
La diplomate Lisa Svensson, originaire de Stockholm et actuellement ministre conseillère à la représentation permanente de la Suède à Genève, a occupé plusieurs postes importants au sein du ministère suédois des Affaires étrangères, notamment celui d’ambassadrice de la Suède pour les mers et les eaux. Elle-aussi est prise dans la tourmente de l’affaire Epstein.
La trace d’Epstein dans tout son parcours depuis vingt ans
Lisa Svensson a entretenu des contacts avec Jeffrey Epstein, milliardaire pédo-criminel lié au Mossad, jusqu’à sa mise en prison en 2019. Entre autres choses, elle a emprunté son appartement à New York, a été invitée sur son île privée et a reçu… un sextoy en cadeau. Elle a également invité Epstein en Suède.
Lisa Svensson a mené une longue et brillante carrière de diplomate et de fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères suédois, notamment en tant qu’ambassadrice de Suède pour la mer. Elle fait actuellement partie de la représentation suédoise à Genève, en Suisse.
Elle est un membre influent du réseau Barbro’s Best and Brightest (BBB), proche d’Epstein et fondé par la financière Barbro Ehnbom. Ce réseau compte parmi ses membres plusieurs diplomates et hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères.
Elle est intervenue en 2018 au Dialogue de la semaine Nobel, un événement organisé à Stockholm par le Comité Nobel, alors présidé par Thorbjorn Jagland, ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe et ancien Premier ministre norvégien, très lié à Epstein. Il faut noter que parmi les autres intervenants de cet événement figuraient le Prix Nobel de Chimie Pierre Agre mais aussi la sataniste Marina Abramovic.

Des échanges nombreux dont voici quelques exemples
Parmi les millions de pages de documents dévoilés par la justice américaine au sujet de l’enquête sur Jeffrey Epstein, des reçus d’expédition montrent que des colis ont été envoyés par Jeffrey Epstein à Lisa Svensson dès 2004 et 2005, adressés à ses lieux de travail de l’époque, au ministère des Affaires étrangères et à l’ambassade de Suède à Washington.
Lisa Svensson a invité Jeffrey Epstein à l’ambassade de Suède à Washington DC pour l’exposition « Eau et environnement » en 2007.
« Je serais ravi de vous rencontrer à la Maison de Suède – aimeriez-vous venir à l’inauguration ? (Un dîner sympa avec de la glace suédoise, etc.) », écrit Lisa Svensson dans son invitation à Epstein.
Jeffrey Epstein répond immédiatement : « Je peux dormir ici ? »
Lisa Svensson répond : « Bien sûr », et Epstein conclut en écrivant qu’il se réjouit de cette rencontre.
À cette époque, Epstein est déjà inculpé d’une série de crimes sexuels contre des mineurs dans l’État de Floride.
En 2012, Lisa Svensson écrit à Epstein pour lui demander son avis et son aide au sujet de son avenir. « Acceptez-vous le défi ? », ajoute-t-elle. Epstein propose de lui envoyer un billet d’avion. Elle répond en demandant à quel numéro de téléphone elle peut l’appeler. En novembre 2012, il lui envoie un jouet sexuel. Elle répond : « Merci pour votre cadeau », « J’en ai toujours voulu un. Hilarant. »
En 2013, Jeffrey Epstein écrit à Mohammed Waheed Hassan, alors président des Maldives. Il y mentionne Lisa Svensson.
« Mon amie suédoise, Lisa Svensson, serait la personne idéale pour vous épauler dans l’organisation de votre équipe. Elle possède une expérience diplomatique et est actuellement ambassadrice de Suède pour les affaires maritimes », écrit Epstein.
Dans un courriel de 2015, Jeffrey Epstein tente de remonter le moral de sa complice Ghislaine Maxwell, et écrit que Lisa Svensson ne prend pas au sérieux la mauvaise publicité concernant Maxwell et qu’elle esr la bienvenue pour participer à de futurs événements et conférences.
En août 2016, Lisa Svensson arrive à Nairobi pour prendre ses nouvelles fonctions diplomatiques au sein des Nations Unies. Un mois après son arrivée au Kenya, elle écrit à Epstein pour lui proposer de venir la rejoindre.
En septembre 2016, suite à de nouvelles accusations contre Epstein, elle l’encourage à penser à prendre la fuite.
