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Les manœuvres d'Epstein et Ehud Barak au Nigeria

Parmi les millions de documents relatifs à l’affaire Epstein mis en ligne par la justice américaine figurent quelques informations intéressantes sur le rôle d’Epstein dans la négociation de contrats pour de la technologie de reconnaissance faciale israélienne vendue au Nigéria. Un an avant sa mort suspecte dans une prison de Manhattan, Jeffrey Epstein travaillait à la conclusion d’un accord pour le conglomérat logistique émirati DP World au Nigeria.

Epstein et son ami le sultan Ahmed bin Sulayem

Dans un échange de courriels datant de l’été 2018, Jeffrey Epstein a facilité des discussions entre son ami le sultan Ahmed bin Sulayem (celui qui échangeait des vidéos de torture avec Epstein), à l’époque et jusqu’il y a peu président de DP World, et  Jide Zeitlin, alors président du fonds souverain nigérian. Les discussions concernaient des contrats pour des terminaux maritimes à Lagos et Badagry.

Epstein propose les services de Kathryn Ruemmler

La direction de DP World hésitait à investir dans une zone industrielle au Nigeria à moins de posséder l’intégralité du port environnant, et les discussions avec les précédents présidents nigérians, depuis 2005, n’avaient abouti à rien. Jide Zeitlin informa le sultan Ahmed bin Sulayem de sa proximité avec le président de l’époque, Muhammadu Buhari, et le magnat du transport maritime Gabriele Volpi, milliardaire et propriétaire d’Intels, la plus grande entreprise de logistique du Nigeria, qui dessert l’immense secteur pétrolier et gazier du pays. Epstein, quant à lui, proposa de faire intervenir Kathryn Ruemmler, ancienne conseillère juridique de la Maison-Blanche sous la présidence de Bill Clinton puis de Barack Obama, puis avocate pour le groupe Edmond de Rothschild à la demande d’Epstein, avant de finir chez Goldman Sachs dont elle a démissionné en raison de ses liens avec Epstein.

Le sultan Ahmed bin Sulayem et Epstein ont, pendant de nombreuses années, œuvrer à tisser des liens entre Israël et les Émirats arabes unis. En septembre 2018, après la nationalisation par Djibouti du principal hub de DP World en Afrique de l’Est, Jide Zeitlin écrit à Epstein : « J’espère que le séjour de votre ami à Tel Aviv… a été plus fructueux que ses efforts sur le continent africain. » Après la mort d’Epstein, DP World a acquis une participation majoritaire dans un prestataire logistique nigérian en 2022 et a commencé à étendre sa présence à Lagos l’année dernière.

Epstein a aussi aidé Jide Zeitlin à contourner les sanctions américaines imposées à Oleg Deripaska, alors président du géant russe de l’aluminium Rusal. Ces sanctions avaient eu un impact majeur sur Ivan Glasenberg, le PDG israélo-sud-africain du géant minier Glencore. Les activités de Glencore avaient fait l’objet d’une enquête pour fraude concernant ses relations avec le magnat minier israélien Dan Gertler au Congo-Kinshasa. « Connaissez-vous Oleg Deripaska ou Ivan Glasenberg ? » demande Zeitlin à Epstein. « Facile », répond Epstein.

Epstein spécule sur les conflits en Afrique

On se rend peu compte à quel point Jeffrey Epstein suivait de près les conflits armés sur le continent africain afin de proposer à des dirigeants africains des services qui profitaient toujours, au final, à Israël.

Epstein entretenait des liens étroits avec des entreprises minières et militaires israéliennes en Afrique, qu’il soutenait aux côtés de l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, avec lequel Epstein correspondait presque quotidiennement. « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, et le désespoir des dirigeants », écrit Epstein à Ehud Barak dans un courriel en 2014 , « n’est-ce pas une aubaine pour vous ? » Barak répond : « Vous avez raison, d’une certaine manière. Mais transformer cela en rentrées d’argent n’est pas chose simple. »

Boko Haram a servi de prétexte pour mettre le Nigeria sous l’influence israélienne

Lorsque l’armée nigériane s’est engagée dans une guerre d’usure contre la milice terroriste islamiste Boko Haram, Ehud Barak a présenté des fournisseurs israéliens de sécurité pour devenir partenaires du gouvernement du président nigérian Goodluck Jonathan. Jeffrey Epstein était en relation avec le pasteur nigérian et ancien ministre du Commerce Okey Enelamah, qui a joué un rôle déterminant dans les négociations avec Ehud Barak.

