FRANCE-RELIGION-CATHOLICS-BISHOP-ASSEMBLY

Ceux qui ont lu le livre II de la République se souviennent que Platon y décrit la Cité parfaite dont les poètes seraient bannis. Pourquoi ? Non pas, comme le prétend la vulgate philosophique parce que Platon leur reprocherait d’être de tristes imitateurs du réel. Mais parce que ce sont eux qui gouvernent la transmission des valeurs et donc la reprogrammation de la culture d’une génération à l’autre. Et parce que Platon rêve d’un reconditionnement culturel des citoyens.

Car que font les poètes ? Ils composent des récits et ils les racontent!

Les grands schèmes culturels – ce qu’on appelle les patterns – sont transmis par ces récits mythiques ou légendaires. Les récits d’Homère et d’Hésiode constituent une sorte de « Bible » dont la pensée imprègne tous les niveaux de conscience, dont l’autorité s’exerce sur tous les plans. Ils sont comme un « livre » que beaucoup connaissent largement par cœur, et dont la lettre régit une sorte d’inconscient collectif – en tout cas des schèmes de conduite. D’où l’exceptionnelle importance de ces poètes.

La composition des récits est une activité qui n’appartient donc pas au Législateur.

Ce qui lui appartient, c’est de fournir les modèles et de décider des lois qui gouvernent la production de ces récits fondateurs de culture. C’est donc à lui de définir les normes de création des poètes. Ou de les redéfinir.

Par qui sont récités ces contes qui structurent les grandes conduites humaines? Platon se pose la question et il y répond : ils sont récités par les mères et les nourrices aux enfants petits…

Ce n’est pas de poétique dont il est question au livre II de la République, c’est d’éducation… Et de l’éducation des enfants petits. C’est pour pouvoir redéfinir les normes de création des récits qui vont gouverner les valeurs de la cité – et donc gouverner les hommes – qu’il faut chasser les poètes de la cité parfaite !

Le monde chrétien a beaucoup aimé Homère et Hésiode. Mais il a pourtant une tout autre « Bible », un grand récit qui gouverne ses conduites humaines. La norme de composition de cette déroutante fresque est tout à fait singulière : elle est révélée…

L’Ancien Testament décrit figurativement une succession d’alliances qui va de Noé à David, et l’histoire de la constitution patiente d’un peuple, aujourd’hui l’Eglise. Le Nouveau Testament raconte l’histoire d’un Dieu qui se fait homme et qui vient guérir et enseigner avec un mode pédagogique singulier : la  « parabole ». La Bible décrit comment Dieu a fait entrer dans l’humanité une information nouvelle, portée par un petit peuple héroïque, à la longue histoire, dont l’Eglise est héritière.

Ces récits sont là pour la mémoire et pour l’intelligence. Ils ont fait l’objet d’une longue histoire de pensée, d’exégèse, d’interprétation – la théologie – et ils gouvernent tous les grands « patterns » chrétiens. Ordonné à son Dieu, le chrétien ne vit pas soumis à la règle de son bon plaisir, de ses « droits » divers. Il vit soumis à un Dieu juste et bon, à une Loi bonne, dans un régime particulier qui est celui de la Grâce. Il vit en Homme, parmi d’autres hommes.

Ces récits mythologiques gouvernent aussi son rapport au corps. Au sien, et à celui de l’autre. Il est fondé sur une norme simple : le corps traduit l’éminente dignité de l’homme. Il est même « le temple de l’Esprit Saint ». La nudité n’est pas honteuse, elle est chargée de sens, ce qui n’est pas la même chose.

La cité platonicienne, c’est le projet de M. Vincent Peillon. Les enfants y appartiennent à l’Etat et il s’agit de les programmer selon les normes officielles et dans le nouveau paradigme anthropologique que le Législateur entend bien imposer et qui s’appelle « la théorie du genre ».

Mais ce nouveau conditionnement rencontre une résistance inattendue: celle des chrétiens. Ils ont compris les enjeux de ce nouvel ordre anthropologique du « tous à poil ». Et ils protestent et refusent. Ils « réagissent ». Cette réaction ne fait pas d’eux des réactionnaires, mais des hommes et des femmes qui s’opposent à un nouvel ordre inique qui prétend soumettre les intelligences et les reprogrammer.