En mars 2017, elle décide de quitter Nairobi et raconte à Epstein qu’elle a demandé à son supérieur d’être relocalisée à Paris. En avril 2017, elle écrit à Epstein ses projets de s’installer à Paris et son besoin de rafraîchir ses connaissances de la langue française. Elle lui demande si elle pourrait séjourner dans son appartement
En avril 2018, Epstein écrit : « Je suis actuellement à Paris. »
Lisa Svensson répond une heure plus tard : « Air France est en grève… typiquement français. J’essaierai de réserver à nouveau plus tard cette semaine. Je vous tiendrai au courant. »
L’organisation TerraMar de Ghislaine Maxwell
Ghislaine Maxwell, complice d’Epstein, est aussi la fondatrice d’une association à but non lucratif appelée The TerraMar Project, qui était censée sensibiliser le public et collecter des fonds pour les problèmes environnementaux océaniques.
Le projet TerraMar a été lancé le 26 septembre 2012.
Il convient de noter que la création du projet TerraMar, et toute affiliation avec celui-ci, sont intervenues après la révélation des premières accusations portées contre Epstein.
Dès sa création, TerraMar a été présentée lors de conférences prestigieuses, et comptait parmi ses membres fondateurs des personnalités telles que Richard Branson et Sylvia Earle. Le projet a également reçu un « engagement d’action » de la part de la Clinton Global Initiative.
Les transactions financières de cette organisation à but non lucratif étaient obscures.
TerraMar a reçu 196 000 $ de subventions publiques, 549 093 $ de prêts de Ghislaine Maxwell et a déboursé plus de 600 000 $. Cependant, les déclarations fiscales du projet ne mentionnent aucun nom d’entreprise ou de personne physique (ni même d’information quant à leur implication dans la protection des océans) ayant bénéficié de ces fonds.
TerraMar a été accusée de s’adonner davantage à la « gestion de la réputation » de Ghislaine Maxwell, suite aux crimes d’Epstein, plutôt qu’à un véritable activisme en faveur des océans.
TerraMar a officiellement fermé ses portes suite aux accusations criminelles portées contre Epstein en juillet 2019.
Les prétendus dirigeants de TerraMar, outre Maxwell
Un ancien membre présumé du conseil d’administration de TerraMar serait Amir Dossal.
D’après son profil LinkedIn, M. Dossal a travaillé à l’ONU à différents postes de 1993 à 2010, puis sporadiquement par la suite. De 1999 à 2010, il a été directeur exécutif du Bureau des partenariats des Nations Unies.
Il est ensuite devenu président-directeur général du Global Partnerships Forum (GPF). L’un des organismes partenaires du GPF, tel qu’il figurait sur son site web officiel, était le projet TerraMar.
Le profil LinkedIn de Dossal le mentionne également comme ambassadeur de la campagne « Safe Ground » des Nations Unies depuis 2019.
Il figurait auparavant comme coprésident de la « Sustainable Oceans Alliance » (qui a apparemment été renommée ou a continué sous le nom de « Ocean Sanctuary Alliance »).
Amir Dossal figure également au conseil d’administration de l’« organisation à but non lucratif unique en son genre » The Humpty Dumpty Institute, aux côtés de Mark Epstein, le frère de Jeffrey Epstein.
Dossal figure aussi au conseil d’administration de plusieurs autres organisations à but non lucratif et à but lucratif.
L’activité de Dossal sur les réseaux sociaux comprend un tweet adressé au prince Andrew en 2018 (et que le prince Andrew a aimé) – pour rappel, une photo de Maxwell, du prince Andrew et d’une mineur circulait publiquement depuis 2011 – et la publication d’une photo sur Facebook avec l’acteur Kevin Spacey en 2012, avant que des allégations contre l’acteur ne soient portées contre lui.
Un autre ancien membre du conseil d’administration de TerraMar est Steven Haft.
Un article de blog publié sur le site web des Disruptor Awards en 2017 indique : « [Haft] siège actuellement au conseil d’administration de Terramar, l’ONG des Nations Unies qui a mené les efforts en 2015 pour faire adopter la disposition relative aux océans propres des Objectifs de développement durable. Il est également membre du conseil consultatif du Forum des partenariats mondiaux, principal vecteur d’initiatives entre les entreprises, la société civile et les Nations Unies. »
Haft est le vice-président senior de Time Inc. Il est notamment connu pour avoir produit Le Cercle des poètes disparus. Il figure également actuellement comme conseiller du GPF de Dossal.
Lisa Svensson est de la partie
Et maintenant, revenons à Lisa Emelia Svensson. Née en 1974, elle a grandi dans l’ouest de la Suède .