Les sociétés de renseignement israéliennes ont présenté leur savoir-faire en matière de sécurité comme « éprouvé sur le terrain », un euphémisme pour désigner les technologies déployées contre les Palestiniens vivant sous occupation militaire israélienne. Des années avant que l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak ne vende un système de contrôle d’accès biométrique au Nigéria, les autorités israéliennes avaient installé son prototype, baptisé « Bâle », au point de passage d’Erez entre Gaza et Israël. Les points de contrôle automatisés israéliens, équipés de scanners faciaux et de reconnaissance de la géométrie de la main, étaient présentés comme un moyen pour les gouvernements africains de contrôler les mouvements de population à grande échelle.

Tout bénéfice pour Epstein et Ehud Barak… et pour Israël

La vente de matériel israélien de sécurité au Nigeria permettait à la fois à Ehud Barak et Jeffrey Epstein de s’enrichir personnellement, tout en servant les intérêts politiques du gouvernement israélien. La première incursion de Ehud Barak au Nigeria a conduit, au cours des années suivantes, à créditer les sociétés israéliennes d’une expertise en cybersécurité sur le territoire nigérian. En 2020, la Banque mondiale a fait appel à la Direction nationale israélienne de la cybersécurité et à une start-up de criminalistique numérique cofondée par Ehud Barak pour structurer l’infrastructure cybernétique du Nigeria.

Derrière ces contrats de sécurité déjà très lucratifs se cachait un autre objectif : l’accès aux riches ressources pétrolières du Nigeria. Les courriels piratés de Ehud Barak, publiés par Distributed Denial of Secrets et corroborés par les récentes révélations des dossiers Epstein du département de la Justice, montrent que Ehud Barak, avec le soutien constant d’Epstein, a exploité ses relations dans le secteur de la sécurité au Nigeria pour obtenir des opportunités d’investissement pétrolier.

Début 2014, l’état d’urgence était en vigueur au Nigéria, les États frontaliers du Niger, du Tchad et du Cameroun étant confrontés à des attaques quasi quotidiennes de Boko Haram. Plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans une vague de violence, marquée notamment par des incendies criminels, des attentats à la voiture piégée et un massacre dans une église catholique. L’incapacité apparente du gouvernement nigérian à endiguer le chaos grandissant a offert à Ehud Barak – un an après avoir quitté ses fonctions publiques et s’étant constitué un carnet d’adresses de consultants de haut niveau auprès de gouvernements étrangers – l’opportunité de proposer la coopération israélienne en matière de sécurité comme solution.

Le 28 janvier 2014, la femme d’Ehud Barak écrit un message à Tim Akano, PDG de la société technologique nigériane New Horizons, qui avait invité Barak au Nigeria l’année précédente :

Cher Tim, Nous sommes profondément choqués par l’horrible attentat terroriste meurtrier d’aujourd’hui qui a fait tant de victimes innocentes.

Le terrorisme agit comme un cancer lorsqu’il tente de s’implanter dans un pays.

Veuillez transmettre les condoléances de l’ancien Premier ministre Barak et les miennes au Président, à la Première Dame et au peuple nigérian.

Comme nous l’avons évoqué lors de notre dernière visite, l’ancien Premier ministre Barak est prêt à apporter son aide pour relever et vaincre le défi que représente Boko Haram, en s’appuyant sur son expérience.

