Sommes-nous en train d’assister à la fin d’une ère dans les Balkans ? la question mérite d’être posée. Pour en  vérifier l’hypothèse au plus près,  je vous propose de commencer par un aperçu de la chronologie des Balkans.

L’histoire des Balkans ne peut être envisagée sans le peuple Serbe tant il a joué un rôle majeur, les populations Slaves s’installèrent dans la région au VIIème siècle. Au moyen âge un état Serbe se constitua progressivement, dirigé par la dynastie Nemanjic atteignant son apogée au XIVème siècle, fondé par Stefan Nemanja (pour qui la Serbie vient d’ériger une monumentale statut au cœur de Belgrade) son fils Rasko de son prénom de naissance fondera lui l’église orthodoxe Serbe ayant refusé la vie de prince qui lui était destinée, il part au monastère afin de devenir moine. Son nom sera désormais Saint-Sava, il est aujourd’hui le Saint patron de la Serbie (la Basilique de Belgrade porte son nom, les travaux s’achèveront définitivement dans le courant de cette année). Stefan le père suivra les pas de son fils finira sa vie en Hermite se retirant au monastère sous le nom de Saint Syméon. Une identité nationale est née et ne quittera plus le peuple Serbe, cette identité est profondément Chrétienne, roi, peuple, tous plis le genou devant le Christ-Roi. Le peuple suivra la longue tradition des peuples martyrs Chrétiens, au XIVème siècle le royaume Serbe est progressivement conquis par les Ottomans est restera sous leurs jougs pendant cinq siècles. Monastères et églises incendiées, oppression envers la population, tentative de convertir le peuple à l’islam etc… Le peuple Serbe gardera en tête ses martyrs qui ont combattu en l’année de 1389 sur le champ des Merles au Kosovo. Au XIXème siècle la Serbie, se soulève contre son oppresseur, regagne son indépendance est créée le Royaume de Serbie. Après la Première Guerre mondiale, se constitua progressivement un rassemblement de tous les Slaves du sud autour de la monarchie serbe. La Deuxième Guerre mondiale à laquelle la Serbie a pris part en tant que résistance au IIIe Reich allemand, prendra une tournure inattendue. Initialement la résistance était représentée par les “Tchetniks” armée monarchiste et chrétienne, qui freinera les armées allemandes par le sabotage des voies de transports et une guérilla incessante. Hitler dans son testament politique attribuera un rôle important à son échec dans l’Est par le retardement subit dans les Balkans. Cependant, les alliées trahiront les armées monarchistes Serbe qu’ils déclaraient pourtant comme héros, par un retournement de veste aux profits des armées partisanes d’inspiration communiste dirigé par Josip Broz Tito. Le général De Gaulle dénoncera cette supercherie et refusera de rencontrer Tito, qu’il traita de sauvage, d’usurpateur et accusera de voler ses victoires au Général des armées royalistes Draza Mihailovic, que Tito fera assassiner à la fin de la guerre. Suivra le long règne de celui que l’on appela le Maréchal, période que beaucoup de serbes voit aujourd’hui comme une période sombre de leurs histoires, qui prendra fin logiquement suite à toutes ses contradictions.

Nous pouvons à présent revenir au vif du sujet. Dans le début des années 90, suite à l’effondrement du communisme, le nationalisme réapparait partout dans ce chaos : l’idée d’une union des Slaves du Sud parait lointaine. Croates, Slovènes, Musulmans, Serbes et Albanais tous veulent leurs états. Le problème qui se pose concerne les régions multi-ethnique : comment partager ? Apparait à ce moment l’ingérence Occidentale (sujet de cet article), qui prétend venir apaiser les esprits, la suite des événement parlent d’eux-mêmes et on ne peut conclure d’une réussite. Néanmoins, les responsabilités qui en découlent, le drame qui s’est produit dans les Balkans nous est vendu sur le dos d’un seul fautif, il s’agit bien entendue du peuple Serbe. Depuis, une omerta est née, une histoire officielle à l’idéologie manichéenne dont on ne peut contester les faits. Comme pour les événements de la Seconde Guerre mondiale dont je ne développerai point les tenants et les aboutissants, n’étant pas le sujet de l’article.

