
Exsulta satis, filia Sion ; jubila, filia Jérusalem : ecce rex tuus veniet tibi justus, et salvator : Ipse pauper, et ascendens super asinam et super pullum filium asinæ.
Réjouis-toi beaucoup, ô fille de Sion ; Réjouis-toi, ô fille de Jérusalem : voici que ton roi, juste et sauveur, vient à toi ; il est pauvre et chevauche un âne et sur un poulain fils d’âne. [Zech 9, 9]

Le dimanche des Rameaux commémore l’entrée triomphale du Roi-Messie à Jérusalem, c’est-à-dire le mystère liturgique dans lequel la Sainte Église contemple l’accomplissement des prophéties royales de l’Ancien Testament en la Personne du Christ Seigneur.
Ce n’est pas une simple commémoration historique, mais un acte de foi dans la Royauté de Jésus, le Roi humble et victorieux, qui entre dans la Ville Sainte pour consommer Sa Passion et nous ouvrir les portes du Royaume éternel. Mais cela reste un fait historique, attesté par ceux qui, ce jour-là, assistèrent à la cérémonie de couronnement de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Selon le rituel décrit dans le Premier Livre des Rois (1 R 1, 32-40), David mourant ordonne que son fils Salomon soit consacré roi, monté sur la mule du roi David (symbole de paix et de succession légitime, non de guerre), menée à la source de Gihon (située au pied du mont des Oliviers), et oint avec l’huile sacrée par le prêtre Zadok et le prophète Nathan.
Il prescrit que l’on sonne de la trompette soit sonnée et que le peuple acclame Salomon comme roi. La procession du nouveau souverain entre à Jérusalem au milieu de cris de liesse, avec le peuple jouant de la flûte et la ville en tumulte (ibid., 45). Ce rite devait manifester en figure le nouveau roi comme l’oint du Seigneur (Messie), successeur légitime de David, porteur de paix.
Notre Seigneur entre à Jérusalem sur un ânon, le petit d’une ânesse (Mt 21, 2-7 ; Jn 12, 14-15), accomplissant à la lettre la prophétie de Zacharie (Za 9, 9).
Il n’est pas un roi terrestre avec des chevaux de guerre, mais le Rex pacificus, le vrai Salomon (dont l’étymologie signifie précisément « pacifique »), qui venit in nomine Domini (Ps 117, 26). Les manteaux étalés sur la route (Mt 21, 8) rappellent le rite du Deuxième Livre des Rois (2 R 9, 13) pour l’onction de Jéhu ; les palmiers et les branches d’olivier évoquent les processions victorieuses et la fête des Tabernacles (Lv 23, 40), mais ils rappellent aussi la victoire pascale du Christ sur la mort.
L’entrée triomphale du Christ Roi depuis le village sacerdotal de Bethphage et le Mont des Oliviers[1] n’est pas un détail topographique aléatoire, mais un acte d’accomplissement prophétique et typologique qui rappelle admirablement les lieux sacrés de la royauté davidique et salomonique. Elle manifeste le Christ comme le véritable Rex et Sacerdos — roi davidique et prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek — qui entre à Jérusalem pour régner depuis la Croix, accomplissant et dépassant les rites de couronnement de l’Ancien Testament[2]. Lorsque la procession quitte l’église (image de Bethphage) et y revient en chantant Gloria, laus et honor, nous sommes amenés à revivre mystiquement cette entrée : comme l’ancien peuple, nous acclamons aussi le Roi qui vient de la montagne sacrée et de la maison sacerdotale pour régner dans la nouvelle Jérusalem, la Sainte Église.
Le cri « Hosanna au Fils de David ! » (Mt 21, 9) est l’acclamation royale messianique[3]. Le peuple juif — à l’exception significative de ses chefs temporels et spirituels — reconnaît au Christ le titre héréditaire au royaume davidique : Il est le Roi promis, l’héritier légitime du trône de David, alors vacant[4] tout comme le pouvoir sacerdotal était de facto vacant[5]. L’exclusion de l’autorité civile et religieuse de cette liturgie juive solennelle nous montre comment le Seigneur veut récapituler en Lui-même la Monarchie et le Sacerdoce, étant par droit divin, de descendance et de conquête, le seul et unique vrai Roi et Pontife de la maison d’Israël. Israël es tu Rex, davidis et inclyta proles.
Notre Seigneur Jésus-Christ accomplit les rites de couronnement de l’Ancien Testament (onction, acclamation, entrée solennelle) de manière souveraine, spirituelle et éternelle.
