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Affaire Epstein : inculpation de Mona Juul - la diplomatie norvégienne engluée jusqu'au cou

Mona Juul et Terje Rød-Larsen inculpés

Mona Juul, qui était jusqu’il y a quelques jours encore ambassadrice de Norvège en Jordanie et en Irak, a été inculpée de corruption aggravée, tandis que son mari Terje Rød-Larsen, ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, a été inculpé de complicité de corruption aggravée. Selon PÃ¥l Lønseth, chef de l’Økokrim, service de police chargé d’enquêter sur les liens entre Epstein et différentes personnalités norvégiennes, Mona Juul est l’inculpée principale en raison de ses fonctions au sein du ministère des Affaires étrangères. Le couple a fait l’objet de perquisitions à Oslo.

KÃ¥re Idar Moljord, l’avocat qui avait conseillé Terje Rød-Larsen lors de l’achat de sa maison à Oslo en 2018, a annoncé sa démission de son poste de président du Conseil des plaintes de l’Autorité de surveillance financière. « Je ne souhaite pas risquer que la mission sociale, la réputation et l’intégrité du Conseil soient compromises par des facteurs externes », a-t-il écrit dans un communiqué de presse.

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a par ailleurs confirmé que la haute diplomate Mona Juul, suite aux enquêtes sur Epstein, n’a plus accès aux informations classifiées dont elle disposait en tant qu’ambassadrice de Norvège en Jordanie et en Irak. « Mona Juul est exemptée de ses obligations professionnelles et n’a pas accès aux systèmes contenant des informations classifiées », a écrit Ane Jørem, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Terje Rød-Larsen et son épouse Mona Juul, tout comme Thorbjørn Jagland, ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe, ancien Premier ministre norvégien et ancien président du Comité Nobel, font désormais l’objet d’enquêtes sur les bénéfices qu’ils on pu tirer de leurs relations avec Jeffrey Epstein.

Focus sur Mona Juul

En avril 2011, la diplomate Mona Juul figurait sur la liste des passagers de l’un des avions privés de Jeffrey Epstein avec son mari Terje Rød-Larsen et leurs deux enfants, selon des courriers électroniques dévoilés par la justice américaine.

Un mois auparavant, Mona Juul et le reste de sa famille avaient apparemment effectué une excursion d’une journée à bord d’un des avions d’Epstein vers l’île privée du milliardaire pédo-criminel.

Peu après, le 24 juin 2011, Mona Juul a pris ses fonctions de chef de mission au ministère des Affaires étrangères à Oslo, le deuxième poste le plus élevé de la fonction publique du ministère. Auparavant, en 2010, Mona Juul avait achevé un mandat de ministre-conseiller auprès de la délégation des Nations Unies à New York. Il y a quelques jours, elle a été démise de ses fonctions d’ambassadeur de Norvège en Jordanie.

En mai 2018, l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak a souhaité contacter Mona Juul au sujet de la société de renseignement israélienne Toka. Le lendemain, Mona Juul, qui affirme n’avoir jamais fourni de contacts à Jeffrey Epstein, a envoyé des informations à un certain « Kjell G. » à une fausse adresse électronique. Ces informations ont été transmises à Jeffrey Epstein par Rød-Larsen, le mari de Mona Juul, et figurent donc dans la base de données Epstein du département de la Justice américain. « Kjell G. » a été identifié comme Kjell Grandhagen, aujourd’hui décédé, qui a dirigé les services de renseignement norvégiens de 2010 à 2016.

Diamant bleu

En 2017, Terje Rød-Larsen a servi d’intermédiaire entre Epstein et des contacts au sujet d’un diamant bleu rare et de grande valeur. Des échanges de courriels et de SMS révèlent des discussions concernant des certificats, la discrétion et une vente potentielle pouvant atteindre 20 millions de dollars. L’opération a été planifiée discrètement, avec la participation, entre autres, d’un diplomate français et d’experts basés à Londres.

Terje Rød-Larsen et l’International Peace Institute (IPI)

Fin 2019, le parquet de Norvège avait transmis une lettre à ses homologues américains contenant des informations importantes sur les relations d’Epstein avec la fondation International Peace Institute (IPI), soutenue financièrement par le ministère norvégien des Affaires étrangères.

