
Mgr Schneider n’hésite plus à appeler de ses
vœux la canonisation de Mgr Marcel Lefebvre.
Dans un nouveau long entretien accordé à la fois à Certamen et au journaliste Michael J. Matt du site The Remnant sur leur chaîne YouTube TheRemantVideo [Voir la vidéo ci-dessous (1)], Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, réaffirme (2) que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne sont absolument pas schismatiques et appelle ses confrères dans l’épiscopat à avoir un regard nouveau sur le combat mené par la FSSPX.
Pour Michael J. Matt « cette interview de Son Excellence Mgr Athanasius Schneider sur la question de Mgr Lefebvre est sans doute l’interview la plus courageuse donnée par un prêtre ou un évêque non membre de la Fraternité Saint-Pie X depuis trente ans. Si vous en avez assez des clivages sectaires et que vous voulez connaître la vérité, regardez cette interview. »
MPI vous propose le texte de cette nouvelle prise de position transcrite par fsspx.news :
[…]
Les sacres de 1988 et ceux de 2026 : une continuité de service à l’Église
Examinant les motifs et les intentions des consécrations épiscopales conférées par Mgr Lefebvre en 1988 sans mandat pontifical, Mgr Schneider y voit une continuité avec celles que la FSSPX prévoit de conférer, à ce jour sans mandat pontifical, le 1er juillet 2026 :
« Comme Mgr Lefebvre l’a dit à plusieurs reprises, et comme les supérieurs de la Fraternité le répètent encore aujourd’hui, ils ne se considèrent pas comme une œuvre faite pour eux-mêmes, mais comme un service rendu à la Sainte Église, à l’Église entière, et même au Saint-Siège lui-même.
Quand Mgr Lefebvre consacra les évêques en 1988, il dit : « Je fais cela pour les papes. » C’est-à-dire pour que soit conservée l’intégrité de tout ce que l’Église, l’Église romaine et les papes, jusqu’au Concile, avaient strictement ordonné d’observer : la foi, la liturgie, la formation sacerdotale, exactement comme l’Église l’avait commandé pendant des siècles.
Il disait : « Nous ne faisons rien d’autre que ce que l’Église a demandé et ordonné pendant des siècles. Alors comment pourrions-nous faire quelque chose de mauvais, si c’est précisément ce que l’Église a considéré et même strictement exigé durant des siècles, et qui a produit des saints ? Cette formation sacerdotale, à travers les siècles — comment pourrait-elle être soudainement nocive ou incorrecte ? »
Et l’archevêque disait encore : « Nous n’avons absolument rien introduit de nouveau ; uniquement ce que l’Église voulait. »
Le but était de transmettre cela à travers ce temps de confusion, qui n’est que temporaire. Car nous devons croire fermement que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre le Saint-Siège. La situation actuelle est une sorte d’exil d’Avignon, si je puis parler spirituellement ou métaphoriquement. La clarté cristalline du magistère du pape et de la Chaire de Pierre est obscurcie. La liturgie aussi. Et tout cela, à Rome même, qui devrait être la lumière et le roc, est obscurci.
Cela ne signifie en aucune manière le sédévacantisme. Mais c’est simplement quelque chose d’obscurci, de la même manière qu’à Avignon il y avait de vrais papes, mais ils n’étaient pas à Rome. Rome fut vide pendant soixante-dix ans. Symboliquement, il en est de même aujourd’hui : le Saint-Siège est partiellement obscurci par l’influence du néo-modernisme, qui est un naturalisme et un relativisme. Mais ce n’est que temporaire.
Le Saint-Siège retrouvera de nouveau toute la clarté, toute la force, toute la vigueur de la foi catholique, de la sainte liturgie. Tout cela reviendra. Et Mgr Lefebvre en était profondément convaincu.
Même après les consécrations de 1988, il disait peut-être qu’en peu de temps nous aurions de nouveau à Rome un pape fort, traditionnel. Et alors, vous les évêques, vous irez à lui, vous lui offrirez votre épiscopat, et vous lui direz : « Très Saint-Père, prenez notre épiscopat ; faites de nous ce que vous voulez. » Car alors notre épiscopat ne serait plus nécessaire, puisque cette tâche serait de nouveau assumée par le Saint-Siège et par le pape lui-même.