Mais ce Messie — le véritable et unique Messie divin — n’est pas le chef politique d’un parti suprémaciste que les pharisiens attendaient, mais le Princeps pacifer qui appelle toutes les Nations à Lui, au-delà de toute race et langue.
En fait, saint Augustin commente : « L’ânon de l’ânesse, sur lequel personne n’était jamais monté, ce sont les païens, que personne avant le Christ n’avait soumis. L’ânesse, en revanche, est la plèbe issue du peuple d’Israël, longtemps sous le joug de la Loi. […] Le Christ Roi humble, assis sur l’ânesse et l’ânon, symbolise les deux plèbes : celle des Juifs déjà soumis et celle des païens pas encore montée. […] Et en tant que Roi pacifique, Il ne vient pas sur un cheval de guerre, mais sur une ânesse, qui est un signe de paix[6]. »
Cela est également confirmé par Saint Paul : An Judæorum Deus tantum ? nonne et gentium ? Immo et gentium : quoniam quidem unus est Deus, qui justificat circumcisionem ex fide, et præputium per fidem. Dieu n’est-il que le Dieu des Juifs ? et n’est-il pas aussi le Dieu des Gentils ? Oui, il est aussi le Dieu des Gentils, puisqu’il y a un seul Dieu qui justifiera les circoncis en vertu de la foi et les incirconcis par la foi. (Rm 3, 29-30).
Et encore : Omnes enim filii Dei estis per fidem, quæ est in Christo Jesu. Quicumque enim in Christo baptizati estis, Christum induistis. Non est Judæus, neque Græcus : non est servus, neque liber : non est masculus, neque femina. Omnes enim vos unum estis in Christo Jesu. Si autem vos Christi, ergo semen Abrahæ estis, secundum promissionem hæredes.
Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus. Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’un dans le Christ Jésus. Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse[7]. (Gal 3, 26-29).
C’est au nouvel Israël que le zèle de la véritable charité de l’Église du Christ appelle les Juifs, selon les souhaits que — à l’initiative des frères Lémann — 510 Pères du Concile Vatican prononcèrent devant Pie IX en 1870,
afin que les pauvres Juifs, las d’une attente très longue et inutile, se hâtent de reconnaître le Messie notre Sauveur, véritablement promis à Abraham et prédit par Moïse : perfectionnant ainsi et couronnant la religion mosaïque, sans la changer[8].
Les prêtres Joseph et Augustin Lémann, convertis du Judaïsme et apôtres infatigables de la cause d’Israël dans le Christ, voient dans l’Hosanna l’acclamation que le Sanhédrin aurait dû s’approprier, mais qui est devenue en réalité un prélude au rejet – un avertissement perpétuel pour Israël de reconnaître son Roi.
Tout tourne autour du Christ Roi et Pontife. Tout est décidé sur la base de Sa reconnaissance comme Messie, Sauveur et Libérateur. Et tant que le reste d’Israël ne pliera pas le genou devant son Seigneur, le Jugement Dernier n’aura pas lieu. La conversion de ce reste précédera la venue d’Élie, retardera le jugement et conduira à la « résurrection du monde »[9] (Rm 11, 15).
Cette conscience et une interprétation correcte des Écritures sacrées nous amènent à réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui à la lumière du merveilleux plan de la Providence.
Nemo vos seducat (Éph 5, 6) : ne nous laissons pas tromper par ceux qui s’illusionnent en pensant pouvoir faire passer l’Antéchrist pour le véritable Messie, ou qu’ils peuvent hâter la fin du monde en construisant avec des pierres ce Temple que Notre Seigneur a mystiquement construit une fois pour toutes dans son Corps Mystique.
Efforçons-nous, au contraire, par notre cohérence de vie et par la grâce de Dieu, de nous rendre témoins crédibles du Messie divin, du Verbe incarné, de Celui que dans quelques jours nous contemplerons assis sur le trône de la Croix : Regnavit a ligno Deus[10]. Ainsi soit-il.
