Parmi les instrumentalisations les plus récentes de saint François, nous pensons à l’encyclique Laudato Si du pape François sur l’écologie. Pour certains, ce texte a pu sembler traiter un thème d’une importance secondaire. Pour d’autres, il a paru être un simple hors-sujet par rapport à la fonction du magistère.

En réalité – et c’est ce qu’il s’agira de montrer ici – ce document donne la clef de l’orientation de l’Église conciliaire et manifeste au grand jour sa convergence avec la Révolution mondiale. En un second temps, nous verrons comment saint François nous rappelle la vraie vision de la création.

I – L’Encyclique Laudato Si

1 – Ce que l’ennemi pense de l’encyclique

Don Sarda y Salvany, constatant que beaucoup font le jeu de Satan, faute de discerner les pièges de l’ennemi, donne une règle très sûre pour faire le départ entre ce qui est catholique et ce qui est hérétique. « Examinez, dit-il, le genre de personnes qui louent l’oeuvre en question ». Si le courant libéral l’approuve, c’est qu’elle lui appartient (1).

Or, dès la parution de l’encyclique, son auteur a reçu un concert de louanges de la part des grands d’un monde ennemi de Dieu, par exemple de Barack Obama, alors président des États-Unis. Ils y ont vu un allié. Mais sont-ce de vrais amis ? Que pensent-ils ?

2 – Ce que l’ennemi pense de l’écologie 

L’écologie est l’étude des milieux où vivent et se reproduisent les êtres vivants, ainsi que des rapports de ces êtres avec le milieu. Mais cette science, neutre en elle-même, s’est vu instrumentaliser par le courant mondialiste (2). En ses mains, l’écologie est devenue un outil stratégique sur le plan politique et sur le plan religieux.

a) Sur le plan politique

L’écologie a permis la convergence entre le monde communiste et le capitalisme. En effet, l’un et l’autre restant tout aussi matérialistes que les problèmes concernant l’environnement ont permis de trouver des objectifs communs. Et la propagande insinuant que les nations sont incapables de résoudre ces questions, la voie est préparée à l’émergence d’un gouvernement mondial (3).

b) Sur le plan religieux

Depuis la fin du 16e siècle, les sectes secrètes parlent déjà d’une religion mondiale à côté de la république universelle. L’écologie représente une opportunité unique pour y parvenir. En effet, il est facile de passer de la protection de l’environnement au culte de la nature, autrement dit, à la résurrection du paganisme antique. Écoutons ce que disent les pontes du gouvernement mondial : « Pour les anciens, le Nil était un Dieu qu’on vénère, de même le Rhin, source infinie de mythes européens, ou la forêt amazonienne, (4) la mère des forêts. Partout dans le monde, la nature était la demeure des divinités. Celles-ci ont conféré à la forêt, au désert, à la montagne une personnalité qui imposait adoration et respect. La Terre (5) avait une âme. La retrouver, la ressusciter, telle est l’essence de Rio » (6). La Terre est célébrée sous le nom de la déesse antique, Gaïa (7). Et l’homme, dans cet univers, « n’est qu’un élément d’un système naturel beaucoup plus large (8) ». De ce dogme découle une nouvelle morale. « Dans la perspective [du modèle de la Terre considérée comme un corps], le « péché écologique », c’est de refuser de partager avec autrui quand il est dans le besoin X que cet autre dans le besoin soit un être humain ou le monde naturel » (UNEP) (9).

L’obstacle à cette vision du monde, c’est le « judéo-christianisme », c’est-à-dire le christianisme spécialement quant à « la relation entre Dieu, l’Homme et la Nature exposée dans la Genèse (10) « . Ils sont nombreux, les textes émanés des instances mondialistes et qui attaquent ainsi le christianisme. Dieu a créé l’homme à son image. Mais l’homme doit sa soumission à Dieu, et depuis l’incarnation rédemptrice, il la doit au Fils de Dieu fait homme, le Christ-Roi. La Révolution a détrôné Jésus-Christ, l’homme s’est fait Dieu ; il s’est enivré de ses découvertes. Aujourd’hui, la Révolution achève son œuvre en détruisant la supériorité de l’homme sur les autres créatures. Et avec cynisme, elle rend le christianisme responsable de la vision prométhéenne de l’homme qu’elle a elle-même générée.