Je pense que, dans la même intention et dans le même esprit, cette année la Fraternité fera la même chose : offrir ces nouveaux évêques comme un pont, dans ce temps très obscur, mais pour la Sainte Église, pour Rome, pour les futurs papes. Et lorsqu’un jour il y aura de nouveau, je le répète, un pape 100 % traditionnel — car telle est l’essence de la papauté : être 100 % traditionnelle —, et cela viendra au temps de Dieu, nous ne savons pas quand, mais cela viendra, alors j’imagine que les nouveaux évêques consacrés en juillet dans la Fraternité iront eux aussi vers lui et diront : « Très Saint-Père, notre épiscopat n’est plus nécessaire ; vous accomplissez maintenant cette tâche. Faites de nous ce que vous voulez. »
Telle est l’attitude de Mgr Lefebvre, et j’estime que c’est encore celle de la Fraternité aujourd’hui, comme elle l’a proclamé et comme le supérieur général, l’abbé Pagliarani, l’a écrit au pape Léon. Une telle attitude n’est en rien schismatique. »
Une réfutation des accusations de schisme
Mgr Schneider a tenu à défendre la FSSPX contre les accusations récurrentes de schisme portées à son encontre :
« Il nous faut donc corriger notre compréhension du schisme. Dans les derniers siècles, nous avons eu une vision très réductrice du schisme, une vision complètement légaliste. Et nous avons eu également une vision réductrice de l’obéissance. Nous avons même absolutisé l’obéissance au pape, qui est une créature : le pape n’est pas Dieu.
En réalité, je dois le dire, il existe dans la psychologie de beaucoup de gens, traditionnels ou conservateurs, et même de certains évêques et cardinaux jusqu’à aujourd’hui, une sorte de divinisation implicite du pape. Je dis bien implicite, non formelle ni explicite. Dès lors, toute désobéissance est immédiatement étiquetée : « Vous êtes schismatique », parce que vous avez désobéi.
Cela était étranger à la grande tradition de l’Église. Complètement étranger aux Pères de l’Église. Je suis patrologue, et je peux le dire. Lorsque saint Athanase désobéit au pape Libère, qui l’excommunia, cette excommunication fut formelle, bien sûr, selon la loi. Mais j’estime que cette excommunication était invalide aux yeux de Dieu. Comment le pape Libère, qui avait coopéré dans une certaine mesure avec l’ambiguïté semi-arienne, aurait-il pu excommunier le plus grand défenseur de l’orthodoxie ? Aux yeux de l’histoire, l’excommunication d’Athanase fut injuste ; je pense qu’aux yeux de Dieu elle fut invalide.
C’est pourquoi je pense que, dans la question présente de la Fraternité et de ces consécrations, il y a quelque chose de providentiel. Dieu le permet, parce que nous sommes une grande famille, et la Fraternité fait partie de notre famille. Elle n’est pas hors de l’Église. Comme vous l’avez rappelé, elle nomme le pape dans le canon ; elle nomme aussi l’évêque local dans le canon. Elle a reçu de Rome les facultés pour entendre les confessions, et elles sont encore valides, non révoquées. Comment une communauté schismatique pourrait-elle posséder des facultés valides pour la confession ? Car c’est une forme de juridiction.
Le pape François a même demandé aux évêques et aux pasteurs de leur accorder la possibilité d’assister canoniquement aux mariages. Et ils le peuvent effectivement. De plus, dans certains cas très graves de crimes sacerdotaux, il arriva, au moment de ma visite, que Mgr Fellay me rapporte qu’un cas avait été signalé au Saint-Siège ; et le Saint-Siège délégua alors Mgr Fellay comme juge, au nom du Saint-Siège, pour mener l’enquête canonique. Comment un schismatique pourrait-il faire cela ?