Elle a occupé le poste de chef de projet au Conseil suédois du commerce à New York, a été première secrétaire à l’ ambassade de Suède à Washington DC. Elle a ensuite été successivement conseillère au ministère suédois des Affaires étrangères, experte nationale suédoise en développement durable auprès de la Commission européenne. directrice adjointe au ministère des Affaires étrangères en Suède, ambassadrice pour la responsabilité sociale des entreprises auprès du ministère suédois des Affaires étrangères, ambassadrice pour les océans, les mers et l’eau douce au ministère suédois de l’Environnement puis ambassadrice, représentante spéciale du ministre des Affaires étrangères à Stockholm. A partir de septembre 2016 elle est devenue directrice du programme Océan et Milieu marin au sein du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) à Nairobi.
En 2018, un courriel a été envoyé au « Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, au directeur exécutif du PNUE, Erik Solheim, à la haute direction du PNUE et à de nombreuses autres personnes au sein du système des Nations Unies », par des employés mécontents du PNUE de l’époque.
Le courriel en question est composé d’une longue liste de griefs contre l’ancien ministre norvégien et alors directeur exécutif du PNUE, Erik Solheim, mentionnant notamment Svensson :
« En revanche, vous avez autorisé votre amie, Lisa Svensson, une D1, à travailler depuis l’Europe, car, pour des raisons personnelles, elle ne souhaite pas travailler à Nairobi. Son grand bureau à Nairobi reste vide, avec son nom et tout le matériel nécessaire, alors qu’un autre bureau en Europe doit lui en fournir un. Elle dirige l’équipe maritime à distance, le reste du personnel sous sa responsabilité étant à Nairobi. »
Parmi les autres griefs mentionnés dans le courriel figuraient les voyages internationaux excessifs de Solheim et d’autres violations des règlements internes de l’ONU. Les déplacements officiels du PNUE ont ensuite fait l’objet d’un audit du Bureau des services de contrôle interne. Le rapport, daté du 16 novembre 2018 et intitulé « Audit des déplacements officiels au Programme des Nations Unies pour l’environnement », est disponible en téléchargement sur le site web officiel du BSCI.
Extrait du rapport :
« Deux cadres dont les postes étaient basés à Nairobi ont été autorisés à travailler depuis le bureau du PNUE à Paris dans le cadre du télétravail. Ces cadres ont expliqué que cette autorisation était justifiée par des raisons familiales. Toutefois, le Bureau des services de renseignement et de sécurité (BSRS) a établi que ce télétravail n’était pas conforme à la circulaire ST/SGB/2003/4 relative aux conditions de travail équitables, comme expliqué ci-dessous. »
Erik Solheim a été invité à démissionner par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à la suite de l’enquête. Solheim a quitté le PNUE fin novembre 2018.
Lisa Svensson met Ghislaine Maxwell en contact officiel avec la diplomatie suédoise
Un courriel a été envoyé par Epstein à Maxwell le 25 janvier 2015 : « j’ai eu Lisa Svenson, l’ambassadrice suédoise des océans, hier. Elle a dit que personne dans son panel sur les océans ne prenait ces choses au sérieux et que vous seriez la bienvenue à la conférence sur les océans, la conférence sur l’eau, etc. »
L’ambassade de Suède à Washington DC a déclaré : « En tant que co-organisatrice d’une conférence sur les océans qui s’est tenue à Washington DC en 2013, l’ambassade était en contact avec Ghislaine Maxwell, qui avait été invitée à prendre la parole en sa qualité de fondatrice d’une organisation environnementale. Nous ne disposons d’aucune information concernant d’autres conférences ou réunions. »
Ghislaine Maxwell, Lisa Svensson et les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies
Maxwell et Svensson se sont retrouvées également dans les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Les Objectifs de développement durable (ODD) ont été introduits en 2015 et ont succédé aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
« Objectifs du Millénaire pour le développement : En septembre 2000, les dirigeants de 189 pays se sont réunis au siège des Nations Unies et ont signé la Déclaration du Millénaire, document historique dans lequel ils s’engageaient à atteindre, d’ici à 2015, un ensemble de huit objectifs mesurables allant de la réduction de moitié de l’extrême pauvreté et de la faim à la promotion de l’égalité des sexes et à la réduction de la mortalité infantile. »
Maxwell et Svensson vont officiellement avoir l’objectif d’inscrire les océans sur la liste des ODD.
Ghislaine Maxwell à l’ONU
Voici la chronologie des activités de Maxwell et Svensson liées aux océans et aux ODD. Tout cela se déroule après la condamnation d’Epstein en 2008, et malgré que la relation étroite entre Epstein et Maxwell se trouve largement médiatisée.