Pour renverser l’obstacle qu’est le christianisme, la Révolution prêche un « changement de paradigme (11) ». Ce terme, emprunté au vocabulaire New Age, signifie « cadre de pensée », « vision des choses ». Ce changement de penser est la phase actuelle de la révolution mondiale. L’un des principaux chantres de ce changement est l’ancien secrétaire général du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev, « Nous avons besoin, dit-il, d’un nouveau paradigme qui nous ramènera à la réalité, reconnaissant que l’humanité est juste un élément de la nature (12) ». Voilà ce que l’ennemi pense de l’écologie. Maintenant, que recherche-t-il, qu’attend-il des chrétiens ?

3 – Ce que l’ennemi recherche : la collaboration

Le communisme, face à un ennemi trop puissant pour être abattu d’un coup, a systématiquement cherché à obtenir sa collaboration, par la pratique de la dialectique. L’avatar moderne du communisme, le mondialisme écologiste, n’a manqué de répandre la même méthode.

La dialectique consiste à créer deux camps, dont l’un doit combattre l’autre jusqu’à extermination. Le parti désigne l’ennemi, selon une stratégie mondiale que lui seul voit. Ce qu’il demande aux chrétiens, ce n’est pas de prêcher le marxisme, mais de mener au même moment un combat politique contre le même ennemi (13). Même s’ils restent doctrinalement antimarxistes, le communisme a dès lors obtenu l’essentiel. D’ailleurs, il sait que la praxis finit par faire pénétrer le marxisme dans les esprits.

Ici, les deux camps sont les « exploiteurs » de la Terre, et les écologistes. Il s’agira d’obtenir des chrétiens qu’ils luttent contre les « exploiteurs » aux côtés des écologistes. Le temps fera le reste.

4 – Le texte de l’encyclique Laudato Si

Dès le début, le pape souligne « l’urgence et la nécessité d’un changement presque radical de comportement de l’humanité » en matière écologique (n° 4), changement qualifié de « conversion écologique globale » (n° 5). Il ne dédaigne pas de reprendre le vocabulaire écologiste, appelant à un changement de « paradigme » : Il s’agit de lutter (14) contre le « paradigme technocratique » (n° 106 sp), par « un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité » (n° 111). Et d’insister sur le fait que « tout est lié (n° 86), interdépendant. Bref, l’urgence du moment coïncide avec celle désignée par la Révolution mondiale.

Enfin, l’idée qui éclaire toute l’encyclique est la suivante : « Le Fils, qui reflète [le Père], et par qui tout a été créé, s’est uni à cette terre quand il a été formé dans le sein de Marie. L’Esprit, lien infini d’amour, est intimement présent au cœur de l’univers en l’animant et en suscitant de nouveaux chemins » n° 238). « Le Seigneur de la vie qui nous aime tant […] s’est définitivement uni à notre terre » (n° 245). Cette idée est le prolongement de l’affirmation conciliaire :  » Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme (15) « . Certes, Laudato Si va plus loin que le Concile, mais l’orientation immanentiste est déjà présente en celui-ci. Ajoutons que cette idée d’union définitive de Dieu avec le monde est déjà largement présente chez Jean-Paul II et Benoît XVI (16).

Et la morale qui découle de cette doctrine se résume ainsi : en respectant la nature, l’homme respecte la loi de Dieu et le prochain.

Certes le texte de l’encyclique n’avalise pas explicitement le paganisme écologiste ni son antichristianisme foncier, mais ne le combat pas, au contraire. « Le mouvement écologique mondial a déjà parcouru un long chemin, digne d’appréciation ». Mais le pape regrette que tous ces efforts se soient heurtés à l’indifférence (n° 14). L’on comprend mieux les applaudissements des grands de ce monde à la publication de cette encyclique : ils ont obtenu leur victoire essentielle : la collaboration. Le temps fera le reste.

Et saint François ? Il est décrit comme « l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité ». Il a vécu « en harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même » (n° 10). Dès le n° 1, le pape cite la strophe du Cantique des créatures où saint François loue le Seigneur pour « notre mère la terre ». Nous verrons en quel sens il faut entendre cette attitude de saint François. Somme toute, l’évocation de ce grand saint reste très superficielle.