Il nous faut donc retrouver une vision plus équilibrée de ce qu’est le schisme et de ce qu’est l’obéissance dans l’Église. Toute désobéissance au pape n’est pas automatiquement schismatique. Et même une consécration épiscopale faite contre la volonté du pape, donc illicite en ce cas, n’est pas en elle-même un acte mauvais. Certains représentants de communautés traditionnelles issues d’Ecclesia Dei ont publiquement déclaré qu’une consécration épiscopale illicite, contre la volonté du pape, serait un mal intrinsèque. C’est complètement faux. Cela n’a jamais été enseigné par la grande tradition de l’Église.
Par exemple, le serviteur de Dieu le cardinal Josyf Slipyj, de l’Église grecque-catholique, aujourd’hui reconnu pour ses vertus héroïques, consacra secrètement trois évêques à Rome, contre la volonté du pape Paul VI, sachant que Paul VI ne le permettait pas. Faudrait-il alors conclure que le serviteur de Dieu Josyf Slipyj a commis un mal intrinsèque et encouru l’excommunication automatique ? Certainement pas.
Nous devons donc revenir à la grande vision équilibrée des Pères de l’Église du premier millénaire. Et par conséquent, l’intention de la Fraternité est clairement non schismatique, de manière répétée. Elle agit uniquement comme un service rendu à l’Église et à la papauté. Et je pense qu’un jour, après cette immense crise, l’Église sera reconnaissante envers la Fraternité. »
La liberté propre de la FSSPX au service de l’Église
Allant plus loin, Mgr Schneider a remercié la FSSPX pour le combat liturgique qu’elle mène au service de l’Église et qu’il fait sien, soulignant la liberté sans équivalent dont elle dispose :
« Mgr Lefebvre, par amour pour l’Église, a accepté de faire cela au prix d’être suspendu par le pape. À l’époque, il y a cinquante ans, en 1976, dans ce contexte, un haut représentant du Saint-Siège dit à Mgr Lefebvre : « Notre problème, c’est la messe. »
À ce moment-là, il n’était pas encore principalement question des problèmes doctrinaux du Concile ; il s’agissait davantage de la sainte Messe, de la messe traditionnelle. Et ce haut représentant du Saint-Siège dit à l’archevêque : « Si vous acceptiez seulement une fois de célébrer publiquement, devant vos séminaristes et devant les fidèles, le Novus Ordo, alors tous nos problèmes seraient résolus. »
Mais il refusa. Il dit : « Ma conscience ne me le permet pas. » Car agir ainsi, c’était entrer dans l’ambiguïté.
Il reconnaissait que le Novus Ordo est valide, toujours à la condition qu’il soit célébré selon les règles du missel. Mais même célébré en latin et selon les rubriques, il contient en lui-même des éléments hautement ambigus, notamment les prières de l’offertoire et la deuxième prière eucharistique, qui affaiblissent très nettement le caractère sacrificiel et propitiatoire de la sainte Messe, qui est pourtant le même sacrifice du Golgotha. Cela met l’accent principal sur la messe comme repas.
Or cela est grave. Nous ne pouvons pas simplement dire : « Qu’on célèbre le Novus Ordo en latin ou ad orientem, et tout sera réglé. » Ce n’est pas suffisant. Car ces deux éléments sont réellement hautement ambigus. Et nous ne pouvons pas tolérer, dans l’acte central et le plus sublime de l’Église — qui est la représentation sacramentelle, l’actualisation du sacrifice du Golgotha, le plus grand acte d’adoration rendu à Dieu sur la terre —, que cet acte soit affecté d’ambiguïté doctrinale.
Je ne dis pas que le Novus Ordo est hérétique, non. Mais il affaiblit fortement la doctrine. L’Église ne peut pas se permettre de continuer ainsi. C’est pourquoi la Fraternité rend un immense service à l’avenir de l’Église en soulignant et en demandant au Saint-Siège de corriger ces ambiguïtés doctrinales du Novus Ordo.