Et nos Evêques ? Que pensent nos Evêques de tout cela ?

On aurait pu croire que devant tant d’attaques, devant l’ombre toujours plus menaçante qui s’avance sur l’Eglise, sur la religion dont ils sont les garants, ils auraient élevé leur protestation prophétique.

Mais rien… Nos Evêques ne disent rien. Si, nos Evêques de France invitent à la vigilance lors des prochaines élections…

Y  a t-il une raison à ce silence ?

Oui, il y a une raison.

Nos Evêques de France vivent encore imprégnés de la puissante et sirupeuse théologie de la récupération des « valeurs du monde », celle qui, depuis bientôt trois générations pare le monde d’admirables qualités évangéliques, fruits de l’action de l’Esprit Saint. Celle qui veut que le monde soit animé d’une force divine qui le fait aller de l’avant. Voilà les dogmes massivement imposés depuis des années. Quiconque ne suit pas la ligne du parti est évidemment qualifié de rétrograde ou de réactionnaire.  

On juge l’arbre à ses fruits.

Les fruits ? La pastorale de « l’aller au monde » ! Pierre Chaunu, qui ne mâchait pas ses mots, l’avait qualifiée de « pastorale du chien crevé au fil de l’eau ».

Un bref tour d’horizon devrait pourtant suffire à convaincre n’importe quel esprit un peu lucide.

Les news magazines qui offrent à la curiosité des cerveaux démembrés les anatomies intéressantes de « people » aux loisirs d’une consternante pauvreté et à la vie sexuelle abêtissante : l’œuvre de l’Esprit !

La jouissance obligatoire et forcenée et le culte du corps, la socialisation forcée et la grande flambée des dépressions : l’œuvre de l’Esprit !

La finance souveraine, la pathologie sécuritaire, la vengeance dans toutes les bouches, la justice ordonnée à des avatars techniques ou à des procédures formelles : l’œuvre de l’Esprit !

La vieillesse abandonnée et sous peu euthanasiée : l’œuvre de l’Esprit !

Le suicide massif des jeunes, de tous les jeunes, pas seulement des indécis en matière d’identité sexuelle dont l’Education nationale prend un soin jaloux : l’œuvre de l’Esprit !

La déprogrammation forcenée des enfants dès le primaire, l’illettrisme grandissant, les écoles dévastées, le mépris du travail intellectuel et de l’abstraction, mais aussi celui de l’œuvre de nos mains, le mépris du travail manuel : l’œuvre de l’Esprit !

La vie tressaillante et fragile, la promesse d’homme détruite dés le départ à travers le voile de la chair maternelle : l’œuvre de l’Esprit saint !

Une jeunesse qui boit – homosexuelle ou pas – et qui boit comme un « trou », par jeu, par bravade, par défi stérile et vain, l’œuvre de l’Esprit saint « au cœur de ce monde », comme on nous fait bêler pendant nos liturgies salopées.

Un univers professionnel trépidant, inutilement stressant, de plus en plus stérile et stérilisant, criant d’iniquité  voire inhumain: l’œuvre de l’Esprit Saint !

Et dans nos paroisses de France : la culture de la niaiserie, la geignardise généralisée, l’infantilisation forcée (y compris pendant la liturgie), l’autosatisfaction autiste. Tout cela excusé et justifié au nom de l’amour mal compris !

L’œuvre de l’Esprit de sainteté ?

« Amen, Amen, je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas, vous mourrez dans votre péché ».

La vie humaine est une aventure à haut risque, ce risque, Dieu le partage avec nous : voilà ce qu’il fallait dire aux hommes et aux femmes de ce monde privé de toute transcendance, abruti de loisirs et de jeux télévisés.

Dieu dit vrai, vrai est son amour, vraie sa Parole. Mais vraies aussi ses exigences envers ceux et celles qui ont cru en sa Promesse. Et vrai sera son Jugement. Voila ce qu’il faut leur dire.

Il y va de l’avenir du christianisme, il y va des conditions de sa diffusion et de sa transmission, il y va d’une histoire vieille de quatre millénaires, il y va des droits de Dieu et de ceux de l’humanité.