5 – Une confirmation : le Synode sur l’Amazonie

On pourrait dire que les rapprochements entre Laudato Si et l’écologisme panthéiste sont tout de même exagérés. Pourtant, cinq ans après l’encyclique, le temps a fait son œuvre. Cette œuvre, c’est d’abord un fait : le culte de l’idole Pachamama au Vatican. L’impure déesse a été gratifiée d’un culte, et un arbre sacré a été planté. La femme indigène qui a présidé cette cérémonie en a elle-même expliqué le sens ! « Planter, c’est avoir l’espérance. C’est croire en une vie qui croît et qui est féconde, pour satisfaire la faim de la création de la Terre Mère. Cela nous ramène à notre origine par la reconnexion avec l’énergie divine et nous enseigne le chemin du retour vers le Père Créateur. Le Synode, c’est planter cet arbre, l’arroser et le cultiver, pour faire que les peuples amazoniens soient entendus et respectés dans leurs coutumes et leurs traditions, en faisant l’expérience du mystère de la divinité présente dans le sol amazonien. L’acte de planter dans le jardin du Vatican […] c’est aussi la dénonciation de ceux qui détruisent la maison commune (17) par esprit de lucre (18). »

Après le fait, l’exhortation post-synodale entérine le panthéisme diffus du synode sur l’Amazonie (19).

Alors, mais seulement alors, des prélats effrayés ont élevé la voix. Cependant, les principes étaient déjà posés dans Laudato Si.

II – Saint François et la nature

1 – Le contexte – l’âme de saint François

Il est vain de sortir de son contexte telle ou telle phrase de saint François pour faire de celui-ci le chantre de l’écologie moderne. Dès lors, le cantique des créatures deviendra une protestation contre les agressions faites à la « Terre ». Il nous tarde de contempler enfin le vrai saint François, celui que nous livrent et ses écrits et ses premiers biographes. C’est dans ce contexte que nous comprendrons les élans de sa tendresse envers les créatures.

« Un des traits les plus singuliers et les moins remarqués dans la piété et l’apostolat de saint François, dit le Père Gratien, est l’importance de la louange de Dieu. Troubadour et chanteur, par un don de nature, François, dès qu’il fut converti, ne cessa pas de chanter, mais il chanta pour louer Dieu et pour inviter les hommes à la louange et au service de Dieu. […] Pour François, pénétré de la grandeur, de la majesté et de la bonté paternelle, le Laude, est une expression simple et ardente de sa piété intime, une source de consolation et de force dans la souffrance, un irrésistible moyen d’apostolat (20) ».

Dans sa première Règle (1221), le dernier chapitre est tout entier une louange divine envers Dieu qui seul est bon ; c’est une exhortation à tous les frères à célébrer le Seigneur à toute heure. Au chapitre 17, le saint s’écrie : « Rapportons tous les biens au Très-Haut et souverain Seigneur Dieu, reconnaissons que tous les biens sont à lui, rendons-lui grâces de tout, car c’est de lui que procède tout bien. » Remarquons l’insistance sur la Bonté divine de qui nous vient tout bien. Nous sommes là au cœur de l’esprit franciscain. Comme le disait justement Pie XII, dans un remarquable discours, « il y a une doctrine franciscaine selon laquelle Dieu est saint, est grand, mais surtout est le Bien, ou mieux encore, le Bien suprême. Pour elle, Dieu est amour, il est d’amour, crée par amour, s’incarne et rachète par amour, c’est-à-dire sauve et sanctifie (21) ».

2 – Le créateur et les créatures

Si donc saint François aime les créatures, c’est à cause de leur Créateur. « Tout absorbé dans son amour pour Dieu, dit un biographe, le bienheureux François discernait parfaitement la bonté de Dieu, non seulement dans son âme, ornée déjà de la perfection de toutes les vertus, mais encore dans toutes les créatures ; aussi les aimait-il d’une affection particulière et profonde (22). »

Puis, dans chaque créature, il voyait un reflet de la divine Bonté. Mais il redoublait de tendresse à la vue des animaux qui symbolisaient plus directement la personne du Christ (23), comme les agneaux. Lorsque saint François loue Dieu pour les créatures, c’est soit à cause du reflet divin qu’il voit en elles, et qui fait jaillir de son cœur une pure louange, soit à cause des bienfaits que Dieu nous donne par elle. C’est ce qui ressort du sens obvie du cantique des créatures. Par exemple : « Loué soit mon Seigneur pour sœur notre mère la terre, qui soutient, nous nourrit et produit toutes sortes de fruits, les fleurs diaprées et l’herbe. »

Le saint François de la nature est inséparable du crucifié de l’Alverne. C’est par la pénitence que l’œil de son âme (24), orné des dons du Saint-Esprit, sut remonter ainsi au Créateur de toutes choses.