Les autres communautés dites Ecclesia Dei, qui ont la messe traditionnelle, n’osent pas le dire. Si elles commençaient à le réclamer, elles recevraient demain un commissaire et seraient mises au pas. On l’a vu ces dernières années : trois paroisses florissantes de la Fraternité Saint-Pierre, en France, ont été fermées par leurs évêques, et tous leurs recours au Saint-Siège sont restés sans effet. Le Saint-Siège ne les a pas aidées.
On m’a même rapporté récemment, de manière fiable, le cas d’un autre institut Ecclesia Dei en Europe : ils étaient déjà présents dans un diocèse avec l’accord de l’évêque précédent. Ils demandèrent au nouvel évêque de formaliser leur présence par une fondation canonique, ce que l’évêque peut accorder de sa propre autorité sans demander à Rome. Le droit canon le prévoit. Pourtant cet évêque demanda tout de même à Rome : devait-il reconnaître et établir officiellement cette communauté dans son diocèse ? Et Rome lui répondit : « Ne leur donnez pas cette reconnaissance. » Voilà la situation, la réalité. »
Trois points doctrinaux majeurs à clarifier
Mgr Schneider identifie les mêmes erreurs doctrinales fondamentales que la FSSPX et qui, depuis Vatican II, nécessitent un examen approfondi dans l’Église pour être corrigées :
« Ensuite, il y a les autres éléments doctrinaux, qui doivent être discutés et débattus dans l’Église. On ne peut pas simplement dire : « Résolvons cela avec la fameuse herméneutique de la continuité. » Non. Ce n’est pas intellectuellement honnête. C’est une manière de vouloir rendre le cercle carré. J’appelle cela une acrobatie mentale. Cela ne fonctionne pas et cela ne convainc pas. Cela laisse subsister l’ambiguïté.
L’Église ne peut pas se permettre de rester dans l’ambiguïté doctrinale. Et les thèmes sont principalement au nombre de trois.
Le premier est la soi-disant liberté religieuse, telle qu’elle a été formulée. Lorsqu’on la lit simplement, telle qu’elle est, elle est hautement ambiguë et favorise le relativisme : toutes les religions auraient le même droit à être propagées et tolérées, et ce droit ne serait pas seulement un droit civil, mais serait enraciné dans la nature de la personne humaine, donc un droit naturel. Or le droit naturel est positivement voulu par Dieu. Et Dieu ne peut pas positivement vouloir que des religions idolâtriques aient le même droit à se répandre que l’unique vraie religion qu’il a commandé à l’humanité entière, la religion catholique.
C’est donc ambigu, relativisant, et c’est évident pour quiconque lit cela. Et la conséquence du prétendu « esprit du Concile », comme vous l’avez mentionné, c’est que cette expression de Dignitatis humanae a été interprétée, dans presque toutes les facultés de théologie et dans les séminaires du monde entier, comme signifiant en substance que toutes les religions ont les mêmes droits, la même dignité, comme si elles étaient des voies égales vers Dieu. C’est ce que le pape François lui-même a exprimé à Abou Dhabi.
D’ailleurs, au retour, dans l’avion, un journaliste lui demanda si cette affirmation du document d’Abou Dhabi — selon laquelle Dieu veut la diversité des religions dans sa sagesse créatrice — n’était pas relativiste. Le pape François répondit que non, que cette phrase n’était pas à un millimètre de ce que le Concile avait enseigné sur la religion. En cela, il était au moins honnête.
Certains prêtres traditionnels écrivent alors des livres entiers, de cinq cents pages ou plus, pour essayer de rendre le cercle carré et d’expliquer qu’on peut interpréter tout cela en un sens traditionnel. Mais le simple fait qu’une seule phrase exige cent ou cinq cents pages d’interprétation est déjà un signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qu’il y a une grave ambiguïté, et qu’elle doit être corrigée.
Cette formule, selon laquelle toute personne humaine est libre de choisir sa religion selon sa conscience, sans être empêchée par quiconque de la professer, de la pratiquer et de la propager, individuellement et collectivement, et que ce droit est enraciné dans la nature humaine, cette formule n’est applicable qu’à la foi catholique. Pour les autres religions, il faudrait ajouter autre chose : il doit y avoir tolérance, certes, mais ce n’est pas la même chose.