Mais aventurons-nous juste le temps d’un instant, et si les évènements s’étaient déroulés autrement ? Dans l’actualité deux “États” me paraissent intéressant commençons par le Kosovo, dans la narration officielle le Kosovo est une ancienne région de la Serbie qui s’est libéré de l’emprise de Belgrade par son “armée de libération” appelé UCK, cette milice a été soutenue de manière casi unanime par les occidentaux. À l’époque des faits l’UCK est considéré par la Serbie comme une organisation terroriste. Pourtant avec l’énorme soutient occidentale l’UCK prend de l’ampleur, je ne passerai pas en revue tous les éléments douteux qui ont légitimisé l’intervention occidentale. Néanmoins des faits irrévocables vont suivre : une pluie de bombe déferle sur Belgrade et toute la Serbie, justifié par des crimes qu’auraient commis les Serbes sous le régime de Milosevic. Le point de vue des Serbes n’est pas le même, ils prétendent avoir tenté de défendre leurs minorités sur place contre ce qu’ils estimaient être un danger, à l’époque des faits, Belgrade considérait les membres de l’UCK comme des criminels de guerre, des mafieux, des assassins et un danger pour toute la population du Kosovo. Aujourd’hui, l’ancien homme fort Kosovar Hashim Taçhi est actuellement accusé de crimes de guerres au TPY, il a démissionné de son poste de président plusieurs autres membres de l’UCK sont également inculpés. De plus, les dernières votations au Kosovo ont montré exaspération de la part de la population et une envie de changement radicale. Aussi, la liste des soupçons à l’encontre des anciens membres de l’UCK ne s’arrêtent plus : trafic de drogue, trafic d’organes etc… Dénoncés par les occidentaux qui par le passé les soutenaient. Tous ces contrecoups paraissent étonnants sur un point : les médias occidentaux aujourd’hui dénoncent la forme mais jamais le fond pourtant après de tels rebondissement il me parait essentiel de se poser des questions sur le fond de l’intervention occidentale dans les Balkans.

Deuxième état qui mérite notre attention est le Monténégro [NDLR : voir ci-dessus une courte vidéo de présentation d’un film consacré à l’éclatement du Monténégro], peuple de Slaves orthodoxe le Monténégro dans son histoire a toujours eu des liens avec la Serbie, logiquement suite au démantèlement de l’ex-Yougoslavie sera créé la Serbie et Monténégro. L’homme politique fort de la région Milo Djukanovic, d’abord proche du gouvernement Milosevic, s’éloignera progressivement de Belgrade. Se rapprochant des diplomaties occidentales. En 1998 il est élu président de la République, dans des élections contestées, de violentes manifestations éclatèrent. Il garde l’appui des occidentaux pourtant de nombreux doutes planent sur lui, étant qualifié par beaucoup comme homme d’état peu intègre. 2006, la reconnaissance de l’indépendance du Monténégro sous la pulsion de Milo représente pour un grand nombre de Serbes et de Monténégrins une trahison. S’on suivra une série de coups de poignard dans le dos : son gouvernement reconnait l’indépendance du Kosovo en 2008 et intègre l’OTAN en 2016. L’opposition grandi, de nombreux Monténégrins ne comprennent pas ses choix. Il est élu par l’OCCRP( organized crime and corruption reporting project) homme le plus corrompu de l’année en 2015. En 2019, il fait adopter une loi religieuse qui permet de confisquer les biens de l’église orthodoxe Serbe et tente de mettre en place une église Monténégrine montée de toutes pièces. C’est alors le début de la fin pour son régime “la contre révolution colorée” (manifestations pacifique) atteindra jusqu’à 100’000 participants (dans un pays d’un demi-million d’habitants) sous le silence des médias occidentaux. Fin 2020, Milo avec seulement 35% des voies n’est plus en mesure de former un gouvernement, une grande page se tourne dans ce petit état, la coalition qui lui succède est formée par une alliance du parties démocrates et pro Serbe, nul doute que ce changement de rapport de force aura des répercussions dans la région.

Le sentiment d’une vérité caché taraude la psyché collective des Balkans comme une crypte au sens psychanalytique ce secret refoulé, travaillant en profondeur, s’il est révélé menace l’écroulement de tout ce qui a été bâti sur ce mensonge car tout mensonges crée une prédisposition aux mensonges et même la nécessité d’autres mensonges pour le couvrir, la crypte se transforme en abyme. Inversement le dévoilement d’un mensonge menace le dévoilement d’autres mensonges c’est pourquoi on constate encore aujourd’hui bientôt 30ans après les fais une volonté farouche de pérenniser le mensonge sur l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Si l’omerta est brisée nul doute que la légitimité de beaucoup d’événements qui ont suivi cette guerre ressurgira comme le fantôme du passé à la recherche de sa paix.

Zoran GAJIC, envoyé spécial de MPI dans les Balkans

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