
Léon XIV a ouvert aujourd’hui son premier consistoire extraordinaire. Parmi les thèmes abordés, les cardinaux traiteront de la liturgie. Certains milieux tradi-conservateurs espèrent que ce consistoire aboutira à une « paix liturgique ».
Léon XIV ouvre le consistoire du 7 et 8 janvier 2026
Un consistoire extraordinaire, réunion formelle du Collège des cardinaux, a été convoqué par Léon XIV le 7 novembre dernier. Il s’est ouvert aujourd’hui, 7 janvier 2026, en présence des cardinaux présents, et se terminera demain. Au programme, trois thèmes principaux : le rôle du Collège des cardinaux dans la gouvernance du pape Léon XIII, la synodalité et la liturgique. Pour s’y préparer, Léon XIV a demandé aux cardinaux de relire l’exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François et d’étudier la constitution apostolique Praedicate evangelium, le document qui a réformé la Curie romaine en 2022.
Tout au long des deux mois qui ont séparé l’annonce du consistoire et son ouverture, « la couverture médiatique du prochain consistoire (…) s’est presque entièrement cantonnée à un débat sur la liturgie traditionnelle » souligne la journaliste Elise Allen dans Crux du 22 décembre dernier. Et effectivement, les milieux traditionnels-conservateurs voient dans le thème de la liturgie un espoir de régler les problèmes soulevés par Traditiones Custodes de François et la restriction de la messe tridentine. Ils espèrent en un mot en « une paix liturgique » !
Le Père Louis-Marie de Blignières a adressé à des cardinaux une « lettre proposant « juridiction ecclésiastique pour la liturgie romaine traditionnelle »
Ainsi, poussé par cette espérance, le Père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a adressé, le 24 décembre dernier, à quinze cardinaux reconnus pour leur attachement à la liturgie traditionnelle, et par courriel à une centaine d’autres, une « lettre proposant une nouvelle voie pour l’ancien rite romain dans l’Église catholique » explique la journaliste américaine, Diane Montagna qui a eu l’exclusivité de la lettre. Le père de Blignières, écrit Diane Montagna, suggère la création d’une « juridiction ecclésiastique pour la liturgie romaine traditionnelle » qui pourrait ainsi « résoudre l’impasse créée par le Traditionis Custodes ». Cette juridiction, écrit-elle encore, s’inspirerait « du modèle des ordinariats militaires » et serait « dédiée au vetus ordo, offrant une structure canonique respectueuse de la tradition et de la communion avec le Saint-Siège ».
Cette proposition, continue Mme Montagna « d’une juridiction ecclésiastique dédiée au rite ancien n’est pas nouvelle et fait l’objet de discussions depuis une dizaine d’années, notamment au sein des communautés traditionalistes françaises ». L’abbé Matthieu Raffray, supérieur du district européen de l’Institut du Bon Pasteur et ancien professeur de philosophie à l’Angelicum de Rome, avec qui elle s’est entretenue, soutient cette idée et espère que cette lettre ouvrira durant le consistoire une « hypothèse de travail » pour les cardinaux. Ce dernier voit dans cette lettre « une approche constructive et proactive qui vise à renforcer « l’unité ecclésiale, dans un esprit de communion et au service du Saint-Siège ».
Mais la « réserve indienne » est-elle réellement une solution ou une paix illusoire ?
