
Parmi les millions de pages de documents relatifs à l’enquête sur Epstein et dévoilés par la justice américaine figurent quelques éléments concernant la Belgique. Nous ne reviendrons pas ici sur le contact avec le Prince Laurent que nous avons déjà traité dans un précédent article.
Son ami Jean-Luc Brunel recrutait pour Epstein
Notons d’abord qu’Epstein, comme dans beaucoup d’autres pays, s’est intéressé aux agences de « mannequins » en Belgique.
En 2010, le trafiquant sexuel français Jean-Luc Brunel (décédé en 2022 au Centre pénitentiaire de Paris) dirigeait l’agence de mannequins MC2 Model Management, aujourd’hui disparue. A ce titre, Jean-Luc Brunel, associé de Jeffrey Epstein dans plusieurs dossiers, était en contact régulier avec des agences de mannequins établies à Bruxelles. Les courriels envoyés par MC2 à Epstein contenaient des tailles de poitrine et des descriptions de jeunes femmes proposées par ces agences.

« 176 cm… 85-59-88… Très bon caractère… Habituée à voyager et très indépendante », indique un e-mail.
Ces e-mails avaient été transmis par l’agence CF Models Agency, située au 23 rue de la Grosse Tour, en plein centre de Bruxelles, juste à côté de l’avenue Louise. Des courriels montrent que sa propriétaire, Nina Duchêne, était en contact avec l’agence MC2 de Jean-Luc Brunel et lui avait envoyé des photos.
En 2012, Jean-Luc Brunel écrit un courriel à Epstein pour lui annoncer qu’il est en mission à Bruxelles et qu’il espère obtenir des résultats.
En 2014, des courriels de Ramsey Elkholy, un recruteur d’Epstein, montrent l’intérêt d’Epstein pour une « fille de Belgique ». Elkholy propose de « l’envoyer » à Epstein plus tard dans la soirée. Dans d’autres courriels, Elkholy parle ouvertement de la recherche de femmes pour Epstein, envoyant régulièrement des photos et des descriptions de jeunes femmes pour approbation.
Des courriels de 2014 montrent qu’Epstein s’était renseigné sur les exigences de visa pour une ressortissante belge amenée à visiter ou transiter au Canada.
Une avocate pour le représenter
Jeffrey Epstein a aussi utilisé les services d’une avocate, Maître Marie-Joseph Experton, installée à Bruxelles spécialisée en droit français, et qui a longtemps été représentante d’Epstein en Belgique.
Par l’intermédiaire de cette avocate, Epstein a procédé à l’achat en Belgique de voitures de sport de luxe, à des transferts d’argent et à la signature de contrats artistiques.
Dans un courriel adressé à un avocat senior à Paris en 2015, Epstein confirme que Marie-Joseph Experton est son avocate pour les « affaires personnelles » en Europe. L’avocate bruxellois conseillait Epstein sur plusieurs sujets, notamment les indemnités de départ pour les employés licenciés, la banque européenne, l’immobilier français et la facturation pour l’entretien de ses biens immobiliers européens.
Comme le montre le courriel ci-dessus, Marie-Joseph Experton a per exemple acheté une Mercedes pour Epstein, utilisant des fonds de son compte privé pour finaliser la vente.
L’avocat bruxellois a également organisé des réunions entre Epstein et des hommes d’affaires européens dès 2011.
Des transferts d’argent
Les documents dévoilés par la justice américaine montrent aussi qu’Epstein envoyait régulièrement d’importantes sommes d’argent en Belgique, échangeant des dollars contre des euros. Beaucoup de ces transactions étaient menées par des individus de son cercle proche, tels que Darren Indyke (avocat américain qui a été un proche l’associé d’Epstein et l’un de ses conseillers juridiques) et Harry Beller (comptable d’Epstein durant 22 ans).
En avril 2019, peu de temps avant son arrestation, Epstein a transféré 39 000 € de son compte enregistré aux îles Vierges américaines vers un compte enregistré en Belgique. Entre 2016 et 2017, des documents montrent qu’Epstein a effectué des paiements répétés de 7 000 € en Belgique.
C’est aussi par la Belgique qu’ont transité des œuvres d’art acquises par Epstein, comme une sculpture de Giacometti voyageant en 2016 par l’aéroport de Liège pour une réunion de comité à Paris. Il apparaît également qu’en 2018, des administrateurs agissant au nom d’Epstein ont tenté de finaliser la vente d’une statue d’Hercule d’une valeur de 1,25 million de dollars à deux acheteurs belges.
Des courriels montrent également l’intérêt d’Epstein pour l’achat du château de Duino du XIVe siècle à Trieste, en Italie. Les documents montrent que les représentants d’Epstein ont proposé de rencontrer le vendeur du bien dans un lieu non divulgué en Belgique.
Des courriels indiquent également des commandes faites en Belgique pour des coussins destinés à sa propriété sur l’île de Little Saint-James.
Bonjour de la reine de Belgique
En 2011, le physicien Lawrence Krauss, qui a été accusé d’abus sexuels en 2018, écrivait à Epstein que la « Reine de Belgique » lui envoyait un bonjour de Davos. Il adresse aussi un message à Epstein de la part de la princesse héritière norvégienne Mette-Marit. « La Reine de Belgique te passe le bonjour, et plus important encore, la belle jeune princesse héritière de Norvège souhaite que tu sois ici », écrit Krauss à Epstein « J’aimerais beaucoup te parler, ça fait trop longtemps. »
Cette « Reine belge » n’est pas clairement identifiée. En 2011, la reine des Belges était Paola, épouse du roi Albert II. Mais c’est Mathilde, à l’époque princesse héritière, qui était présente à Davos cette année-là.
Epstein avait prévu de se rendre à Bruxelles en janvier 2019 pour assister à un dîner avec Miroslav Lajčák, ancien président de l’Assemblée générale des Nations Unies et ancien ministre slovaque des Affaires étrangères.
Ce sont pour l’instant les principales traces d’Epstein en Belgique.
Pierre-Alain Depauw
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