Nous sommes de tout cœur avec vous,

Nili Priell Barak

Tim Akano assistait à une conférence sur la cybersécurité à Tel Aviv le même jour. Il répond : « Je suis un optimiste invétéré. Je suis convaincu que très prochainement, le Nigéria aura l’occasion de recevoir l’aide du Premier ministre Barak. Je continuerai à guetter le moment opportun pour concrétiser ce projet. »

Comment fourguer du matériel de surveillance biométrique israélien au Nigeria

Le 30 août 2014, Epstein envoie un extrait du « Conte de l’esclave » du philosophe Robert Nozick à son ami Barnaby Marsh, conseiller en investissements. Marsh répond : « Nous devrions réfléchir au rôle croissant des cartes et des téléphones dans les échanges économiques et à l’avenir de la monnaie », et partage un article sur l’utilisation des cartes d’identité électroniques et des bases de données biométriques au Nigeria. En octobre, le président de DP World, le sultan Ahmed bin Sulayem, envoie un courriel à Epstein pour l’informer d’ une rencontre avec Aliko Dangote, « l’homme le plus riche du Nigeria ».

Ehud Barak évoque la possibilité que des entreprises israéliennes construisent des centrales électriques au Nigeria. Tim Akano propose alors un projet pilote : l’université protestante Babcock, avait besoin d’une centrale électrique pour alimenter son campus. Le projet n’a pas abouti mais l’université Babcock a acheté… du matériel de surveillance biométrique développé par les services de renseignement militaire israéliens.

Ehud Barak, FST Biometrics et la reconnaissance faciale

En mai 2015, Ehud Barak et son associé Gary Fegel ont investi 15 millions de dollars dans FST Biometrics, une technologie de reconnaissance faciale pour le « contrôle d’accès » fondée par Aharon Ze’evi Farkash, l’ancien chef du renseignement militaire israélien et l’auteur d’un plan de surveillance de la Côte d’Ivoire négocié par Ehud Barak et Jeffrey Epstein l’année précédente. Aharon Ze’evi Farkash a développé le concept d’« identification à distance » aux points de contrôle israéliens à la frontière de Gaza durant la seconde Intifada palestinienne.

Gary Fegel, surnommé « le milliardaire d’Ehud Barak » par les médias israéliens, dirigeait la branche aluminium de Glencore, où il travaillait avec Oleg Deripaska, magnat de l’aluminium, et Ivan Glasenberg, PDG de Glencore – deux individus qu’Epstein conseilla par la suite par l’intermédiaire de Jide Zeitlin, alors directeur du fonds souverain nigérian. Gary Fegel collaborait également étroitement avec Ehud Barak pour se procurer des cyberarmes auprès d’unités de recherche militaire israéliennes, tandis qu’Epstein obtenait des financements auprès de banquiers de la Silicon Valley et d’Europe.

Le projet pilote de biométrie à l’université Babcock contribua à tisser des liens entre les opérateurs israéliens et les responsables de la sécurité nationale nigériane, leur partenariat étant présenté comme une mesure de lutte contre le terrorisme islamique. En juillet 2015, un nouveau système d’« identification en mouvement » – nom donné à la technologie brevetée de FST – était opérationnel à l’université Babcock, permettant la reconnaissance faciale et l’authentification des étudiants à distance, dans les chapelles, les salles de classe et les résidences universitaires.

Epstein assure la promotion d’Ehud Barak dans le domaine de la cyber-sécurité

Des courriels révèlent qu’Epstein a mis Ehud Barak en relation avec plusieurs personnalités influentes de la Silicon Valley, dont le milliardaire Peter Thiel, co-fondateur de Paypal… et de Palantir, l’ancien président de Microsoft Steven Sinofsky, et bien d’autres.

À peu près au même moment où Ehud Barak investissait dans FST, Epstein lui prêtait un million de dollars pour investir dans une autre start-up de sécurité fondée par des agents du renseignement israélien : Reporty Homeland Security (aujourd’hui Carbyne). À l’instar de FST Biometrics au Nigeria, les projets pilotes de Reporty ont jeté les bases d’une coopération en matière de sécurité entre Israël et la Mongolie .

