ADNLe 10 mai dernier, s’est tenue une réunion secrète à l’Harvard Médical School de Boston avec pour objectif de créer un génome humain artificiel.150 scientifiques de haut niveau se sont réunis dans ce but. L’idée étant à terme de créer un être humain artificiel en laboratoire. C’est l’aspect de cette réunion qui fait controverse. Tout finit cependant par se savoir.

Je suis sollicité de donner mon avis sur cette affaire que j’avais abordée dans deux ouvrages aujourd’hui épuisés (2007 et 2011). En revanche je fais le point sur ce qui est appelé la biologie de synthèse dans mon ouvrage (accessible à tous) intitulé La Fin de l’espèce humaine. En effet nous nous situons à la lisière du Meilleur des Mondes d’Huxley et de  Frankenstein : la perspective d’un Homme artificiel (titre de mon ouvrage publié en 2007). Essayons de résumer.

Craig Venter, le démiurge

En 2002, un chercheur du nom de Craig Venter avait séquencé son propre ADN. Il avait donc établi pour la première fois au monde la séquence des molécules formant l’ADN. En 2007, il détricote l’ADN d’un microbe appelé mycoplasma génitalium ;  l’avantage étant que ce génome était de petite taille ; il reconstitue ensuite un autre génome d’un microbe de synthèse d’où son nom de Synthia. Il déclare à Paris Match qu’il allait créer un homme : c’est le God syndrom de ceux qui se prennent pour Dieu. Il avait en effet pour la première fois créé une espèce dans l’Histoire de l’Humanité.  

À partir de ce moment, beaucoup de savants se mirent à fantasmer. On allait reconstituer le génome d’Einstein, du mammouth, de l’Homme de Neandertal voire créer un surhomme ; Venter allant même jusqu’à affirmer qu’il allait ressusciter son propre père. Rien que ça…Mais au moins réussir à mettre au point des génomes d’hommes super-intelligents ou super-sportifs.  

Le séquençage du premier génome avait coûté un milliard de dollars. Il coûte actuellement entre 400 et 1000 dollars. Bien sûr, on a vite pensé que reconstituer un génome humain était désormais estimé à 90 millions de dollars au lieu de plusieurs milliards.

Le mea culpa de l’apprenti sorcier

Mais Craig Venter se rendit vit compte que le génome humain était au moins 200 fois plus complexe que celui de Synthia. Il fit un jour cet aveu : créer un homme synthétique était tellement difficile qu’il était improbable de réussir un tel succès avant de très nombreuses années. Pourquoi ?

Il faut savoir que sur les milliards de paires d’acides aminés, Adénine Thymine Guanidine Cytosine (ATGC), il suffit d’en changer une seule paire pour aboutir à une transformation radicale de l’humain. Par exemple la possibilité de manger ou de rire.

Par ailleurs les Chinois avaient sélectionné 2500 sujets dont de Quotient Intellectuel (QI) était égal ou supérieur à 160 (moyenne de la population = 100). Ils voulaient trouver dans le génome ce qui les rendaient aussi intelligents. En y mettant les moyens, ils n’y sont pas encore arrivés à ce jour.

D’autres études établissaient qu’une infime partie du génome concernant 74 variations portées par 300.000 jeunes hommes, pouvait expliquer leurs capacités intellectuelles ; mais cela n’intervenait que de manière très marginale dans leur réussite scolaire.

Pourquoi l’homme synthétique n’est pas pour demain

Or l’ADN constitue les gènes formant les chromosomes lesquels sont dans le noyau de la cellule. Mais toute fraction du génome est en relation avec d’autres fractions. Il existe de plus d’autres relations avec des centres dits « épigénétiques » disséminés dans le reste de la cellule ; c’est-à-dire le cytoplasme (zone entre le noyau et la membrane de la cellule). Mais aussi des petites organistes appelés mitochondries éparpillés dans ce dernier dont on découvre qu’ils sont aussi porteurs d’ADN. C’est tout le problèmes de la « chirurgie du gène ».

Autant dire que le surhomme escompté par les Chinois ou ces scientifiques de Harvard n’est pas pour demain. Quant au caractère secret de leur réunion, il est parfaitement ridicule.  

Dr Jean-Pierre Dickès

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