. 20 juin 2013 : Maxwell, feu l’ambassadeur Stuart Beck et l’ancien membre du conseil d’administration de TerraMar, Amir Dossal, tiennent une réunion informelle à l’ONU pour discuter de l’ajout de l’océan à la nouvelle liste des ODD. . 23 juin 2013 : Maxwell accompagne Beck pour lancer un appel officiel à l’Assemblée générale de l’ONU afin d’inclure l’océan dans les ODD de l’ONU de 2015. . Octobre 2013 : Les comptes Twitter « @oceansalliance » et « @HealthyOcean30 » sont créés. Leur objectif semble être d’intégrer les océans au plan de développement durable des Nations Unies pour 2015. . 3 décembre 2013 : Svensson tweete : « Ghislaine Maxwell : L’océan appartient à tous. Signez l’engagement « J’aime les océans » @TerraMarProject ». Le tweet est retweeté par Dossal. . 7 janvier 2014 : Svensson tweete : « Jetez un coup d’œil : Le projet TerraMar, une plateforme numérique pour l’océan fondée par Ghislaine Maxwell @TerraMarProject ». . 4 février 2014 : Maxwell intervient lors de la table ronde des Nations Unies intitulée « Océans et mers sains : une voie à suivre » en tant que « Fondatrice du projet TerraMar ». Dossal la présente chaleureusement en ces termes : « J’invite maintenant la personne qui a inspiré la Sustainable Oceans Alliance, à l’origine du projet TerraMar. Elle gère les océans du monde entier. Sur son site web, vous pouvez acheter une part d’océan. La Sustainable Oceans Alliance a vu le jour grâce à l’insistance d’une personne présente ici… Steven Haft. Où est-il ?… Steven est le fervent défenseur de l’Oceans Alliance. Il insistait sur la nécessité d’agir et nous a réunis, l’ambassadeur [Stuart] Beck, Ghislaine Maxwell et moi-même, pour créer l’Oceans Alliance. Nous lui sommes très reconnaissants de son soutien. J’invite donc ma chère amie Ghislaine Maxwell à nous expliquer comment nous pouvons nous approprier les océans. » Retrouvez ici la vidéo de l’introduction et de l’ intervention de Ghislaine Maxwell à l’ONU à cette occasion . . 5 mars 2015 : Dossal et le compte Twitter susmentionné « @HealthyOceans20 » publient une photo d’un événement organisé à l’ONU par l’Oceans Alliance susmentionnée, et mis en place avec Maxwell et Haft. . 24 mars 2015 : Per Thöresson, ancien ambassadeur de Suède auprès des Nations Unies, publie sur Twitter une photo de Dossal et Svensson participant à une même table ronde. Le tweet indique : « Je viens de prendre la parole lors de la réunion sur l’@OceanSDG. » Ce tweet est retweeté par Dossal, Svensson et « @oceansalliance ». Le 3 juin, il est retweeté par « @HealthyOceans30 », qui mentionne également le compte « @OceanSDG », depuis supprimé. . Du 6 au 10 avril 2015 : Svensson participe en tant qu’« ambassadeur pour les océans, les mers et l’eau douce, Suède » à la réunion de l’ONU intitulée « Processus consultatif informel à composition non limitée des Nations Unies sur les océans et le droit de la mer ». . 27 juillet 2015 : Un article de Ghislaine Maxwell, intitulé « Quand les océans ont failli » , relatif à l’activisme océanique, est publié sur Medium. Lisa Emelia Svensson réagit par un emoticon applaudissements . . 24 août 2015 : Svensson publie sur Twitter une photo du Premier ministre suédois de l’époque s’exprimant lors de la Semaine mondiale de l’eau à Stockholm. Elle mentionne « @OceanSDG ». . 25-27 septembre 2015 : L’Assemblée générale des Nations Unies adopte un Programme de développement durable à l’horizon 2030 comprenant 17 nouveaux ODD. L’objectif n° 14 est le suivant : « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable » . . Du 7 au 18 novembre 2016 : Svensson est répertorié comme participant à la « Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques » en tant que « Coordinateur, Programme des Nations Unies pour l’environnement, milieu marin et côtier, Commission européenne – DG Commerce ».
Tout cela démontre à quel point Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell ont conservé leurs entrées dans tous les cercles du pouvoir jusqu’à l’arrestation d’Epstein. Au final, combien de noms du monde diplomatique vont-ils encore être découverts parmi ces millions de pages de documents à fouiller ?
Pierre-Alain Depauw
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