L’Église l’a dit depuis les Pères de l’Église. Saint Augustin, entre autres, l’a dit : on ne peut pas mettre les religions païennes de l’Empire romain au même niveau que la foi en Jésus-Christ. Les chrétiens sont morts pour cela. Donc ce point doit être corrigé.
Le second point est le faux œcuménisme. La déclaration selon laquelle d’autres communautés chrétiennes seraient, en tant que communautés, des instruments du Saint-Esprit dans l’œuvre du salut, cette formulation relativise pratiquement la place unique de l’Église catholique, en la mettant de facto presque au même niveau que les autres communautés chrétiennes.
Il serait plus exact de dire que le Saint-Esprit peut utiliser certaines personnes individuelles, dans ces communautés, comme instruments de salut. Mais on ne peut pas dire que leurs structures elles-mêmes, qui sont objectivement hérétiques ou schismatiques, soient comme telles des instruments de salut. Là encore, c’est hautement ambigu. Et l’on voit les fruits de ces ambiguïtés dans le dialogue interreligieux et l’œcuménisme : une relativisation constante de l’unicité de l’Église catholique.
Puis il y a cette autre formule de Lumen gentium 16, selon laquelle nous, catholiques, adorons avec les musulmans le Dieu unique. Comment pourrait-on adorer avec les musulmans ? C’est impossible, même du point de vue de la nature de l’acte d’adoration. L’acte d’adoration du chrétien est toujours, au plan surnaturel, celui d’un enfant de Dieu. Tandis que l’acte d’adoration d’un musulman, même sincère, même ignorant du Coran comme texte, qui veut simplement adorer le Créateur, reste d’un autre ordre : il n’a pas la filiation divine par le baptême et la foi. Son acte d’adoration est donc essentiellement différent du nôtre.
Comment alors formuler d’un seul souffle : « Nous adorons avec les musulmans » ? C’est impossible. Et c’est au minimum hautement ambigu. Et alors, si nous adorons avec les musulmans le même Dieu, pourquoi évangéliser les musulmans ? C’en est la conséquence. Et pourquoi convertir les protestants ou les schismatiques à l’Église, si leurs communautés sont aussi, comme le dit le Concile, des instruments du Saint-Esprit pour le salut ?
Depuis soixante ans, ce sont les fruits de ces formulations hautement ambiguës : nous sommes arrivés à une confusion complète et à une relativisation totale de la vérité.
Le troisième point sérieux est la soi-disant collégialité, c’est-à-dire cette doctrine complètement nouvelle, qui n’a pas été enseignée par les Pères ni par les papes avant le Concile, selon laquelle le collège des évêques, avec le pape, posséderait de manière permanente l’autorité suprême sur toute l’Église. C’est une nouveauté. Cela n’a jamais été enseigné. Et c’est contraire à l’Évangile.
Notre Seigneur a dit à une seule personne : « Pais mes brebis… pais mes agneaux », c’est-à-dire les évêques et tout le troupeau. Il ne l’a pas dit à Pierre et aux autres apôtres ensemble. Il aurait pu dire : « Pierre, et vous autres apôtres avec lui, paissez mon troupeau. » Mais Il ne l’a pas dit.
L’enseignement de Lumen gentium sur la collégialité, dans ce sens, affaiblit donc la tradition catholique et l’Évangile sur la structure monarchique de l’Église, que Dieu a établie. Il y a un chef sur l’Église universelle : Pierre, la papauté. Et il y a des évêques à la tête des Églises locales. Il n’existe pas d’instance intermédiaire, divinement instituée, qui exercerait de manière permanente un gouvernement suprême collectif sur l’Église universelle.
Cela n’est possible que dans des cas particuliers, quand le pape juge utile de faire participer le collège des évêques à son pouvoir suprême unique, par exemple dans un concile œcuménique ou un synode particulier auquel il donne valeur universelle. Cela dépend du pape. Il ne peut pas y être contraint.