Il n’est donc pas surprenant que ce soit à la fin de sa vie que, tourmenté par ses infirmités et éprouvé dans son âme, le Poverello a composé le cantique des créatures, « chant de louanges, cri d’amour, de joie et de reconnaissance envers le Père infiniment bon de cette immense famille qu’est la création entière. (25) » Il voulait que ses frères parcourent le monde en le chantant, et demandent, comme salaire, que leurs auditeurs persévèrent dans la pénitence.

Conclusion

Si nous voulons prendre saint François comme modèle, à son exemple nous ferons pénitence de nos péchés. L’œil de notre âme, purifié par notre conversion, sera dans l’émerveillement pour les bontés de Dieu, visibles et invisibles. Soulevés par la reconnaissance, nous chanterons ses louanges, nous serons les témoins de ses grandeurs dans un monde apostat, et nous réclamerons de celui-ci comme récompense qu’il fasse pénitence, qu’il comprenne que tout le mal vient du péché. Alors, mais alors seulement, tous les problèmes qui découlent du péché – comme la dégradation de l’environnement – disparaîtront.

Frère Laurent, o.f.m. cap.

Voir les précédentes chroniques

Chronique d’Assise n° 01 – Les capucins en guerre !

Chronique d’Assise n° 02 – Trahi et défiguré depuis longtemps

Notes de bas de page

1 – Don SARDA Y SALVANY, Le libéralisme est un péché, ch. 34.

2 – Sur ce sujet, nous ne pouvons que recommander le remarquable ouvrage de Pascal BERNARDIN, L’Empire écologique, d’une brûlante actualité.

3 – Pascal BERNARDIN, ibid., p. 72.

4 – Cette allusion éclaire le Synode sur l’Amazonie (201 9).

5 – Sur ce thème, voir ibid., p. 429-431.

6 – Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU. La conférence de Rio fut un haut sommet en vue d’instaurer un gouvernement mondial.

7 – Ibid., p. 426.

8 – Ibid., 431

9 – Ibid.,

10 – Ibid., p. 41 9. Voir p. 421, 423, 445.

11 – Ibid., p. 26, 62.

12 – Ibid., p. 67, tiré de son livre : À la recherche d’une nouvelle Genèse. Voir p. 69, 383, 456.

13 – Tout ceci est très bien expliqué dans le remarquable ouvrage de Jean MADIRAN, La Vieillesse du monde, DMM, 1 975, 3e partie.

14 –  » Lutter », le terme n’est pas trop fort. Dès le n° 2, le ton est très polémique, usant de mots chargés d’émotivité, dans un langage quelque peu syndicaliste.

15 – Gaudium et spes, n°22.

16 – De nombreux textes sont cités par Pascal BERNARDIN, dans Le crucifiement de saint Pierre, notamment p. 92-99, 1 42-1 48. L’ouvrage entier est très éclairant sur cette question.

17 – L’expression est de Gorbatchev, et plusieurs fois reprise par le pape François, notamment dans l’encyclique (n° 1 et passim).

18 – Cité dans DICI 391, p. 4.

19 – Voir DICI 393, p. 4

20 – RP GRATIEN, Les Opuscules de saint François d’Assise, Paris, 1 935, p. 1 21 -1 22.

21 – Discours du 1 er juillet 1 956. Voir Manuel du tertiaire, 2002, p. 1 36.

22 – Spectaculum perfectionis, ch. 11 3.

23 – Voir Legenda Major, ch. 8 n° 6.

24 – Dans son originale biographie de saint François, Chesterton développe cette idée très juste que, dans l’antiquité, les créatures étaient presque toutes associées à quelque divinité impure (les arbres, les fleuves, etc.). Il fallut plusieurs siècles pour effacer des mémoires ces relents de paganisme et parvenir à la simplicité médiévale.

25 – RP GRATIEN, Ibid., p. 1 54.

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