Comme le souligne le célèbre vaticaniste italien Aldo Maria Valli sur son blog Duc in altum « Mais la « réserve indienne » est-elle réellement une solution ou une paix illusoire ? ». À sa question, il apporte une réponse qu’il puise chez Radical Fidelity :
« Loin de remédier à l’injustice faite au rite romain antique, cette proposition vise à l’institutionnaliser, tout en exigeant des catholiques traditionalistes une soumission plus totale à une autorité romaine en pleine apostasie, une autorité qui prône quotidiennement des nouveautés théologiques et liturgiques diaboliques, incompatibles avec l’enseignement pérenne de l’Église. »
L’article de Valli analyse le cadre de cette juridiction « vicié par l’idée que l’ Ancien Ordo doit exister par concession, alors qu’en réalité, l’attachement au rite ancien « n’est pas une préférence privée nécessitant un arbitrage » :
« Ce rite existe depuis des siècles, a été codifié par saint Pie V, défendu par le concile de Trente et sanctifié par d’innombrables saints. La véritable division n’a pas été causée par la Tradition, mais par l’imposition d’une liturgie radicalement réformée et la marginalisation subséquente de ceux qui ont refusé et refusent d’abandonner ce que l’Église leur a toujours transmis. Ainsi, « en traitant la messe traditionnelle comme un problème à gérer plutôt que comme un droit à respecter, la proposition réduit implicitement l’Ancien rite d’un patrimoine de l’Église à une exception tolérée ». Mais puisque la messe traditionnelle n’a jamais été abrogée, « les catholiques n’ont pas besoin de formuler d’hypothèses, de négocier ou d’implorer des structures spéciales pour y avoir accès ». Accepter une juridiction spéciale comme nécessaire à la survie de l’Ancien rite « revient à admettre que Rome possède l’autorité de supprimer la liturgie immémoriale et de ne la rétablir que dans les conditions qu’elle établit », mais cette autorité, soutient Radical Fidelity, a été perdue à cause de l’apostasie ».
Cette proposition propose « une paix illusoire imposée par des tyrans »
Cette proposition propose « une paix illusoire imposée par des tyrans » : « cette proposition ne résout pas les problèmes, mais se contente de « demander aux catholiques traditionalistes d’accepter la stabilité institutionnelle en échange du silence et de la soumission à l’abomination et au péché ». Si cette proposition était acceptée, le vetus ordo serait préservé sous l’autorité d’« hommes qui ont abandonné la foi : une plaisanterie monumentale ».
« La véritable paix dans l’Église, conclut Radical Fidelity repris par Aldo Maria Valli, ne peut se fonder sur des concessions ou des expédients administratifs. Elle doit reposer non seulement sur la reconnaissance que l’Église n’a aucune autorité pour abolir ou marginaliser ce qu’elle a toujours considéré comme sacré, mais aussi sur la nécessité pour Rome de se repentir de son apostasie et pour la hiérarchie de se convertir et de revenir au catholicisme. La messe traditionnelle en latin n’a pas besoin d’une juridiction spéciale pour justifier son existence. Ce qu’elle requiert, c’est le rétablissement de la vérité. La fidélité à la Tradition n’est pas le problème à résoudre ; le problème est le désastre post-conciliaire imposé par les usurpateurs et les abuseurs au Vatican. Toute solution qui ignore cette vérité, aussi bien intentionnée soit-elle, demande en fin de compte aux catholiques fidèles d’accepter moins que ce qu’exigent la justice et la Tradition. »
Il est vain de chercher à préserver l’intégrité de la Messe tout en concédant sur la Foi
Sur cette question des espoirs de « paix liturgique » renaissent parmi les communautés et fidèles attachés à la Messe de toujours, nous conseillons en complément la lecture de l’article de Léon Pona paru dans la revue Caritas, la revue du pays réel, numéro 4 de septembre 2025 : Vous avez dit paix liturgique ? qui rappelle fort justement, que « La Foi est (…) le fondement même de la Messe ».
Ainsi, écrit Léon Pona dans son article, « une paix escomptée où ne règne pas la vérité, où elle serait relativisée, balancée par l’erreur, bafouée, combattue, relève de la pure illusion ».
Et de conclure, sur la même ligne qu’Aldo Maria Valli :
« Il est vain de chercher à préserver l’intégrité de la Messe tout en concédant sur la Foi : seule la paix doctrinale retrouvée ramènera dans l’Église la paix liturgique. »
Francesca de Villasmundo
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