Depuis toujours, les papes ont bien sûr su qu’ils étaient aussi la tête du collège des évêques. Ils les ont consultés de diverses façons dans l’histoire, dans des synodes ou des conciles. Mais cela ne change rien à la structure monarchique de l’Église.
Ces trois questions doctrinales sont donc importantes. Elles doivent être résolues. Et ici, la Fraternité Saint-Pie X est une immense aide pour toute l’Église, car elle pousse à affronter honnêtement ces problèmes doctrinaux, ainsi que celui du Novus Ordo. Cela prendra du temps, certes. L’Église a du temps.
C’est pourquoi j’ai lancé cet appel au pape Léon : « S’il vous plaît, construisez un pont. Donnez le mandat apostolique pour ces consécrations épiscopales. Ce serait une première étape vers l’intégration et la normalisation. » La situation canonique ne serait pas encore entièrement réglée, cela pourrait venir plus tard. Mais une première étape créerait déjà un climat de confiance mutuelle pour le débat qui doit avoir lieu dans l’Église, avec l’aide de la Fraternité Saint-Pie X.
J’espère et je prie jusqu’au dernier jour pour le miracle que le pape Léon donne cette permission pour les consécrations épiscopales. Il faut croire comme des enfants et prier pour que ce soit là la juste manière pour le pape d’agir dans ce contexte. »
Des attaques publiques regrettables contre la FSSPX au sein du monde traditionnel
Mgr Schneider déplore les critiques adressées à la FSSPX par d’autres courants traditionnels ou conservateurs, appelant à une attitude plus fraternelle et constructive dans le contexte actuel de crise :
« Et je déplore aussi que, dans ce contexte, beaucoup de communautés traditionnelles et certains évêques ou cardinaux connus pour leur amour de la tradition aient commencé publiquement à attaquer la Fraternité Saint-Pie X, à la qualifier de schismatique ou à la menacer d’excommunication. Cela n’aide en rien. Cela devrait être l’inverse.
Dans cette immense confusion de l’Église, avec cette relativisation, ces blasphèmes et sacrilèges toujours plus fréquents dans les célébrations de la messe, avec des évêques et des cardinaux qui proclament publiquement des hérésies sans être punis, qui demandent l’ordination des femmes, ou annoncent qu’ils ordonneront bientôt des prêtres mariés, sans être repris, sans même être avertis ; sans parler du « chemin synodal » allemand, qui mine totalement la structure de l’Église pour la modeler sur une communauté protestante, et Rome n’intervient pas depuis des années ; dans ce contexte où le monde devient toujours plus antichrétien, avec l’imposition mondiale de l’idéologie du genre et de l’homosexualité, et en Europe une islamisation croissante…
Récemment, par exemple, le Premier ministre espagnol a déclaré que si, en Espagne, quelqu’un critiquait l’islam et le prophète Mahomet, cette personne pourrait être emprisonnée cinq ans. Mais il n’a pas dit la même chose si quelqu’un insultait Jésus-Christ. Voilà la situation.
Dans un tel contexte, nous devrions unir tous ceux qui conservent encore l’intégrité de la foi catholique, de la formation sacerdotale et de la sainte messe — ce que la Fraternité veut précisément. Déjà en novembre, le supérieur général a demandé au pape, avec prudence et respect, qu’il ne s’oppose pas à ces consécrations. Cette première demande a été refusée brusquement. Mais ils essaient encore, et je crois qu’ils demanderont encore formellement.
Dans ce contexte, je déplore profondément ces attaques venues des milieux traditionnels eux-mêmes. Cela me rappelle la situation du IVe siècle, lors de la crise arienne, que saint Basile le Grand décrivait comme un combat naval de nuit, dans le brouillard, où au lieu d’attaquer les navires ennemis, les bons en viennent à s’attaquer entre eux.