+ Carlo Maria Viganò, Archevêque
29 Mars MMXXVI, Dominica II Passionis seu in Palmis
© Traduction de F. de Villasmundo pour MPI relue et corrigée par Mgr Viganò
[1] Cette indication est donnée dans Mt 21, 1 ; Mc 11, 1 ; Lc 19, 29. Bethphage était située sur le versant est du Mont des Oliviers, à la frontière de Jérusalem : c’est le lieu sacerdotal par excellence, d’où le Roi-Messie, le vrai Prêtre, commence sa procession royale. Pendant la révolte d’Absalom, le roi David, humilié et fugitif, « monta sur le mont des Oliviers, grimpant et pleurant » (2 Sam 15, 30 : ascendit autem David in ascensum Olivarum, ascendens et flens). Ici, David, figure du Christ souffrant, verse des larmes à cause de la trahison de son fils et du peuple. Le Christ, le véritable Fils de David, descend triomphalement de la même montagne, non pas pour fuir mais pour se livrer à la Passion. Il renverse le destin de son père David, transformant l’humiliation en gloire royale.
La montagne était liée à l’onction. La source de Gihon, au pied du Mont des Oliviers, fut le lieu de l’onction de Salomon (1 R 1, 33-38) : le prêtre Zadok oint le roi d’huile d’olive, et la procession monta jusqu’à Jérusalem parmi les acclamations. L’huile d’olive – fruit même du Mont des Oliviers – était le chrisme de la royauté (cf. 1 Sam 16, 13 pour David). Le Christ, le véritable Salomon pacifique (Pacificus), chevauche l’ânesse précisément depuis ce mont montagne de l’huile. Il est l’Oint par excellence, consacré par le Saint-Esprit au Jourdain. Les Saints Pères (Augustin dans le Tractatus in Joannem 51 ; Bède dans la Chaîne) voit ici l’accomplissement parfait : le Mont des Oliviers, d’où la gloire du Seigneur était partie (Ez 11, 23) et auquel elle reviendra (Za 14, 4), devient la chaire d’où le Christ Roi proclame sa royauté. La liturgie, avec l’antienne de la procession Cum appropinquaret Dominus, évoque précisément cette entrée depuis la montagne sacrée.
[2] Le Golgotha, lieu de l’action sacerdotale de Notre Seigneur — son Sacrifice — se trouve de façon significative en dehors de Jérusalem.
[3] Mgr Francesco Spadafora (1903-1992), professeur d’exégèse à l’Université Pontificale du Latran et fervent défenseur de l’exégèse traditionnelle contre le modernisme, traite de ce passage dans son Dictionnaire Biblique. Sous le titre « Hosanna », il déclare : « Acclamation triomphante messianique : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! (Mt 21, 9). C’est le cri de reconnaissance du Roi d’Israël, lié au Psaume 117 et à la liturgie juive de la Fête des Tentes (Lv 23, 40). Le peuple, animé par l’Esprit, acclamait le Roi promis, le véritable Fils de David qui entre à Jérusalem pour régner. » Spadafora, en accord avec l’École Romaine antimoderniste, insiste sur le sens littéral et typique : l’événement est à la fois historique et prophétique, accomplissement de Za 9, 9 et des Psaumes royaux, sans réductions rationalistes.
[4] Après la mort d’Hérode le Grand (4 av. J.-C.), le royaume fut divisé par Auguste entre ses fils (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités des Juifs 17, 188-249). La Judée proprement dite (avec Jérusalem) tomba aux mains d’Archélas en tant qu’ethnarche, mais sa tyrannie provoqua des révoltes qui conduisirent à la déposition romaine en l’an 6 ap. J.-C. (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 17, 342-354 ; Guerre Juive 2, 111). À partir de ce moment, la Judée devint une province procuratoriale romaine, gouvernée directement par des préfets/procureurs de rang équestre, dépendant du légat de Syrie et de l’Empereur. Hérode Antipas (tétrarque de Galilée et de Périe, 4 av. J.-C.-39 ap. J.-C.) n’avait pas de juridiction civile en Judée. Il était un vassal romain, sans le titre de rex sur la Ville Sainte (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 18, 27). Pendant la Passion, Pilate ne le consulta que parce que Jésus était Galiléen (Lc 23, 6-12), mais Antipas n’exerçait pas le pouvoir à Jérusalem et le renvoya auprès de Pilate. Il n’y avait donc pas de « roi » juif légitime à Jérusalem ; le trône davidique était vacant depuis des siècles, occupé par des étrangers ou des marionnettes impériales.
