
« Je m’appelle Emmanuel. »
À quarante-sept ans, j’ai épuisé toutes les jouissances que peut procurer l’exercice narcissique du pouvoir hexagonal, sur lequel je vois encore tant de médiocres fantasmer.
Je l’ai épuisé d’autant plus viscéralement que je n’avais eu nul besoin, pour le conquérir, de m’épuiser auparavant à gravir comme tous ces nains politiques les successifs échelons de la carrière, au fil de multiples mandats.
D’ailleurs, le nom de celui qui me succédera à l’Élysée, m’est bien égal.
En tant que membre de la République universelle à laquelle j’ai voué mon existence, j’ai toujours considéré la France comme une simple province dans laquelle éprouver mon destin international.
Je m’appelle Emmanuel.
J’ai toujours perçu ce prénom tel un éminent signe de prédestination. Je suis parmi vous. Moi, le maître des horloges. Je ne suis pas là, parmi vous, par hasard. Je suis bel et bien missionné, serviteur zélé d’un Ordre mondial qui décide du sort de vous tous.
À présent, je me sens à l’étroit dans mes oripeaux présidentiels.
Et je ne suis pas prêt à me tenir tranquille dans une retraite dorée. Comme je l’ai hurlé à la jeunesse imbécile au Cirque d’Hiver en juillet dernier, de ce ton hystérique qui m’a tant servi, « j’aurai besoin de vous pour dans deux ans, pour dans cinq ans, pour dans dix ans. Comptez sur moi, je serai là, avec vous ! ».
Ne vous en déplaise, je suis donc l’Emmanuel pour encore un bon moment.
J’ai salué, lors de ma visite aux « très respectables Grands maîtres » du Grand Orient, les « liens séculaires » qui les unissent « à la France et à notre République » et me suis engagé à unir leurs principes avec ceux de la nation, « sans les confondre mais en joignant leur force ».
C’est cette subtilité qui fonde le principe du pervers mais efficace en même temps qui m’a servi à jeter le chaos partout où c’était nécessaire, principe dont j’ai fait ma devise, et dont je ne suis pas peu fier.
J’ai enserré ainsi le vieux monde politique dans un piège redoutable, dans lequel je jouis de voir ses affidés se débattre aussi pitoyablement.
J’ai placé les institutions devant tous leurs paradoxes, j’ai enfermé le peuple des électeurs dans une double contrainte, dont il ne sortira, s’il l’ose tenter, qu’exsangue, et pour longtemps.
D’ici là, la géopolitique mondiale aura poursuivi son chemin. L’Europe fédérale sera sur pied.
Je pourrai sans regret quitter cette foutue province de coqs sans talent pour céder mon strapontin élyséen à un quelconque prétendant aux dents longues, qui ne rêve que de ça.
Je me marrerai bien lors de la passation de pouvoir : J’aurai réduit la fonction présidentielle à la dimension d’un simple gouverneur d’état fédéral, la souveraineté française à une peau de chagrin.
Ayant accompli cette mission durant une bonne décennie, je mériterai de mes maîtres. J’aurai fait le job, comme ils disent, assuré le spectacle.
J’aurai loisir d’ambitionner un siège plus conforme à mes ambitions réelles, au sommet de la véritable hiérarchie de la royauté terrestre, que j’estime réellement.
Je suis l’Emmanuel.
Le Petit Béraldien
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