Et accessoirement, il y va de notre honneur et de l’honneur de l’Eglise de France.

Nos Evêques de France auront à rendre compte de leur silence.

Ils auront à rendre compte du sang des enfants petits qu’ils ont abandonnés aux nouveaux dieux sanglants de la République, sans même livrer bataille.

Messieurs les Evêques de France, vous êtes de mauvais pasteurs !

Marion Duvauchel

Professeur de lettres et de philosophie

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

Achetez vos livres sur MPI
Vous faites travailler ainsi des libraires français et soutenez MPI
PORT à 1 cts A PARTIR DE 64 € D'ACHAT !

Retrouvez votre librairie sur livres-et-idees.com
avec plus de 10.000 références !

La compagnie des ombres par Michel De Jaeghere

14,90 €
Ajouter au panier
Le passé ne meurt pas par Jean de Viguerie

19,00 €
Ajouter au panier
Une élite sataniste dirige le monde par Laurent Glauzy

23,00 €
Ajouter au panier

Cliquez ici pour voir votre panier et passer votre commande

10 commentaires

  1. Il y a longtemps que les « évêques » de France, qui n’ont plus la Foi, ne sont plus des pasteurs, mais des gérants de l’effondrement programmé de l’Eglise. Avec Imbroglio 1er à leur tête, cela ne va faire qu’empirer: l’Eglise est éclipsée.

  2. Madame,
    Vous y allez fort ! Que faites vous de la parole du premier des évêques, celui de Rome, qui ne mâchent pas ses mots sur la modernité et ses déviances ; propos relayé depuis reum novarum, encyclique de la fin du XIX°s. qui renvoie dos à dos les dérives du matérialisme communiste et capitaliste ? Je passe sur toutes les encycliques liées au moeurs et qui ont valu à l’église auprès de la population dans les pays riches et consuméristes un certain discrédit…Que faites vous de la parole de certains évêques français (alors, ce n’est peut-être pas tous les évêques, mais certains ont clamé haut et fort leur avis à contre courant), qu’il s’agisse par exemple de Mgr Vingt-Trois, de Mgr Barbarin, de Mgr Di Falco, et d’autres encore ? Enfin, dernière remarque : dire de l’Eglise de France qu’elle confond la dépravation ambiante (et pécheresse) avec l’oeuvre de l’Esprit, c’est quand même faire de gros amalgames. Je vous renverrais à la parole de l’Evangile de Jean qui nous rappelle que, quoique de ce monde, nous ne sommes pas du monde. Pour autant, c’est bien dans ce monde qu’il faut descendre et y annoncer. Après la Transfiguration sur le Mont Thabor, Jésus envoie ses disciples auxquels ils demandent de « redescendre ». « Redescendre » et aller vers les autres n’est pas se vautrer ; être chrétien n’est pas snober le monde. Sans l’idolâtrer, c’est ne pas refuser d’essayer de faire que la Lumière brille jusque dans les ténèbres. De cela aussi, des comptes nous serons demandés. Humblement, en vérité mais aussi dans la charité (psaume 84), c’est cette lumière qu’il nous est demandé d’essayer de reflèter dans le monde. Cordialement, c’est à dire avec le coeur, un catholique pratiquant, pauvre pécheur racheté par le Sang de Jésus.

  3. RAYNAUD Yves says:

    Formés dans les séminaires à l’ école du marxisme, les prétenduments  » Evèques de France montrent à la face de tous les Catholiques le visage des renégats. Ayant trahi leur mandat de transmetteur de la Foi, ayant accepté et même promu la théorie de la libération, ayant rompu la chaîne de la tradition pour imposer une nouvelle « religion » égale à toutes les autres fausses religions, il ne sont même plus capables de défendre l’ homme qu’ ils ont pourtant mis à la place de Dieu dans leur religion moderniste. Ils ont abandonné leurs brebis qui sont égarées hors de la bergerie. Leurs églises sont vides . Les pratiquants rarissimes , quelques pour cent qui cherchent Dieu en quête de pasteurs. Ils n’existent qu’ au rythme médiatique de conférences…. que commente une presse nauséabonde .

