Royaume-Uni – Un accord a été signé entre le Royaume-Uni et le Rwanda pour que des « dizaines de milliers » d’immigrés et des demandeurs d’asile arrivés sur sol britannique soient rémigrés dans ce pays africain, et ce malgré l’opposition de l’agence onusienne pour les réfugiés (HCR). C’est Priti Patel, d’origine indienne, qui a signé l’accord pour le compte du gouvernement britannique en tant que ministre de l’Intérieur.

Le Rwanda, petit pays de 13 millions d’habitants dans la région des Grands Lacs, a signé cet accord qui sera financé par Londres à hauteur d’environ 144 millions d’euros dans un premier temps. Et l’argent ne serait pas la principale motivation du Rwanda.

Selon l’analyste et avocat rwandais Louis Gitinywa, le Rwanda y voit avant tout l’occasion d’affirmer ici son aura internationale tout en atténuant les critiques quant à sa gestion des droits.
« Le président Kagame entend utiliser cet accord comme une motion de confiance dans sa politique sur les droits humains », dit-il, et veut apparaître comme un « leader africain-clé ».
En contrepartie, le Rwanda attend également « un soutien diplomatique du Royaume-Uni quand des résolutions contre le Rwanda (seront) soumises et discutées devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. »

Le Premier ministre Boris Johnson décrit déjà le Rwanda comme « un des pays les plus sûrs au monde, internationalement reconnu pour son accueil et son intégration des migrants ».

Parmi les rares commentaires rwandais, Tom Mulisa, professeur de droit constitutionnel à l’Université du Rwanda, a déclaré à la presse : « C’est une bonne chose que le Rwanda se soit positionné dans ce sens, comme un moyen de contribuer à résoudre la crise migratoire qui affecte le monde entier ».
Par contre, Frank Habineza, président du Parti démocratique vert du Rwanda, y voit l’arrivée de nouveaux problèmes : « Prendre en charge des migrants du Royaume-Uni va augmenter les défis liés à la pression foncière et à la survie », a-t-il écrit dans un communiqué la semaine dernière. Une argumentation africaine qui, en quelque sorte, rejoint celle des opposants européens à l’arrivée chez eux d’une immigration africaine…
Tout comme celle du leader de l’opposition Victoire Ingabire, qui critique cet accord en soulignant que ces  «migrants relocalisés »vont générer des problèmes d’emploi et que « le gouvernement rwandais devrait se focaliser sur la résolution de ses problèmes politiques et sociaux internes qui transforment ses citoyens (…) en réfugiés dans d’autres pays ». Des propos guère éloignés des discours sur la préférence nationale de ceux que la presse occidentale qualifie chez eux d’extrême droite.

Le Rwanda a déjà accueilli par le passé des immigrés africains bloqués en Libye dans le cadre d’un accord avec l’Union africaine et le HCR.

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