Comme chaque soir, Fernando rentra à la nuit tombée, harassé par sa journée. Il marchait d’un pas pesant, le visage parcheminé de fatigue et le regard angoissé. Depuis bientôt un mois, sa femme Maria Cris était entre la vie et la mort, rongée par la tuberculose qu’elle n’avait jamais pu soigner, faute de moyens. Pendant la journée, une voisine s’occupait de Lucia et de Juan Pedro, les jumeaux nés quatre ans auparavant pendant la fameuse mission médicale du docteur Dickès. C’est à cette époque que leur vie avait basculé. En effet, ils avaient alors découvert de pieux hommes au coeur charitable, et fait baptiser leurs jumeaux, en promettant d’être de plus fervents catholiques.
Mais les années avaient passé, sa femme s’était affaiblie, et maintenant, la crise économique sévissait avec la surpopulation de la ville et les catastrophes naturelles. Fernando continuait à sillonner Manille avec son jeepnee aux deux tiers vide ; la recette de chaque jour était de plus en plus maigre.
Quand il arriva chez lui ce soir-là, sa femme somnolait, les traits tirés et la respiration haletante. Sur le lit voisin, les jumeaux tournaient vaguement les pages d’un livre déchiré, pour tromper leur impatience.
– Papa, il faut nous emmener à la missa gallo*, c’est le Père qui l’a dit ! C’est important, tu sais, Jésus va venir cette nuit ! Dis, pourquoi on n’a pas de bélen* ?
– Et pas de sapin ? Où vas-tu mettre nos cadeaux ?
Pauvre Fernando ! Bien sûr, c’était Noël, et il avait laissé passer les jours sans rien préparer ! Pourtant, autour d’eux, tout célébrait cette fête tant attendue. Les illuminations ruisselaient en gouttes de cristal au-dessus des rues, chaque maison avait sa parola* rituelle, ornée de coquillages nacrés ; des passants s’empressaient pour les derniers préparatifs, on entendait s’échapper d’une église quelques cantiques de Noël. Mais dans cette maisonnette, nulle décoration, nulle lueur de joie dans les yeux interrogateurs des enfants. Que faire ? Le Père missionnaire s’occupait bien des petits, mais lui, Fernando, n’avait plus grande confiance en ce Dieu soi-disant si bienfaisant. Mais ce soir, pour Noël, il pourrait peut-être faire plaisir à ses enfants…
– Dis, papa, tu nous entends ?
– Les cloches vont bientôt sonner ! Est-ce que je réveille maman ?
– Non, laisse-la dormir, elle serait trop faible pour aller jusqu’à l’église.

Du haut du ciel, le fameux docteur rongeait son frein. Depuis qu’il avait rejoint le Paradis, il était bien sûr dans la félicité éternelle, mais une préoccupation terrestre lui restait. Souvent, les jours où le vent d’est soufflait, on pouvait le voir juché sur un nuage, en train de scruter l’orient, inquiet qu’une tempête ne dévaste encore une fois sa patrie de coeur, les Philippines. Mais en ce 24 décembre, les yeux de son coeur virent surtout son pauvre Fernando, malheureux comme une pierre, oublieux de sa Foi, et dans la plus grande désolation matérielle. Il fallait faire quelque chose !
– Grand saint Pierre, je vous en supplie, laissez-moi m’absenter quelques heures. Une mission importante à accomplir !
– Cher docteur, répondit le saint avec un sourire amusé, si je vous écoutais, il aurait fallu vous laisser cinquante ans de plus sur la terre pour vous laisser le temps de secourir le monde entier !
– Oh, je n’ai pas cette prétention, mais là, c’est différent ! Je suis parrain du petit qui porte mon nom ; laissez-moi les aider, c’est une question de vie ou de mort.
– Allez, c’est Noël, je vous laisse agir à votre guise pour rendre espoir à ces pauvres gens. Deux anges vont vous conduire à tire-d’ailes où vous leur indiquerez.
Notre bon médecin fut prêt en un instant. Ses pieux acolytes le déposèrent d’abord en France, dans un petit village du nord. Il ne pouvait manquer de visiter sa douce épouse en revenant sur terre ! Et bien sûr, il repartit les bras chargés de présents pour ses chers Philippins. En cheminant par la voie céleste, il fut en quelques heures à Manille. Il trouva une boutique encore ouverte, et personne ne s’étonna de sa figure lumineuse d’être céleste, tout brillait tellement autour d’eux. Heureusement, saint Pierre avait pensé à tout, il trouva quelques pesos au fond de sa poche pour acheter ce qu’il voulait.

Pendant ce temps, Fernando avait rejoint l’église avec ses jumeaux. Il avait l’esprit torturé et plein de remords, car, après la cérémonie, Noël serait fini pour eux. Il aurait dû y penser, trouver quelques chose pour apporter une étincelle de bonheur à Lucia et Juan Pedro… Les premiers accords de l’orgue le sortirent de ses tristes pensées. La lente procession s’acheminait dans la nef, le prêtre en fin de cortège tenant l’Enfant-Jésus de cire dans ses mains. Il alla respectueusement le déposer dans la crèche, et tout le monde entonna le « Il est né le divin Enfant. » Puis la messe commença. Lucia souriait de bonheur : au catéchisme, elle avait bien compris que les personnages de la crèche existaient vraiment, et qu’elle était leur enfant. Comme c’était bon d’être ainsi réunis, et de confier à Vierge aimante la santé de sa maman de la terre. Juan Pedro avait la dévotion plus pratique : il comptait les moutons de la crèche, et se demandait quand il aurait l’âge de revêtir l’aube des enfants de choeur, pour être plus près de Jésus pendant la messe. Le papa, de son côté, récitait des lambeaux de prières, tout en pensant à Maria Cris qui ne guérirait sans doute jamais en ce monde… Pendant le Credo, il crut rêver en voyant un ange lui frôler l’épaule ; le temps qu’il s’interroge, une voix hors du temps lui murmurait à l’oreille : « Prie ardemment, Fernando, le Bon Dieu t’exaucera si tu as confiance en Lui. » Ce fut tout. Il se frotta les yeux, regarda autour de lui, mais rien n’avait changé, l’assistance continuait à chanter. Il tenta de remettre de l’ordre dans ses pensées, et de mieux suivre sa messe de Noël.
A la sortie, chacun s’adressait le traditionnel « maligayang Pasko* », puis repartait sans tarder poursuivre les festivités familiales. Fernando s’en retournait comme les autres, le coeur un peu rasséréné par la paix de cette cérémonie. Il laissait sauter, courir, et chanter ses deux petits autour de lui ; le temps de la tristesse reviendrait bien assez vite.
Quand ils arrivèrent à l’angle de leur rue, Juan Pedro fut le premier à voir la parola qui brillait au-dessus de leur porte. Il se précipita pour arriver le premier, et manqua de renverser l’homme qui les accueillait.
– Ninong* ! Ninong !
– Mais oui, je le reconnais, ajouta Lucia en arrivant. C’est lui qui te porte sur la photo de notre baptême !
– Docteur, mais… où suis-je ? balbutiait Fernando qui restait figé devant la porte. Et comment êtes-vous venu ?
L’envoyé du Ciel mit un doigt sur ses lèvres et les invita à entrer. Une table était dressée, garnie de fruits, de gâteaux au riz et à la noix de coco, et du traditionnel thé au gingembre. Nos trois arrivants n’en croyaient pas leurs yeux ! Ils étaient comme hypnotisés par le médecin qui les guidait maintenant vers la chambre : une magnifique panunuluyan* était installée !
– Voici un des anges qui m’a accompagné pour venir, dit le docteur Dickès en montrant un homme irradié de lumière, revêtu d’une longue houppelande brune ; il tient le rôle de St Joseph. Et voici votre épouse, guérie par la grâce de Dieu ; elle représente la Vierge, enveloppée dans ce malong* parsemé d’étoiles.
– Maman ! S’écrièrent en choeur les jumeaux. Leur mère était un peu pâle, mais rayonnante et très émue par ce miracle de Noël que Dieu permettait dans leur humble demeure.
Fernando vint enlacer sa femme, les yeux embués de larmes, et se tut. Nulle parole humaine n’aurait pu exprimer ce qu’il ressentait. Le deuxième ange, qui était resté en retrait, prit l’Enfant-Jésus, un magnifique poupon tissé en fibres de lin, et le posa dans les bras de la petite Lucia qui ne savait plus comment manifester sa joie. Son frère reçut en cadeau le boeuf et l’âne qui complétaient le tableau, beaux animaux en bois qu’il admirait depuis si longtemps dans la boutique du marchand de jouets du baranguay*. Puis tout le monde se mit à genoux, les anges entonnèrent « Douce nuit », et tandis que la petite famille chantait avec ferveur et reconnaissance, les habitants des cieux s’éclipsèrent avec leur passager miraculeux.

*bélen = crèche
*parola = lanterne en forme d’étoile, avec une armature de bambou, qui représente l’étoile de Bethléem.
*missa gallo = messe de minuit
*maligayang Pasko = joyeux Noël
*ninong = parrain
*panunuluyan = crèche vivante que les Philippins font très fréquemment, en famille comme dans les lieux publics.
*malong = grande étole colorée
*baranguay = quartier

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