Tandis qu’Emmanuel Macron, président d’une République française en déliquescence, gesticulait à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi 20 septembre, devant un parterre vide, Vladimir Poutine fignolait ce qui restera un discours historique. Historique parce qu’il impose un tournant dans le conflit qui oppose la Fédération de Russie à l‘Ukraine en premier, à l’OTAN et à l’Occident en réalité.

Ce matin mercredi 21 septembre, les paroles du Président russe ont retenti dans le monde, et auront certainement donné des sueurs froides à Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, et à maintes chancelleries européennes, occupées jusqu’à maintenant à obéir sans discernement aux ordres de leur suzerain les Etats-Unis. Des ordres dont elles n’ont pas su percevoir la dangerosité menant à une escalade guerrière des deux côtés.

Si Zelesnky a essayé de minimiser la portée des paroles poutiniennes en disant qu’il ne « ne croit pas » à l’utilisation d’armes nucléaires de la part des Russes en défense de leurs territoires, Washington les prend plus au sérieux. Les connaisseurs de Vladimir Poutine ne cessent pourtant de le dire tant depuis le début du conflit en février 2022 qu’auparavant : il faut le prendre au sérieux, il dit ce qu’il va faire et il le fait !

Dans son discours de ce matin, Poutine a d’abord fait un point sur la situation dans le Dombass depuis 2014 et le déclenchement d’une opération militaire spéciale en février 2022 qu’il a corrélée avec l’implication occidentale contre les Russes de ces régions.

Il a insisté sur le devoir russe « de protéger la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de la Russie, de soutenir le désir et la volonté de nos compatriotes de déterminer leur propre avenir et de la politique agressive d’une partie des élites occidentales, qui luttent de toutes leurs forces pour maintenir leur domination ». Ainsi il a annoncé une mobilisation partielle dans la Fédération de Russie :

« Je le répète, nous parlons spécifiquement de mobilisation partielle, c’est-à-dire que seuls les citoyens qui sont actuellement dans la réserve seront soumis à la conscription, et surtout ceux qui ont servi dans les forces armées, ont certaines spécialités militaires et une expérience pertinente ».

Et la tenue de référendums :

« Les parlements des républiques populaires du Donbass, ainsi que les administrations militaro-civiles des régions de Kherson et de Zaporozhye, ont décidé d’organiser des référendums sur l’avenir de ces territoires et se sont tournés vers nous, la Russie, pour nous demander de soutenir une telle démarche.

« Permettez-moi de souligner que nous ferons tout pour assurer des conditions sûres pour la tenue de référendums, afin que les gens puissent exprimer leur volonté. Et nous soutiendrons la décision concernant leur avenir, qui sera prise par la majorité des habitants des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, des régions de Zaporozhye et de Kherson. »

« Le but de cet Occident est d’affaiblir, de diviser et finalement de détruire notre pays », a martelé Poutine dans ce discours à la nation. « Ils disent déjà directement qu’en 1991, ils ont pu diviser l’Union soviétique, et maintenant le moment est venu pour la Russie elle-même, qu’elle devrait se désintégrer en de nombreuses régions et zones mortellement hostiles. Et ils planifient de tels plans depuis longtemps » a-t-il souligné en faisant référence à des nombreux plans de partition de la Fédération de Russie dessinés dans des conciliabules pas si secrets que cela par des « élites » occidentales, européennes et américaines. Le dernier en date eut lieu à Prague cet été : le Forum des nations libres de Russie, un événement organisé pour donner la parole aux dirigeants des mouvements séparatistes dans diverses républiques russes, de la Baskirie au Tatarstan, sous l’œil des caméras de certains médias, et sponsorisé par les Etats-Unis où l’on avait déjà discuté en juin de la « décolonisation de la Russie » en tant qu’ « impératif stratégique ».

Conscient de devoir apporter de nombreuses explications, Vladimir Poutine a explicité le refus de Kiev a une solution pacifique du problème du Dombass sur ordre de l’Occident :

« Ce que je veux dire publiquement, aujourd’hui, pour la première fois. Déjà, après le début de l’opération militaire spéciale, y compris les pourparlers d’Istanbul, les représentants de Kiev ont réagi très positivement à nos propositions, et ces propositions concernaient principalement la garantie de la sécurité de la Russie et de nos intérêts. Mais il est évident que la solution pacifique ne convenait pas à l’Occident, c’est pourquoi, après la conclusion de certains compromis, Kiev a en fait reçu l’ordre direct de perturber tous les accords. »

Et ajoute-t-il :

« L’Ukraine a commencé à être encore plus gonflée d’armes. Le régime de Kiev a lancé de nouveaux gangs de mercenaires étrangers et de nationalistes, des unités militaires entraînées selon les normes de l’OTAN et sous le commandement de facto de conseillers occidentaux. »

« Dans sa politique anti-russe agressive, l’Occident a franchi toutes les limites » estime-t-il en énumérant les menaces et l’aide occidentales à l’Ukraine : 

« Nous entendons constamment des menaces contre notre pays, notre peuple. Certains politiciens irresponsables en Occident ne parlent pas seulement de plans visant à organiser la fourniture d’armes offensives à longue portée à l’Ukraine – des systèmes qui permettront des frappes contre la Crimée et d’autres régions de Russie. De telles frappes terroristes, y compris avec l’utilisation d’armes occidentales, sont déjà menées sur les colonies frontalières des régions de Belgorod et de Koursk. En temps réel, à l’aide de systèmes modernes, avions, navires, satellites, drones stratégiques, l’OTAN effectue des reconnaissances dans tout le sud de la Russie. »

« A Washington, Londres, Bruxelles, continue-t-il, ils poussent directement Kiev à transférer les opérations militaires sur notre territoire. Ne se cachant plus, ils disent que la Russie doit être vaincue par tous les moyens sur le champ de bataille, suivie de la privation de toute souveraineté politique, économique, culturelle, en général, avec le pillage complet de notre pays. »

Partie certainement la plus commentée ces dernières heures, – « bluffe-t-il ou non ? » se demandent les politiciens occidentaux -, Poutine n’hésite pas parler du chantage nucléaire des Occidentaux, leur renvoyant ainsi la responsabilité de l’irresponsabilité de l’usage de l’arme nucléaire :

« Le chantage nucléaire a également été lancé. Nous parlons non seulement du bombardement de la centrale nucléaire de Zaporozhye, qui est encouragé par l’Occident, qui menace d’une catastrophe nucléaire, mais aussi des déclarations de certains représentants de haut rang des principaux Etats de l’OTAN sur la possibilité et l’admissibilité d’utiliser des armes de destruction massive contre la Russie – des armes nucléaires.

« A ceux qui se permettent de faire de telles déclarations sur la Russie, je voudrais rappeler que notre pays dispose également de divers moyens de destruction, et pour certaines composantes plus modernes que ceux des pays de l’OTAN. Et si l’intégrité territoriale de notre pays est menacée, nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple. »

« Ce n’est pas du bluff » conclut-il.

Message sans nul doute à prendre au sérieux.

Francesca de Villasmundo

   

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