Je considère que notre situation est la même. Pourquoi la Fraternité Saint-Pierre ou d’autres devraient-elles attaquer publiquement la Fraternité Saint-Pie X, la menacer, la qualifier de schismatique ? Elles devraient au contraire dire au Saint-Père : « Très Saint-Père, nous pensons que vous devriez faire un geste généreux. Donnez-leur, à titre exceptionnel, la permission pour les consécrations. C’est du droit ecclésiastique, non du droit divin. Puis, lentement, étape par étape, nous les intégrerons et nous discuterons avec eux. Cela prendra du temps. »
C’est cela que toutes les communautés Ecclesia Dei devraient faire. Mais au lieu de cela, elles attaquent. Et elles risquent d’entrer dans l’histoire comme saint Basile décrivait ceux qui, en pleine crise, attaquaient leurs propres frères. »
Un appel à une reconnaissance future de Mgr Lefebvre
Mgr Schneider n’a pas dissimulé son admiration pour l’évêque intrépide que fut Mgr Marcel Lefebvre, exprimant l’espérance de le voir un jour élevé sur les autels :
« J’aimerais inviter toutes les réalités de l’Église — la Fraternité Saint-Pierre, que j’apprécie beaucoup et qui fait un excellent travail, les autres instituts, les bons évêques — à s’unir davantage, à être plus fraternellement positifs envers la Fraternité Saint-Pie X, afin que nous formions ensemble une force unique pour restaurer notre Sainte Mère l’Église dans cette situation d’urgence sans précédent.
Et il faut prier pour le pape, afin que Dieu l’illumine. Le pape doit être le chef de la tradition ; il est le chef né de la tradition. Et cela viendra. Nous devons le demander avec insistance.
Je pense que les prochaines consécrations épiscopales — j’espère encore jusqu’au dernier moment que le pape accomplira un geste généreux —, même si cela n’arrivait pas, Dieu le permettra pour le bien de toute l’Église. La Providence divine sait comment utiliser tout cela.
Nous devons avoir une grande confiance dans la Providence divine et dans Notre-Dame, qui est la Mère de l’Église. Il faut l’implorer. Et il faut aussi implorer Mgr Lefebvre. Demain, ce sera l’anniversaire de sa mort. Je suis convaincu qu’un jour, dans l’avenir, il sera reconnu par l’Église comme un grand évêque. Et je n’exclus pas qu’un jour il soit même canonisé comme évêque confesseur dans des temps difficiles, lui qui a toujours aimé le Saint-Siège et les papes, bien qu’il ait été persécuté, suspendu, excommunié ; lui qui, jusqu’à la fin, a prié pour le pape et aimé le Saint-Siège et la Sainte Mère l’Église. »
Dans Certamen : une critique du “papalisme” et la question d’une éventuelle excommunication
Dans un autre entretien, cette fois écrit, accordé au média autrichien Certamen, Mgr Schneider a déploré une forme de « divinisation » de l’autorité du pape chez certains catholiques : « Au cours des derniers siècles s’est diffusée une interprétation erronée et anti-traditionnelle de deux dogmes du premier concile du Vatican : le primat de juridiction du pape et l’infaillibilité pontificale. Il en est résulté une forme de « papalisme », c’est-à-dire une absolutisation, voire une quasi-divinisation de la personne du pape, faisant de lui le centre de toute la vie de l’Église, au détriment de la centralité du Christ et de l’enracinement dans la Tradition. Dans une telle vision excessive, toute désobéissance à une décision pontificale est considérée comme un schisme.
De plus, une compréhension erronée de l’infaillibilité pontificale s’est répandue, conduisant à considérer de facto toute parole du pape comme exempte d’erreur. S’est également développée une conception réductrice du schisme, assimilant toute situation canonique irrégulière à un schisme, indépendamment des intentions et du fait que ces personnes reconnaissent le pape et prient pour lui dans la liturgie.
En outre, une consécration épiscopale sans mandat pontifical est souvent considérée automatiquement comme un acte schismatique, voire intrinsèquement mauvais, ce qui contredit la tradition canonique constante de l’Église. Avant le Code de 1983, une telle consécration n’était pas punie d’excommunication, mais seulement de suspension. Même aujourd’hui, elle relève juridiquement des actes d’usurpation de fonction ou de violation de la discipline sacramentelle, et non directement des atteintes à l’unité de l’Église.