Après l’annonce de l’investissement dans FST, Ehud Barak envoie un courriel à Epstein depuis Israël :

« Tu nous manques. On ne s’ennuie jamais ici… Reporty poursuit son développement. La société de contrôle d’accès que j’ai créée avec Gary Fegel a suscité un intérêt certain. Je commence à être perçu comme un acteur du secteur des hautes technologies liées à la sécurité. »

Les entreprises de Ehud Barak, initialement implantées dans l’université Babcock, ont étendu leurs activités jusqu’à conseiller les plus hautes instances de l’appareil de cybersécurité de l’État nigérian. En 2020, la Banque mondiale a subventionné un partenariat entre la Direction nationale israélienne de la cybersécurité et Toka Group, une autre start-up issue du renseignement et cofondée par Barak, afin de travailler directement sur l’infrastructure nationale de cybersécurité du Nigeria. Cette coopération s’est intensifiée en juillet 2025, lorsqu’une entreprise israélienne a installé des simulateurs de cyberguerre à Babcock pour former la prochaine génération d’experts en cybersécurité.

Les liens étroits d’Epstein avec le Nigéria

Sa première visite documentée dans le pays remonte à septembre 2002, lorsqu’il voyage avec le président Bill Clinton et une importante délégation à bord de son jet privé Boeing 727 (surnommé plus tard le « Lolita Express »), dans le cadre d’une tournée de sensibilisation au VIH/SIDA très médiatisée qui comprenait des étapes au Ghana, au Rwanda, au Mozambique et en Afrique du Sud. Les intérêts d’Epstein en Afrique étaient ailleurs, dans le transport maritime, la logistique et le commerce international des matières premières.

D’après des courriels déclassifiés dans le cadre de la plainte déposée par les îles Vierges américaines contre JPMorgan, la banque d’investissement a conseillé Epstein sur d’importantes opérations d’investissement en Afrique. Dans un courriel de 2010 adressé à un cadre de JPMorgan, Epstein se vantait d’avoir obtenu une habilitation de sécurité pour rencontrer plusieurs hauts responsables politiques africains et arabes, dont le ministre nigérian des Affaires étrangères, Henry Ajumogobia, qui avait été délégué du Nigeria auprès de l’OPEP et ministre d’État aux Ressources pétrolières.

Parmi les noms de célébrités et de personnalités politiques figurant dans le « petit carnet noir » d’Epstein, saisi à son domicile de Palm Beach en 2005, se trouvaient les coordonnées de Lal Dalamal, un riche britannique d’origine nigériane et indienne, dont la famille était un acteur majeur dans l’importation et l’exportation de produits agricoles et de biens de consommation au Nigeria.

Dans un échange de courriels datant de septembre 2010, l’homme d’affaires allemand David Stern écrit à Epstein au sujet d’une rencontre à venir avec « un type qui a accès au pétrole nigérian et qui le vend à la Chine (ou à quelqu’un d’autre) ». Stern écrit : « Cela me paraît très louche (comme dirait mon patron JEE) ».

Plus tard dans la journée, Stern envoie un message à Epstein : « Ça devient dingue… ». Stern ajoute : « Maintenant, F pense que l’accord pétrolier avec le Nigeria est peut-être une arnaque, alors l’idée est que je rencontre le Nègre pour vérifier. »

Epstein et le Nigeria

Le Sénégal n’est pas oublié

Les relations d’Epstein en Afrique de l’Ouest se sont avérées lucratives pour ses associés. En 2011, Epstein invite un cadre de JPMorgan dans sa résidence new-yorkaise pour rencontrer Karim Wade (libéré de prison grâce à Epstein), fils du président sénégalais Abdoulaye Wade. Epstein écrit : « L’un des acteurs les plus importants d’Afrique sera chez moi cette semaine, je pense que vous passerez un bon moment. » Epstein tente de conclure un accord : « Karim souhaite se couvrir contre les fluctuations du marché pétrolier à hauteur d’un million de barils par trimestre. Ça promet d’être intéressant. » La seule raffinerie de pétrole du Sénégal, à Dakar, est approvisionnée presque entièrement en pétrole brut nigérian.

Projet de surveillance de masse au Nigeria

Dans des courriels échangés avec Renova Group, un conglomérat appartenant à l’oligarque russo-israélien Viktor Vekselberg, Ehud Barak propose la création d’une entreprise au Nigeria avec Idan Ofer, président d’Israel Corporation, un important conglomérat pétrochimique fondé par le gouvernement israélien. Epstein a étroitement collaboré avec Ehud Barak pour établir les relations avec Vekselberg et conclure un contrat de conseil avec Renova Group.