« Une employée du ministère des Affaires étrangères a été informée par une [nationalité supprimée] résidant actuellement à [lieu supprimé], qui travaillait alors à l’Institut international pour la paix (novembre 2014 – avril 2016). À plusieurs reprises, on lui a demandé de s’occuper de stagiaires d’Europe de l’Est pour de très courtes durées. Ces stagiaires étaient toutes de jeunes femmes, jolies, et ne possédaient pas la formation requise pour travailler au sein de ce groupe de réflexion. Elles ont passé un court séjour à l’IPI, où elles ont également visité le bâtiment des Nations Unies pour y être photographiées. Ces photos ont été envoyées à M. Epstein » , indique notamment la note du ministère des Affaires étrangères, rédigée en anglais qui évoque aussi les liens financiers d’Epstein avec la fondation IPI.

« Nous intégrons cela à notre enquête et/ou nous y donnons suite le cas échéant », ont répondu les enquêteurs du district sud de New York (SDNY) en charge du dossier Epstein  après avoir reçu l’information du procureur général de Norvège en décembre 2019.

« À l’automne 2019, le procureur général a reçu des informations du ministère des Affaires étrangères concernant des affaires liées à IPI et à Epstein. Le procureur général ne souhaite pas divulguer davantage de détails sur le contenu de ces informations, mais a estimé que les autorités américaines enquêtant sur l’affaire Epstein devaient être informées de ce dont il avait eu connaissance », a confirmé ces jours-ci Anne Grøstad, première procureure de l’État, au Bureau du procureur général.

« Les informations ont été transmises aux États-Unis par l’intermédiaire du représentant norvégien d’Eurojust. Lorsque le parquet transmet des informations à des autorités étrangères susceptibles d’être utilisées dans le cadre d’une enquête, il n’est généralement pas informé de l’utilisation effective de ces informations. Le procureur général n’a d’ailleurs reçu aucun retour d’information des États-Unis à ce sujet… »

Intervention d’Ine Eriksen Søreide, ministre norvégienne des Affaires étrangères en 2019

Mais il est apparu qu’Ine Eriksen Søreide, qui était ministre norvégienne des Affaires étrangères en 2019, est intervenue dès qu’un diplomate du ministère des Affaires étrangères a reçu ces informations. Ine Eriksen Søreide a géré l’affaire. Et ce alors qu’elle est une amie proche de Mona Juul, l’épouse de Terje Rød-Larsen. Cependant, elle n’a pas pu empêcher l’envoi de ces informations aux enquêteurs américains.

« Je n’entretiens aucune relation avec Terje Rød-Larsen qui puisse soulever des questions d’impartialité ; il n’avait aucun lien de subordination avec le ministère durant mon mandat et les crédits alloués à l’IPI ont donc été supprimés peu après ma prise de fonctions comme ministre des Affaires étrangères », se défend Ine Eriksen Søreide. Mais son impartialité est désormais bien évidemment mise en cause.

Epstein fait appel à Fabrice Aidan et Terje Rød-Larsen

D’autre part, il est maintenant avéré qu’en tant que directeur général de l’IPI jusqu’en 2020, Terje Rød-Larsen a apporté son soutien à plusieurs reprises à une Russe, ancienne mannequin, qui a déclaré à la presse norvégienne avoir été l’une des victimes des crimes de Jeffrey Epstein. Cette jeune femme a été photographiée avec la princesse héritière Mette-Marit sur un canapé dans la résidence d’Epstein à Palm Beach, en Floride. Elle a affirmé qu’une autre victime d’Epstein se trouvait également dans cette maison en même temps que la princesse Mette-Marit.

En 2012, Epstein a demandé à Fabrice Aidan, diplomate français et ancien assistant de Rød-Larsen, d’aider cette femme qui travaillait alors au consulat de Norvège à New York. Fabrice Aidan a transmis la demande à Terje Rød-Larsen. Le ministère norvégien des Affaires étrangères confirme qu’Epstein avait contacté le consulat il y a huit ou neuf ans, au sujet d’une éventuelle demande de visa pour une ressortissante d’un pays tiers. En 2015, à la demande d’Epstein, Terje Rød-Larsen a rédigé une lettre de soutien officielle mettant en avant les compétences, les connaissances et la personnalité de la candidate. Durant l’été 2017, Terje Rød-Larsen a encore rédigé une lettre de recommandation à l’appui de sa demande de visa auprès des autorités américaines.

Terje Rød-Larsen a démissionné de la direction de l’IPI en 2020 à la suite de révélations sur des montants qu’il avait reçus d’Epstein.

Pierre-Alain Depauw

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