L’Église conciliaire, qui prêche à temps et à contre-temps « l’unité dans le diversité » selon le mot célèbre de Jean-Paul II, ne cesse cependant d’être déchirée en son sein par des divisions, qui se sont multipliées sous le pontificat bergoglien, et qui l’entraînent à sa ruine. Ce qui est somme toute dans la logique de la doctrine moderniste qui, ayant fait du relativisme son gagne-pain, meurt aujourd’hui de ce même relativisme qui a tué l’idée de l’absolutisme de la Vérité

Ces derniers mois, c’est la question de l’intercommunion pour les couples mixtes, autorisée par la Conférence épiscopale allemande qui divise, étonnement, la hiérarchie conciliaire. Étonnement disons-nous, car cet accès à l’Eucharistie permis pour les chrétiens non-catholiques dans certains cas a pourtant été légitimé dans le Code de Droit canon de 1983 et appliqué par le cardinal Ratzinger lui-même lors de l’enterrement de Jean-Paul II : n’avait-il pas alors donné la communion à frère Roger Schutz, fondateur de la communauté œcuménique de Taizé, officiellement pasteur de l’Église réformée ? Certains soutiennent, pour excuser l’acte du futur Benoît XVI, que frère Roger s’était converti au catholicisme mais ne voulait pas qu’on le sache pour ne pas « briser la communion œcuménique » ! Mais frère Alois, l’actuel prieur de Taizé, s’est inscrit en faux contre cette affirmation : il est “inexact” de dire que Frère Roger s’est converti expliqua-t-il au journal Le Monde en 2006 :

« “A l’évêché d’Autun, en 1972, il a simplement communié pour la première fois à l’eucharistie catholique, sans qu’une ‘conversion’ ne lui soit demandée. Frère Roger a cherché un chemin de ‘communion’ avec l’Église catholique et non de ‘conversion’, la ‘conversion’ impliquant une rupture avec ses origines. Il s’en tient à une déclaration de Frère Roger à Rome, en 1980 : J’ai trouvé (…) ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque.” »

Ce rappel est nécessaire pour bien comprendre que cette question de l’intercommunion qui scandalise certains évêques et cardinaux conciliaires, et on peut les comprendre d’ailleurs, est pourtant dans la ligne du concile Vatican II et des réformes qui en sont issues. Et c’est bien en raison de cette filiation que le pape François et la Congrégation pour la Doctrine pour la Foi, jeudi dernier, n’ont pas demandé à la Conférence épiscopale allemande qui autorise désormais l’accès à la communion pour le conjoint protestant dans un couple mixte de façon plus systématique d’y renoncer. Ils ont vaguement argué de la nécessité de trouver « un consensus si possible unanime » sur cette question avec les évêques qui y sont opposés tout en saluant « l’engagement œcuménique des évêques »… Aucune interdiction romaine n’a été posée ce qui laisse donc la porte ouverte à l’intercommunion.

Cette conclusion vaticane en forme de reconnaissance officieuse de la décision des prélats d’outre-Rhin a fait sortir de son silence le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht. Il a déclaré à La Nuova Bussola Quotidianna que

« l’intercommunion est, en principe, seulement possible avec les chrétiens orthodoxes, parce que l’Église orientale, même si elle n’est pas en pleine communion avec l’Église catholique, a de vrais sacrements et surtout, en vertu de la succession apostolique, un sacerdoce et une Eucharistie valides ».

Avec les Orthodoxes la communion est donc possible, avec les protestants « non » parce que ces derniers « ne partagent pas la foi dans le sacerdoce et dans l’Eucharistie ». Le pape François estime-t-il ne peut donc en aucune façon accepter la proposition allemande.

Le cardinal hollandais hausse le ton dans son entretien, et s’en prend au pape lui-même :

« En observant que les évêques et surtout le successeur de Pierre manquent à leur devoir de garder et transmettre fidèlement et dans l’unité le dépôt de la foi, contenu dans la Tradition sacrée et dans la Sainte Écriture, je ne peux pas ne pas penser à l’article 675 du Catéchisme de l’Église catholique… » qui évoque le “mystère d’iniquité  sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité.” » .

Le pape François est ainsi accusé de ne pas transmettre ni la bonne doctrine ni la tradition…

Pourtant que transmet-il de si différent dans le fond, -la forme bergoglienne assurément étant plus révolutionnaire que celle de son prédécesseur conservateur-, que le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, lorsque ce dernier donnait la communion publiquement au frère protestant Roger de Taizé ?

La question fondamentale ne se trouve-t-elle pas plutôt dans Vatican II et les réformes qui en sont issues ? Dans son esprit moderniste, progressiste, évolutionniste, œcuménique et relativiste qui est la source à laquelle s’abreuvent toutes ces innovations, de Paul VI à François, en passant par Benoît ?

C’est bien beau de voir le cardinal Willem Jacobus Eijk s’opposer, courageusement certainement, à l’intercommunion, au pape François et aux évêques allemands, mais son action aurait d’autant plus de poids et de portée s’il condamnait pareillement le Code de Droit canon de 1983 et le concile Vatican II fondement de cette ouverture, ainsi que les prédécesseurs de François qui l’ont permise…

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. » Bossuet.

Francesca de Villasmundo

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