Le 19 mai 2013, Ehud Barak contacte Michael Federmann, le milliardaire président du géant israélien des technologies militaires Elbit Systems. À l’époque, Elbit était au cœur d’une polémique concernant un projet de surveillance de masse au Nigeria. Dix jours auparavant, des parlementaires nigérians avaient découvert l’existence d’un contrat secret de 40 millions de dollars passé avec Elbit pour développer une infrastructure permettant d’espionner les communications en ligne des Nigérians, et la Chambre des représentants du pays avait menacé de le bloquer.

Au cours de la première semaine de juin 2013, Ehud Barak se rend à New York pour rencontrer Epstein et assister à la fête du 90e anniversaire de l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Après sa rencontre avec Ehud Barak, Epstein effectue un voyage impromptu de cinq jours en Afrique. Deux semaines plus tard, Ehud Barak est invité à prendre la parole lors d’une conférence réunissant de hauts responsables de l’armée nigériane et des représentants des secteurs bancaire, pétrolier et gazier, ainsi que de l’industrie manufacturière du pays.

Cette Conférence mondiale sur la cybersécurité organisée par la société informatique New Horizons n’a été annoncée publiquement qu’après la confirmation de la participation de Ehud Barak. D’après des échanges de courriels, l’objectif principal de la conférence était d’organiser des rencontres privées entre Ehud Barak, le président Goodluck Jonathan et de hauts responsables militaires nigérians, dont le chef d’état-major des armées, Ola Sa’ad Ibrahim.

Dans un courriel adressé à Barak le 14 juillet 2013, Tim Akano, l’organisateur de l’événement, indique que les dirigeants nigérians considèrent Ehud Barak comme un intermédiaire direct avec le gouvernement israélien. Tim Akano a partagé avec Ehud Barak un article de presse dans lequel le président nigérian appelait à un soutien israélien accru pour lutter contre Boko Haram. Il écrit à Barak : « [Jonathan] a besoin d’une aide supplémentaire du gouvernement israélien. Je suis certain qu’il appréciera toute l’aide que le Premier ministre pourra encore lui apporter, sous quelque forme que ce soit : de nouvelles solutions, de nouvelles technologies, etc., susceptibles d’aider le Nigeria. »

Ehud Barak demande à la société de renseignement privée Ergo de préparer une note d’information sur le Nigeria, contenant un dossier sur Goodluck Jonathan, son entourage et ses adversaires. Ergo a recours à des informateurs au Nigeria pour élaborer ses rapports, et Ehud Barak leur demande d’être discrets. Le 20 juillet, Barak écrit à son contact chez Ergo : « Veuillez vous assurer que vos sources au Nigeria ignorent l’objet des questions et/ou l’identité du destinataire final (à savoir moi-même). »

La conférence fut reportée suite au décès, dans un accident de voiture, de la mère de la Première dame Patience Jonathan, qui devait accueillir l’événement. Le 5 août, Ehud Barak change donc sa destination et se rend à New York. À son arrivée, il envoie un courriel à Epstein : « Tu es à New York ? » Epstein répond « non » et lui communique un numéro pour qu’ils puissent se parler au téléphone.

Epstein, membre de la Commission trilatérale

Cette semaine-là, Ehud Barak rencontre Henry Kissinger, autre contact d’Epstein, au restaurant de l’hôtel Four Seasons. Lors de son dernier entretien avec Steve Bannon, Epstein expliqua avoir rencontré Kissinger lorsqu’ils étaient tous deux membres de la Commission trilatérale, une organisation non gouvernementale fondée par David Rockefeller, l’ancien PDG de Chase Bank.

Après leur rencontre, Ehud Barak envoie un courriel à Kissinger pour solliciter une invitation à la réunion annuelle du groupe Bilderberg.

Epstein envoie un courriel à Ehud Barak le 7 août, lui demandant : « Ton emploi du temps est-il productif ? » Barak répond : « L’avenir nous le dira. J’essaie de le rendre productif. »

Ehud Barak arrive à Abuja, au Nigéria, le 16 septembre 2013 pour la Conférence mondiale sur la cybersécurité. Selon le programme, il a rencontré le président Goodluck Jonathan dans l’après-midi, puis dîner chez la Première dame en compagnie de hauts responsables du gouvernement, des forces armées et des services de renseignement, ainsi que de plusieurs ambassadeurs étrangers.