Plus largement, s’est développée une mentalité de positivisme juridique, où l’observance d’une norme ecclésiastique est placée au-dessus de la nécessité de préserver la clarté doctrinale et la pureté de la foi et de la liturgie. »
Il demeure confiant dans la capacité du pape à s’élever au-dessus des pressions exercées par certains partis :
« Le pape possède une pleine et entière autorité de gouvernement et peut agir librement, indépendamment des avis de ses collaborateurs. S’il dépendait toujours d’eux, il ne serait pas véritablement libre. Le pape doit se tenir au-dessus des partis et agir en véritable pasteur et père pour tous ses fidèles, y compris les membres de la Fraternité. »
Malgré tout, l’hypothèse d’une excommunication nulle et injuste demeure possible, sans que cela n’empêche la FSSPX d’accomplir son devoir :
« Si le pape refusait le mandat et punissait les consécrations d’excommunication, seuls les évêques consécrateurs et consacrés seraient juridiquement concernés, non les prêtres ni les fidèles. La vie pastorale continuerait probablement comme auparavant. Il est même possible que la visibilité médiatique attire davantage de fidèles et de convertis, surtout si la crise actuelle de l’Église continue de s’aggraver. À l’heure actuelle, rien n’indique une amélioration. »
Un état de nécessité plus grave qu’en 1988
Pour Mgr Schneider, la situation de l’Église est aujourd’hui plus grave encore qu’en 1988 ; un tel état de nécessité justifie d’autant plus les sacres à venir, en vue d’un relèvement futur auquel tous sont appelés à contribuer :
« Nous assistons à une situation presque apocalyptique : propagation d’hérésies, légitimation de comportements contraires à la loi naturelle, syncrétisme religieux, indifférentisme, atteintes à la discipline sacramentelle et au célibat sacerdotal, sacrilèges et perte de la foi. Et cela, parfois, avec l’implication de membres du clergé à haut niveau.
Dans une telle situation, seule une intervention divine peut apporter une solution : soit par une épreuve purificatrice, soit par une conversion profonde du pape à la Tradition, fruit des prières et sacrifices des fidèles, en particulier des plus humbles.
Une chose est certaine : l’Église demeure entre les mains de Dieu. Le Christ est le pilote de la barque de l’Église, même s’il semble dormir au milieu de la tempête. Mais nous croyons fermement qu’il se lèvera à nouveau pour apaiser les flots, et que la sainte Église romaine redeviendra pleinement le phare et la chaire de la vérité. »
Christian LASSALE
(1) Vidéo de l’entretien en anglais sur TheRemnantVideo [« NOT SCHISMATIC AT ALL »: Bishop Schneider Implores Brother Bishops to Reconsider the SSPX]
(2) Lire aussi sur les diverses prises de position à propos des futurs sacres ans la FSSPX :
– Réponse de la Fraternité à Rome : impossible de se mettre d’accord doctrinalement et maintien de la date du 1er juillet pour sacrer des évêques.
– Mgr Viganò, archevêque, réagit à l’annonce des futurs sacres décidés par les autorités de la FSSPX auxquelles il apporte son plein soutien.
– Mgr Viganò, archevêque : après la réponse de la FSSPX sur les futurs sacres Léon XIV et le cardinal Fernandez sont maintenant « entre le marteau et l’enclume ».
– Communiqué des instituts Ecclesia Dei ou la tentation sado-masochiste !
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle
– Le cardinal Sarah appelle à l’unité suite à l’annonce par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X de procéder à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical.
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle.
– Mgr Athanasius Schneider exhorte le pape Léon XIV à établir un pont entre Rome et la FSSPX
– L’abbé Jaime Mercant Simó, prêtre diocésain de Majorque, déclare à propos des futurs sacres de la FSSPX : « ni schisme ni péché ».
– Mgr Athanasius Schneider affirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques.
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