Ce texte est une tribune libre.

Cela signifie que MPI ne partage pas obligatoirement ce qui est dit,

mais estime qu’il est intéressant de le porter à la connaissance de ses lecteurs.

J’ai assez bien connu François Fillon dans le temps[1]. A l’époque, je barbotais maladroitement dans les eaux mêlées du RPR chiraquien . Fillon , lui, surfait déjà avec souplesse et élégance  sur les bosses et les pentes toujours traitresses d’un parti perpétuellement convulsé car traversé par les vents contraires, ceux des ambitions politiques rivales. Mais déjà Napoléon perçait sous Bonaparte. C’était un homme séduisant.

Nous avions sympathisé. Je l’avais invité à déjeuner dans la  jolie petite salle à manger de la modeste banque municipale que j’animai alors. Nous avions gravement évoqué le rééquipement de l’armée française en blindés, sujet qui passionnait encore l’ancien directeur à l’OTAN que j’étais. J’avais été frappé par son pragmatisme et son penchant pour le sens commun, qualités qui, apparemment ,  ne l‘ont pas quitté et qui ne vont pas manquer de lui servir grandement .

Il n’a guère changé depuis cette époque. C’est un homme qui attire spontanément la sympathie. Mais il faut y ajouter aujourd’hui une prestance « très présidentielle ». Il fait preuve maintenant d’ une tranquillité affichée, d’une sérénité profonde, celle d’un homme sûr de lui-même, de ses convictions, et de sa capacité de convaincre.

A cet égard, j’ai été, à titre personnel,  très impressionné  par sa façon  assurée, sans s’agacer ou s’énerver le moins du monde, de répondre à toutes les multiples questions pièges posées par des journalistes de la télévision, volontiers agressifs et  manifestement décidés à le déséquilibrer pour lui faire perdre son sang-froid. Peine perdue.

Quelle différence avec son challenger, le malheureux Juppé, ce grand dadais landais filiforme, toujours crispé et sous pression, décidé à s’imposer et à dominer par la force , sans séduire. Adjoint aux Finances de Jacques Chirac, alors maire de Paris, il s‘était mis en tête, on ne sait pourquoi, de me déloger, estimant que la petite banque dont j’avais la charge vivait sur un pied de luxe excessif, indigne d’un établissement bancaire microscopique : c’était « Fouquet faisant de l’ombre à  Louis XIV à Vaux -le-Vicomte ».

 ll n’a jamais  pu se défaire -on l’a bien vu avec les séances « canapé «  de la campagne des Primaires- d’une espèce de raideur innée, rappelez-vous « Monsieur droit dans ses bottes » des grèves de 1995, en bref, un personnage qui n’inspire guère la sympathie.

Je suis, pour ma part, convaincu que le duel entre Juppé et Fillon, nourris dans le même sérail, avec des programmes politiques quasi jumeaux , s’est réglé pour l’essentiel au « physique » , à l’affectif » à l’empathie que l’un ou l’autre pouvaient susciter chez le public. Entre Fillon , le sympa, et Juppé, l’antipathique, c’est le premier qui a gagné, et qui s’est imposé au final.

                                                           ***

Ceci étant, rien n’est encore joué , loin de là. En premier lieu, les Primaires ne sont , après tout, que des « Primaires »,  des élections partielles qui ne rassemblent qu’une partie de la Droite, et aussi une fraction du corps électoral.

Mais il y a le reste. Il se décompose, pour faire simple, en trois blocs : soit la droite classique, plus ou moins dispersée, celle qui  votera Fillon sans états d’âme. Puis  le Front national , qui représente entre le quart et le tiers des voix.  Enfin la Gauche éternelle, l’ineffable Gauche,  laquelle moisie, faisandée, désarticulée certes, mais qui reste la gauche de toujours, inusable, immuable. Celle des « bobos parisiens » mais aussi des fonctionnaires , dont beaucoup ne servent à rien  si ce n’est de fournir des bataillons de voix à la gauche aux élections, aussi les durs de la CGT et du syndicat Sud de la SNCF. Ceux-là ne rendront pas les armes  sans combats , lesquels promettent d’être  acharnés. Que de grèves , que de manifestations en perspective.

Cette gauche reste toujours  capable de se mobiliser au son du clairon de la République à chaque occasion contre « le fascisme », la bête immonde, toujours prête à afficher sa hure sur la scène politique. C’est manifestement le portrait robot de François Fillon. Pensez donc : un homme de droite, libéral de surcroit. Et qui s’affiche sans pudeur comme catholique  pratiquant et père de famille. Mais quelle horreur. C’en est trop  . Où son impudence va-t-elle s’arrêter ? Au secours les laïques, les bobos parisiens de la presse et des médias, les hussards noirs de la République. A nous les bataillons serrés des fonctionnaires. Ils seraient trop nombreux , paresseux et trop  payés ? On peut-être bien . Mais ils seront toujours prêts à faire grève et à manifester dans la rue pour le salut de la nation. Au secours, la Droite revient.[2]

Mais le meilleur ennemi du moment de François Fillon reste  le Front national. Pourquoi ? C’est pourtant bien simple. Votre premier rival et le plus dangereux  est toujours votre proche cousin,  celui  qui vous ressemble peu ou prou. Car     Fillon possède cette redoutable capacité de « siphonner » sournoisement une partie des voix du Front national, celles de ceux qui voudront, pour une fois, « voter » utile. Et cela est intolérable, insupportable, ne laissant à notre chère Marine  qu’un parti exsangue, laminé. Il serait alors ramené à une poignée irréductible de nostalgiques du Maréchal Pétain et de l’ antisémitisme. Ils seraient frileusement regroupés autour de l’ étrange compagnon de route de Marine, l’étatiste Philippot, dont les orientations personnelles bien connues n’en font pas vraiment un porte- drapeau très représentatif de la famille traditionnelle française. Pas de quoi revendiquer hautement le beau titre de premier parti de France. Il faut donc à toute force conjurer cette perspective désastreuse et combattre ardemment Fillon, le père de famille, le libéral , le catholique, bref le diable incarné.

