
Certains documents publiés par le ministère américain de la Justice apportent un éclairage sur l’aide fournie par la banque UBS à Ghislaine Maxwell, complice de Jeffrey Epstein.
UBS accepte Ghislaine Maxwelle comme cliente sur recommandation
Des courriels et des relevés bancaires montrent que la banque suisse UBS a ouvert des comptes personnels et professionnels pour Ghislaine Maxwell, sur lesquels étaient déposés des liquidités, des actions et des placements dans des fonds spéculatifs. UBS lui a attribué deux gestionnaires de compte, qui l’ont aidée à transférer des millions de dollars et lui ont octroyé d’autres avantages que la banque réserve à ses clients fortunés. UBS n’a jamais fourni de réponses sur les raisons pour lesquelles elle a accepté une cliente considérée comme à haut risque par la banque JPMorgan.
Epstein et Maxwell étaient clients de JPMorgan durant des années. En 2011, lors de vérifications d’identité de clients, JPMorgan a recommandé en interne que Ghislaine Maxwell soit considérée comme une « cliente à haut risque » en raison de ses liens avec Epstein, selon des documents judiciaires américains. En 2013, JPMorgan a décidé de clôturer le compte d’Epstein (soit cinq ans après sa condamnation en 2008).
Associé chez Soros Private Equity Partners
En décembre 2013, David Wassong, alors associé chez Soros Private Equity Partners, a présenté Ghislaine Maxwell à UBS, selon un échange de courriels.
« J’ai mis en copie une de mes meilleures amies, Ghislaine Maxwell (sic). Elle cherche un nouveau gestionnaire de patrimoine, et je lui ai dit qu’elle devait absolument vous rencontrer »
Le 14 février 2014, un courriel dont les noms ont été expurgés exhorte UBS à « accélérer cette transition de JPMorgan ».
« Ghislaine part pour plus d’un mois la semaine prochaine, elle a donc vraiment besoin que ce transfert/ces documents soient signés avant son départ. De plus, elle aimerait vous parler pour se présenter, etc. », indique le courriel.
Peu de temps après, UBS a ouvert un compte que Maxwell a utilisé pour ses dépenses personnelles et professionnelles, notamment pour son association TerraMar Project, ainsi que pour des entités nommées Ellmax, Pot & Kettle, Max Foundation et Max Hotel Services, comme l’indiquent les documents.
Dès février 2014, Ghislaine Maxwell possédait près de 2 millions de dollars américains sur l’un de ses comptes UBS. Elle avait donné des instructions à la banque concernant ses transferts de fonds. En 2016, elle a demandé à la banque d’effectuer un versement de 2,5 millions de dollars américains à Scott Borgerson, son époux de l’année, PDG de CargoMetrics.
Le 22 juillet 2019, soit 16 jours après l’arrestation d’Epstein, UBS a transféré 130 000 dollars, à la demande de Ghislaine Maxwell, de son compte d’épargne vers son compte courant pour l’aider à payer une facture de carte American Express, selon les documents.
Le 16 août 2019, soit un mois après l’arrestation d’Epstein, UBS a reçu une citation à comparaître devant un grand jury concernant Ghislaine Maxwell. Dans la citation à comparaître envoyée par le district sud de New York, le procureur des États-Unis stipule à UBS qu’il intervient dans le cadre d’une enquête criminelle sur un « crime grave », et qu’il est nécessaire de garder la demande secrète car une divulgation « entraverait » l’enquête. UBS a fourni au FBI des informations sur des virements bancaires.

Propriété gardée par d’anciens militaires britanniques
En décembre 2019, Ghislaine Maxwell achète une maison d’une valeur de 1,1 million de dollars dans la campagne du New Hampshire, un complexe situé sur un domaine de 156 acres surnommé « Tucked Away ». Auprès de l’agent immobilier, elle se présente en tant que Janet Marshall et raconte qu’elle est une journaliste « qui veut de la confidentialité ». Elle engage ensuite une équipe de sécurité composée d’anciens militaires britanniques engagés pour assurer sa sécurité sur place.
Pour réaliser cet achat, des fonds ont été envoyés par UBS un mois plus tôt, selon des documents publiés par le ministère américain de la Justice. L’argent a ensuite transité à travers un réseau de fiducies et de banques pour acheter la propriété isolée où Ghislaine Maxwell cherchait à se terrer. UBS a transféré près de 8 millions de dollars le 12 novembre 2019 depuis un compte détenu par Montpelier Trust, une entité créée par Ghislaine Maxwell en tant que constituant. Son mari de l’époque, Scott Borgerson, était l’un des membres du conseil d’administration, selon les archives d’UBS. L’argent est allé sur un compte TD Ameritrade, dont Borgerson était le dépositaire. TD Ameritrade a ensuite envoyé l’argent à une fiducie pour acheter la maison à Bradford, New Hampshire. TD Ameritrade a depuis été racheté par le milliardaire Charles Schwab dont la petite-fille, Samantha Schwab, occupe le poste d’adjointe au chef de cabinet du Trésor au sein de l’administration de Donald Trump.
Or, cette chronologie démontre que la banque UBS a donc traité le transfert pour un compte lié à Ghislaine Maxwell trois mois après avoir reçu la citation à comparaître devant un grand jury concernant Ghislaine Maxwell, invoquant une enquête sur la traite sexuelle d’enfants.
Ghislaine Maxwell a été condamné en 2021 à une peine de 20 ans de prison pour avoir recruté et manipulé des adolescentes à des fins sexuelles, ainsi que pour avoir participé à des abus sur des victimes mineures.
Des banques qui s’en sortent bien
« Le schéma que nous avons observé lors de nos enquêtes sur Epstein et de nombreux autres criminels fortunés est que les banques détournent le regard parce qu’elles savent que les clients ultra-riches peuvent faire leurs valises et emmener leur argent de l’autre côté de la rue quand ils le veulent », a déclaré le sénateur Ron Wyden, qui a examiné de près les flux financiers issus des crimes d’Epstein.
Mais « Ghislaine Maxwell n’était pas qu’une simple complice mineure des crimes d’Epstein, elle était une partie essentielle de son opération de trafic qui a atteint le monde entier, et elle est elle-même accusée d’avoir participé à des abus », a déclaré Wyden.
Bien que les informations sur les opérations financières d’Epstein restent incomplètes, les dossiers montrent que la Deutsche Bank a continué à gérer les comptes d’Epstein jusqu’en 2019 même après avoir tenté de couper les liens, tandis que Morgan Stanley a encore ouvert des comptes pour des trusts liés à Epstein en mars 2019.
En 2023, JPMorgan a accepté de verser 290 millions de dollars aux victimes d’Epstein après avoir conclu un accord dans le cadre d’un recours collectif l’accusant de complicité. La même année, Deutsche Bank a accepté de verser 75 millions de dollars aux victimes après avoir conclu un accord dans le cadre d’un recours collectif similaire. Aucune des deux institutions n’a reconnu sa culpabilité.
Alain Escada
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