent pour nous enfumer alors que ce dispositif revient tout simplement à de simples activités de patronage – pardon ! pour les patronages qui nous ont laissé de fort bons souvenirs, mais qui n’ont jamais prétendu être des écoles !

Ainsi, en faisant des activités, l’élève va apprendre le français en même temps que le latin et le grec et tout cela, tout seul, simplement accompagné dans son projet par un « enseignant » qui n’enseigne plus.

Génial ! Comment n’y avions-nous pas pensé plus tôt ?

Conformité au « cahier des charges » de la « refondation » de l’Ecole

Mais… tout ceci est conforme au « cahier des charges » de la « refondation » de l’Ecole * du primaire à l’Université incluse : tous les cours sont amenés à disparaître pour faire place à des activités et pour ce faire, les personnels sont actuellement recrutés sur la base d’ « emplois-avenir-professeurs », c’est-à-dire que les jeunes recrutés ne sont pas titulaires de diplômes universitaires, sont prioritairement issus des ZEP (Zones d’Education Prioritaire) autrement dit des banlieues, aucune condition de nationalité n’est exigée et ils seront entièrement formatés dans les IUFM (rebaptisés Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education).

Dans ces conditions, il est évident qu’ils ne seront pas « tentés » d’enseigner ! pas plus le français que le latin, et encore moins le grec !

Accompagnée de la disparition récente de la licence de lettres classiques, cette mesure est logique, parfaitement logique !

A nous de réagir, non pas seulement sur cette décision, mais sur l’ensemble du sujet, c’est-à-dire sur la « refondation » du système éducatif qui signe, en réalité, la destruction complète de l’Ecole destinée à nos enfants, à nos jeunes, du primaire à l’Université incluse…

Cf.« Comprendre la refondation de l’Ecole en 25 leçons » – Editions des Trianons 2012 – 15E

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2 commentaires

  1. ABOU BAKAR says:

    En effet,comment s’offusquer de la disparition de ces langues alors que les milieux nationalistes en France s’accommodent très bien de la disparition du français au profit de l’anglais et s’offusquent lorsque quelques cours d’arabe sont donnés ici et là!

  2. pamino says:

    Le phénomène n’est pas nouveau. M. Balkany, qui ne vient pas quand même tout juste de sortir de l’école, écrit (fac-simile dans ce nº de MPI) : « L’instruction n’ayant jamais été entravée de quelle que manière que ce soit par mon statut de parlementaire, […] », et hier j’ai trouvé la même confusion de ‹ quel que › et ‹ quelque › chez un évêque traditionnel. Question : Quis custodiet ipsos Custodes ? Réponse : Personne, mais après la destruction totale de la langue, des érémites comme l’estimable M. Abou Bakar sortiront de leurs trous pour que l’histoire linguistique n’ait pas à recommencer tout à fait à partir de zéro. Et à propos de bottes, veuillez remettre le trait d’union dans votre « Oui, ajoutez moi à votre liste de diffusion » en bas de cette page.

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