Ses hôtes ont perçu l’événement comme une initiative diplomatique à l’égard de l’État israélien. L’organisateur écrit à Ehud Barak : « Ce dîner est une excellente occasion de rencontrer des amis d’Israël et de nouer de nouvelles amitiés avec le pays. » Deux jours après la conférence sur la cybersécurité, le 19 septembre 2013, le Sénat nigérian vote en faveur de l’examen du projet de loi .

Le mois suivant, Goodluck Jonathan se rend à Jérusalem pour sa toute première visite d’État en Israël. Alors que le projet de loi sur la cybersécurité est toujours bloqué au Parlement, des techniciens d’Elbit arrivent discrètement à Abuja le 26 novembre pour commencer l’installation du système de surveillance d’Internet. La formation de personnel nigérian débutait en Israël alors que les parlementaires nigérians débattaient encore des détails du projet de loi.

Ehud Barak demande l’avis du milliardaire Leon Black, autre ami d’Epstein

Lorsque le promoteur pétrolier et gazier américain Jack Grynberg propose à Ehud Barak d’acquérir certains de ses actifs pétroliers, Barak partage les données financières détaillées avec Epstein afin qu’il les transmette au PDG d’Apollo Global Management, Leon Black, pour vérification. Barak écrit : « N’hésitez pas à me corriger ou à me conseiller. Je n’ai pas assez de temps pour apprendre de mes propres erreurs. Shabbat Shalom. »

Epstein au Nigeria

Quelques heures plus tard, Epstein répond : « C’est du grand n’importe quoi ! Je te l’avais dit au téléphone avant même d’envoyer quoi que ce soit ou de demander à qui que ce soit : fais tes propres recherches. Tu ne peux pas te permettre de vendre des ordures, des arnaques, des trucs louches ou de t’attirer des ennuis. C’est une perte de temps totale. »

Un peu plus tard Ehud Barak présente Jack Grynberg à l’ancien chef du Mossad, Danny Yatom, lorsque Grynberg sollicite son aide pour assurer la sécurité armée de ses générateurs électriques dans les États d’Ogun et d’Ondo, au Nigeria. Barak avertit Danny Yatom que Jack Grynberg esr un personnage retors et le met en garde contre une implication trop importante dans ses opérations. Yatom refuse finalement de collaborer au projet nigérian de l’Américain.

En juillet suivant, Barak s’installe dans la demeure d’Epstein à New York pour rencontrer de puissants magnats de l’industrie susceptibles de favoriser ses ambitions géopolitiques en Afrique. Après avoir rencontré le magnat nigérian de la pétrochimie, Ambrosie Bryant Chukwueloka Orjiako, chez Idan Ofer à Londres, Barak reprend contact avec ce dernier afin de convenir d’une nouvelle rencontre prochaine, soit à Londres, soit à New York.

Barak et Epstein impliqués dans le secteur pétrolier et gazier israélien

Barak et Epstein étaient activement impliqués dans le secteur pétrolier et gazier israélien, collaborant pour faciliter l’accès des investisseurs étrangers au gisement de gaz naturel de Leviathan. Epstein organise une rencontre entre Ehud Barak et le sultan Ahmed bin Sulayem, président de DP World.

Epstein profite de l’occasion pour promouvoir les investissements de DP World dans les ports israéliens. Ehud Barak répond par courriel que c’est « un peu prématuré ».

Peu après la signature des accords d’Abraham en 2020, DP World a déposé une offre pour le rachat du port de Haïfa, l’un des principaux terminaux israéliens de la mer Méditerranée, qui dessert les opérations du champ pétrolier de Leviathan. L’offre a finalement été remportée par le groupe indien Adani.

Les affaires de Ehud Barak prospéraient grâce au soutien d’Epstein et inversement. Leur relation était marquée par des échanges quasi quotidiens de courriels et d’appels téléphoniques. Epstein écrit à Ehud Barak : « Il y a très peu de personnes avec qui j’aime passer du temps, tu es unique. » Barak répond : « Merci. Pareillement. »

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