[5] Le sacerdoce suprême, instituée par Dieu comme héréditaire et à vie chez les descendants d’Aaron (Ex 28-29 ; Nm 25, 10-13), était devenu un instrument de contrôle politique sous les Romains. Les vêtements pontificaux étaient conservés dans la forteresse d’Antonia par les Romains et donnés uniquement pour les fêtes (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 18, 93-95 ; 20, 6-9), signe tangible de soumission. Ananus (Annas) fut nommé par Quirinius (gouverneur de Syrie) en 6 après J.-C. et déposé par Valérius Gratus en l’an 15 après J.-C. (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 18, 26.34). Caïphe (Josèphe, appelé Caïphe), gendre d’Ananus, fut nommé par Valerius Gratus en 18 après J.-C. et resta en fonction jusqu’en 36/37 après J.-C. (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 18, 35 : Grato… nomma Joseph, appelé Caïphe, grand prêtre). Il était donc un pur fonctionnaire romain, engagé par Pilate pour la stabilité politique. Josèphe Flavius énumère explicitement les quatre grands prêtres précédents nommés et déposés par Gratus en quelques années : Ismaël, Éléazar (fils d’Ananus), Simon, puis Caïphe – tous émissaires de Rome. Entre 6 et 41 après J.-C., les procureurs romains nommèrent et destituèrent au moins 18 grands prêtres (cfr. Josèphe Flavius, Antiquités 20, 247-251), rompant ainsi la succession légitime. Le Talmud babylonien (Yoma 9a) et les exégètes traditionnels se plaignent de cette « corruption » du sacerdoce : les grands prêtres n’étaient plus « oints » selon la Loi, mais achetés avec de l’argent ou des faveurs impériales.
[6] S.cti Augustini In Joannis Evangelium Tractatus 51, 6-7 (éd. CCL 36, p. 437-438) – Pullus asinæ, in quo nemo sederat, populus gentium est, quem nemo ante Christum subegerat. Asina vero, plebs ejus quæ veniebat ex populo Israë, sub jugo legis jam diu erat. […] Christus autem, Rex humilis, sedens super asinam et pullum, utramque plebem significat : Judæorum jam domitam et Gentium nondum insessam. […] Et sicut rex pacificus venit, non equo bellico, sed asina, quæ pacis est signum.
[7] Cf. aussi Eph 2, 11-22 : Propter quod memores estote quod aliquando vos gentes in carne, qui dicimini præputium ab ea quæ dicitur circumcisio in carne, manu facta: quia eratis illo in tempore sine Christo, alienati a conversatione Israël, et hospites testamentorum, promissionis spem non habentes, et sine Deo in hoc mundo. Nunc autem in Christo Jesu, vos, qui aliquando eratis longe, facti estis prope in sanguine Christi. Ipse enim est pax nostra, qui fecit utraque unum, et medium parietem maceriæ solvens, inimicitias in carne sua, legem mandatorum decretis evacuans, ut duos condat in semetipso in unum novum hominem, faciens pacem: et reconciliet ambos in uno corpore, Deo per crucem, interficiens inimicitias in semetipso. […] Ergo jam non estis hospites, et advenæ: sed estis cives sanctorum, et domestici Dei. Rm 11, 11-15 e 25-26 : Dico ergo: Numquid sic offenderunt ut caderent? Absit. Sed illorum delicto, salus est gentibus ut illos æmulentur. […] Si enim amissio eorum, reconciliatio est mundi: quæ assumptio, nisi vita ex mortuis? […] Nolo enim vos ignorare, fratres, mysterium hoc […], quia cæcitas ex parte contigit in Israël, donec plenitudo gentium intraret, et sic omnis Israël salvus fieret.
[8] ut et miserrimam Hebræorum gentem paterna quadam invitatione dignetur prævenire : scilicet votum exprimere, ut tandem longissima inutilique expectatione lassati, ad Messiam salvatorem nostrum, vere promissum Abrahæ et a Mose prænunciatum, festinent accedere : sic perficientes coronantesque religionem mosaïcam, non mutantes. Postulatum pro Hebræis. Cf. Joseph et Augustin Lémann, La cause des restes d’Israël introduite au Concile Œcuménique du Vatican, 1912
[9] « Dans cette période finale doivent trouver place la conversion des restes d’Israël, la réjouissance qui s’en suivra dans l’Église catholique, la venue du saint prophète Élie qui doit restaurer toutes choses, l’unique bercail sous l’unique Pasteur annoncé par le Christ, le combat gigantesque contre l’Antéchrist, et enfin, dans la nature et le soleil les signes précurseurs de la fin du monde. »
[10] Saint Venance Fortunate, Vexilla Regis, Carme II, 6.
Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !






