MPI vous informe gratuitement, Recevez la liste des nouveaux articles

Je veux recevoir la lettre d'information :

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Epstein et les oligarques ukrainiens

Le contrefeu ridicule : Epstein, un agent russe…

Le séisme Epstein n’en finit plus d’ébranler les chancelleries. Au-delà des antiquités fripées du PS français à qui on coupe enfin les vivres, elle se révèle une « bacchanale de la vérité où personne ne reste sobre » selon le mot du philosophe préféré des marxistes : Hegel. Dans la panique, on allume en fanfare le contrefeu favori des néo-cons : Le milliardaire maquereau de très jeunes filles était un agent russe ! Le Washington Post y consacre quelques éditoriaux repris par divers tabloïds américains. Au Royaume-Uni, quelques journaux l’évoquent, mais ces rumeurs sont aussitôt submergées par la fracassante affaire Mandelson, la déferlante de démissions au 10, Downing Street. Jamais en reste de servilité, la Phrance suit, avec des articles sur un mystérieux « site russe » consacré à la diffusion de fausses nouvelles sur les liens de l’actuel président français (comment s’appelle-t-il déjà ?) avec Epstein, découvert par une unité spéciale de cybersécurité dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. J’attends encore le coup de fil de la Loubianka, mais à vue de nez, s’acharner à miner la popularité minime de l’histrion est une perte de temps et d’argent pour le département « intox » — l’intéressé s’en charge très bien lui-même. Et, depuis quelques jours, le thème semble avoir bu la tasse, peut-être un peu trop acrobatique, comparable au sabotage de Nord Stream d’abord imputé à vous savez qui contre toute vraisemblance, jusqu’à ce que les services américains — très embarrassés par les révélations de Seymour Hersh — ne nous fournissent la version rocambolesque du milliardaire ukrainien nationaliste, des nageurs de combat au chômage, des tonnes d’explosifs passés en douce en Pologne, de la cécité-surprise des radars qui quadrillent le secteur depuis la Guerre Froide… C’est leur métier. Les dames se changent pour le dîner, les versions changent… de cuisinier.

En ce qui concerne la thèse d’Epstein recruté par le SVR (DGSE russe), elle semble s’être éclipsée aussi soudainement qu’elle avait surgi. Dès le lendemain, plus un mot dans la presse française. J’étais sceptique sur sa longévité dès le départ. Ça prenait l’eau, cette barque-là… Le journaliste américain Mark Ames, un vieil ami avec qui j’ai travaillé à Moscou il y a un quart de siècle, m’écrit le lendemain que le New York Times, tout en gommant la piste israélienne, tout de même la plus probable d’après ce qu’on sait, n’a pas repris la « piste russe ». Défection majeure et significative. Sans ce soutien-là, autorité russophobe s’il en fût, personne n’allait bien loin. Si cette faribole avait eu la moindre ligne de flottaison, le NYT s’y serait embarqué vent debout. Ce serait mal les connaître. Depuis la guerre d’Irak et les armes de destruction massive jusqu’à Trump recruté lui aussi par vous savez qui, ils passent leur temps à proférer les mensonges à la mode quitte à s’excuser (discrètement) ensuite. Bref, voie sans issue, pour l’instant, en tout cas.

Et puis, dans la guerre des propagandes (appelée pudiquement « de l’information ») on avait une fois de plus pris les pieds de l’ours russe pour un paillasson, regrettable habitude qui ne porte pas bonheur. Quand ses arpions commencent à le faire souffrir, le grizzly passe un crochet au foie pour calmer les ardeurs. Sans rentrer les griffes.

Epstein et l’oligarque ukrainien Pintchouk

La guerre des propagandes bat donc son plein et les Russes ont quelques cartes dans leur manche. Le 6 février 2026, par le biais du très controversé parlementaire britannique George Galloway, RT en russe met soudain en lumière des courriels Epstein dont on n’a pas entendu parler en Occident : destinés à Pintchouk, oligarque ukrainien pro UE, OTAN, qui finança le second Maïdan comme ses confrères Porochenko et Firtash. Une bonne partie des biens de ces milliardaires se trouvaient en Occident, souligne Galloway, ils étaient aux ordres. Une information confirmée par Alexandre Iakinenko, ancien chef du SBU (2013-14).

Galloway, décrié parce qu’il est intervenu sur des médias iraniens et russes, a soutenu Gaza et n’est pas populaire chez les LGBT, a au moins un titre de gloire : il s’est férocement opposé à la guerre d’Irak et à Tony Blair en 2003, ce qui lui valut d’être exclu du Parti Travailliste. À l’époque, il n’avait aucun lien connu avec les médias russes. Sa page Wiki annonce qu’il aurait reçu 293 000 livres sterling en 2015 de Russia Today. Pour sa part, Galloway, avec un certain venin, ou un certain humour, promet 1000 livres sterling à qui lui fournira l’identité et l’adresse du contributeur anonyme de Wiki auteur de sa fiche. Amateur de western, sans doute, et de chasseurs de primes.

Revenons à Pintchouk. Gendre de l’ex-président ukrainien jusqu’en 2005, Koutchma — qui réprima férocement les révoltes ukrainiennes au début du XXIe siècle — il aurait fait fortune dans le laminage de tuyaux métalliques. Koutchma, l’homme des clans de Dniepropetrovsk, avait dû traiter avec ceux du Donbass, qui l’auraient menacé sans équivoque. Même la voiture d’un président, aurait-on rappelé à Koutchma, peut sauter sur une mine antichar, à l’époque où les clans de l’Est passaient pour les plus puissants du pays. Le président entretenait donc, dit-on, des rapports de vassalité avec les seigneurs de la guerre du Donbass regorgeant de minerai et de fonderies… de surcroît liés à Moscou…

Cette proximité de beau-papa avec les maîtres de la région métallurgique furent-elles un atout dans les entreprises industrielles de Pintchouk et à l’origine de son enrichissement… Certains l’affirment, de même qu’ils prétendent que c’est pour retrouver une indépendance vis-à-vis de barons du Donbass que l’oligarque s’est engagé dans le soutien à l’adhésion à l’UE, le financement du Maïdan en 2013-14, etc. Tout cela serait à la racine de sa radicalité pro-occidentale… Difficile d’en avoir le fin mot dans la partie de poker menteur qui se joue perpétuellement en Ukraine, surtout après quatre ans de guerre et plus d’une décennie de revirements, volte-face, trahisons et coups de poignard dans le dos qui ont redistribué les cartes. On se souvient d’Akhmetov, magnat de la métallurgie, longtemps considéré comme le parrain de Donetsk en cheville avec la pègre russe, — changeant de camp brusquement au début de la guerre pour s’installer à Dniepropetrovsk et fonder le « Parti industriel », devenu patriote ukrainien.

Bien avant ses funestes évènements, Pintchouk s’était pris de passion pour l’intégration de l’Ukraine à l’UE, à laquelle il avait consacré « La Fondation Viktor Pintchouk » après l’échec de la « Révolution Orange » et l’arrivée au pouvoir de Ianoukovitch. Cette fondation lui avait permis d’entrer en contact avec Soros, Tony Blair et… les Clinton, au moment où Hillary était au Département d’État — aux affaires étrangères. Généreux contributeur de la Fondation Clinton et son projet Global Initiative, Pintchouck lui fit don de plus de huit millions de dollars entre 2009 et 2013 — juste avant le Maïdan. Il devait déclarer : « Je ne pense pas que faire un travail de lobby auprès du Département d’État soit une mauvaise chose pour l’Ukraine ». Tour-operator du gratin américain, Pintchouk déboursa 300 000 dollars pour faire venir Mike Pompeo, ex-directeur de la CIA pour un séjour d’une journée et une intervention publique, le 24 avril 2023. L’oligarque disposait d’un carnet d’adresses à Washington…

Voyage d’Epstein à Kiev

Jeffrey Epstein n’était plus de ce monde. Il était apparu en 2019 dans la nébuleuse après avoir manifesté son intérêt — probablement multiple — pour l’Ukraine un peu avant sa mort. D’après les échos, on lui avait décrit ce pays comme « The land of opportunity ». C’est Boris Nicolic, assistant de Bill Gates, qui rapprocha le premier le milliardaire pédophile de l’Ukraine en l’invitant au Forum de Davos pour rencontrer des oligarques. Larry Summers, ancien Secrétaire du Trésor, avait assuré Epstein qu’il disposait des contacts nécessaires — et Pintchouk figurait au premier plan de ceux-ci. Fidèle à ses méthodes, Pintchouk organisa le voyage d’Epstein à Kiev… dont personne ne sait s’il a eu lieu. On ne dispose que d’une réservation à son nom à l’hôtel Hyatt Regency de Kiev, dont on ne sait pas si elle a été honorée.

En ce qui concernait Davos, après avoir déclaré que « L’Ukraine devait être puissante économiquement et militairement », Epstein semblait se méfier d’un certain Zelenski qu’il traitait « d’aventurier est-européen ». Il ajoutait en conclusion que le théâtre de l’acteur « pouvait enfumer les électeurs, mais ça ne marcherait pas auprès des investisseurs à Davos ». C’est ici qu’intervint Larry Summers : « Je connais ses sponsors » : Pintchouk, Porochenko, Firtash. (Victor Medvetchouk, chef du parti « L’Autre Ukraine » déclara plus tard que ces soutiens du président ukrainien s’enrichissaient sur les cadavres…).

Epstein fut arrêté et suicidé la même année, personne n’est en mesure d’assurer que des contacts entre lui Pintchouk ont eu lieu, comme le sous-entend la chaîne russe, s’ils n’en sont pas restés au stade de simples projets jamais aboutis, conçus par des intermédiaires. C’est sans doute pour ça que dans la liste des « personnalités Epstein » publiée par la BBC, où l’on trouve Ehud Barak, un ministre slovaque du nom de Miroslav Lajçak, et même, c’est piquant, le patron de la firme de lingerie « Victoria’s Secret » Mr Wexner, le nom de Pintchouk n’apparaît pas, non plus que celui d’aucun oligarque ukrainien pour l’instant.

Dans cette réponse du berger à la bergère, les Russes emploient la même technique que les Occidentaux : entretenir le soupçon, par la voix du sulfureux et haut en couleurs parlementaire britannique George Galloway. Mais avec plus d’efficacité. Si dans la masse de documents produite, certains peuvent avoir été dévoyés, l’essentiel de ceux-ci paraissent venir des documents rendus publics par Washington. Si des liens étaient finalement avérés entre le milliardaire pédophile et l’oligarchie ukrainienne, cela porterait un coup très dur à la théorie d’Epstein agent russe fort commodément surgie du chapeau à l’heure où l’hyperclasse mondiale est discréditée. Le simple fait qu’Epstein ait manifesté de l’intérêt pour l’Ukraine comme champ de futures manœuvres s’apparente déjà à un arrêt de mort. Pour les officines occidentales, il va devenir de plus en plus difficile de la ressusciter. C’est donc loin d’être une surprise que l’Ukraine n’apparaisse nulle part dans le grand déballage médiatique autour des documents Epstein.

Thierry Marignac, écrivain, auteur de La guerre avant la guerre et de Vu de Russie

Conférence de Thierry Marignac, auteur de La guerre avant la guerre, sur la corruption en Ukraine
Thierry Marignac, auteur de La guerre avant la guerre, chronique ukrainienne

Entretien avec Thierry Marignac pour son livre Vu de Russie

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

MPI vous informe gratuitement, Recevez la liste des nouveaux articles

Je veux recevoir la lettre d'information :

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

S’abonner
Notifier de
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Les plus anciens
Les plus récents Les mieux notés
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires

Abonnez-vous à CARITAS !

Le numéro 5 de la revue Caritas est en vente sur MCP !

Militez,

En s’abonnant à cette revue : la revue CARITAS !