Ne nous y trompons pas. Fillon est désormais le cauchemar, l’Antéchrist du Front national.

                                                           ***

Mais ceci étant restera le plus dur à faire : mettre en œuvre ce projet de résurrection de l’économie française.

 A vrai dire, le programme de François Fillon n’a rien de révolutionnaire, quoiqu’en disent les gogos des médias toujours prompts à remplacer les idées par des clichés. C’est du gros bon sens qui s‘impose de lui-même comme une évidence. Mais encore faut-il que le patient soit en mesure de supporter la médecine administrée sans se cabrer au risque de tout  mettre par terre irrémédiablement[3]. C’est qu’il faut  faire revenir cette économie de loin, après trente ans sous la droite démagogique et la gauche avilie, de laisser-aller, de compromis,  de combines plus ou moins légales , voire de stupidité pure et simple comme les 35 heures[4].

Dans ce maquis épais et quasi impénétrable de privilèges inacceptables , d’occupations parasitaires, de rentes de situation injustifiables , il va être très ardu de faire pénétrer un peu de lumière et d’ordre. En effet ces réformes, indispensables, vont faire mal , très mal, et très longtemps. Et Dieu sait que nous autres Français, nous sommes douillets à l’extrême.

Car Il va s’avérait nécessaire de marcher sur quantités de pieds sensibles, de piétiner au passage une multitude de plates bandes. Mais c’est la loi du genre. Les réformes, surtout en France, sont toujours douloureuses et mal vécues car ressenties comme une intolérable injustice.

Or il faudra bien élaguer, raser, débusquer les privilèges et les privilégiés. Une tâche quasi insurmontable  qui va requérir infiniment de doigté et de fermeté de la part du chef de l’Etat. Il lui faudra également beaucoup   de détermination et de continuité dans l‘action ainsi que le soutien d’une forte proportion, non seulement de l’opinion ,  mais aussi des corps intermédiaires, sans lesquels rien de sérieux ne pourra se faire.

Après tout, le président de la République n’est nullement, et fort heureusement, un Dieu tout puissant. Sa capacité d’agir est limité par les institutions et par les textes, et aussi les hommes qui les mettent en  oeuvre. Sinon, ce sera une levée de boucliers gagnant de proche en proche susceptible de bloquer tout le processus et de le faire retomber dans le marécage dans laquelle notre pays patauge allègrement depuis une trentaine d’années. C’est  une véritable révolution culturelle à opérer.

Or , paradoxe obligé de l’exercice, il  sera nécessaire  de faire vite, très vite, en profitant  d’un état de grâce que l’on sait , par définition, provisoire, aussi longtemps que les Français à la mémoire courte n’auront  oublié les miasmes de l’époque Hollande. Mais en même temps, il faudra agir dans  la durée, laisser « du temps au temps », comme aimait à le dire  le cher François Mitterrand.

 Le fâcheux de l’entreprise est que les douleurs de la réforme vont se faire sentir dans l’immédiat, nourrissant d’entrée de jeu un fort mécontentement contre les nouveaux responsables politiques, alors que les bénéfices attendus mettront forcément plus de temps à apparaitre, et encore de façon indirecte, donc difficile à percevoir.

La réforme est un exercice ingrat et la réforme en France est un exercice quasi impossible. Or nous n’avons pas ici la  chance de pouvoir tirer profit du  traumatisme libérateur de la fin de la guerre d’Algérie pour débloquer le système comme l’avait fait de Gaulle en son temps.

Alors, Fillon le magicien devra faire appel à tout son charisme pour faire passer la pilule. Mieux encore, il doit en faire un programme de survie s’appuyant sur un  sursaut national  rassemblant toutes les forces vives de la nation.

[1] J’étais à l’époque secrétaire national du RPR pour les questions économiques avant de rompre avec le maire de Paris sur les problèmes d’immigration. Il ne faut jamais avoir raison trop tôt.

[2] On remarquera au passage que l’avènement de Fillon fait deux victimes collatérales, Emmanuel Macron et Marion Maréchal Le Pen . Au moins pour le moment.

[3] C’est bien ce qui s’est produit en 1995 contre le programme réformateur d’Alain Juppé. Cela lui a forcément  laissé de mauvais souvenirs. D’où sa prudence ultérieurement.

[4] Qui auraient coûté, dit-on, i % de croissance par an à l’économie française : une paille. A cet égard , avez- vous remarqué à quel point le visage de  Martine Aubry, la mère de 35 heures présente une singularité frappante,   une toute petite bouche , de tout petits yeux plaquée sur une   tête volumineuse. Comme si la nature avait  voulu nous avertir de à qui on avait affaire.. Je me suis toujours demandé si sa cervelle était constituée en proportion. Mais bref).

 

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