  4. Olivier M says:

    Excellent texte, profond et vrai.
    Contrairement à L08, je ne trouve pas que vous « y alliez fort » puisqu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe autour de nous et quels sont les fruits d’une Eglise homo-centrée.
    Il reste malgré tout quelques rares (très rares!) évêques qui s’engagent pour la Vérité et qui combattent avec courage, tels Mgr Aillet par exemple.
    Les autres (Falco, Barbarin, Vingt-trois, etc.), en dépit de timides et inaudibles propos condamnant le mariage gay ou la théorie du genre, sont muets depuis 30 sur l’avortement et ses millions de morts. En revanche, on les entend effectivement vociférer et condamner à tour de bras contre le Front National…
    A lire sur le sujet, le remarquable « livre noir des évêques de France » de Rémi Fontaine.

  5. de la Croix says:

    magnifique description de la triste … plutôt scandaleuse attitude des évêques de France ( hormis 5 ou 6 … Rey , Aillet Cattenoz , …mais certainement pas ceux cités par cette personne progressiste LO8 qui n’ose même pas signer de son nom…

  6. Aude Wessel says:

    A tous ceux qui pensent que l’Eglise a trop de poids dans la vie de la cité, il faut rappeler quelques chiffres:
    – un Français sur 20 seulement va à la messe
    – ce chiffre diminue chaque année
    – il meurt en France dix prêtres pour un seul qui est ordonné.

    Alors, il suffit d’un peu de patience…

  7. Comme mise à jour de la situation actuelle des évêques de France, il est difficile de faire mieux ou d’ajouter.
    Cependant, cette situation ne vaut pas que pour la France, elle s’étend au monde entier avec des nuances, mais toujours avec la même désorientation de base. l’Église a été flouée il y a cinquante ans par un commando
    de progressistes et de schismatiques dirigés et soutenus toujours par la même organisation qui a combattu le Christ depuis les origines: la SYNAGOGUE. Quand je pense que durant ces assises traitresses, le card . Béa faisait la navette entre New York et Rome avec mallette pleine de fric et les instructions de AMERICAN JEWISH CONGRESS, il n’y a pas lieu de se surprendre, le travail de sape de l’Église avait commencé bien avant.
    Il faut absolument lire une fois l’Histoire du complot de la HAUTE VENTE et des papiers secrets des Carbonari tombés dans les mains de Grégoire XVI pour comprendre que nous vivons une époque qui avait été préparée par les sociétés secrètes plus d’un siècle auparavant. Une de ces lettres, écrite entre deux membres et tombée entre les mains d’un prélat du Vatican,
    ne cachait pas l’ambition des adversaires éternels de l’Église. Nous ambitionnons de: «  faire une révolution
    en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière« ,et pour cela « nous avons besoin d’un pape
    selon nos besoin« . Il est impossible de comprendre la chute dramatique du catholicisme de 1960 à aujourd’hui,si l’on n’est pas au fait de cet immense complot maçonnique.
    Que le peuple catholique ne le saisisse pas encore, c’ est normal, mais il faut y parvenir en ne se lassant pas de faire connaître la vérité. Tout ce que nous vivons actuellement, si difficile et douloureux que ce soit, n’est pas advenu par hasard, c’est un résultat d’un plan bien travaillé depuis longtemps qui tarde à être exposé aux catholiques. Nos papes de la fin du 19e siècle et de la première moitié du 20e ont manqué de vision sur la gravité de l’invasion de l’Église par ces mercenaires qui se cachaient sous des peaux de moutons.
    Cécilien

  8. Pingback: Marion Duvauchel : Théorie du genre – Messieurs les Evêques de France, vous êtes de mauvais pasteurs… | Austremoine.org

  9. Struyven says:

    Je ne peux hélas que rejoindre, en général, les propos tenus dans les commentaires ci-dessus. J’ai souvent été très triste d’entendre ce silence assourdissant de nos Evêques. Pas tous heureusement. Mais au lieu de critiquer ce qui n’est pas constructif, le Seigneur nous demande de prier pour eux. Et je pense que ce qui parait impossible à l’homme est possible à Dieu.Prions l’Esprit-Saint qui peut transformer tout homme ! Merci.

  10. Struyven says:

    Lire ma réponse au nom de Struyven.

Laisser un commentaire

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com