Ampoule du sang de saint Pantaléon (Ravello, Italie)

Pantaléon est né dans la seconde moitié du IIIe siècle en Asie mineure, sans doute à Nicomédie, alors capitale impériale de l’Orient, dans une famille aisée ayant ses entrées à la cour et dans l’entourage de Dioclétien. Peut-être son père est-il médecin et soigne-t-il, sinon l’empereur, du moins certains de ses proches. Cela expliquerait le choix de Pantaléon de poursuivre des études médicales et la facilité avec laquelle le jeune homme, doué et ambitieux, s’impose dans ce milieu curial où les places sont difficiles à conquérir, plus encore à conserver, les jalousies et les rivalités féroces.

Arrivé au pouvoir en 284, Dioclétien n’a d’abord pas été hostile au christianisme, dont les adeptes sont très nombreux, sinon majoritaires, dans la partie orientale de l’Empire romain. Il n’a pas hésité à s’entourer de dignitaires chrétiens dont certains sont devenus ses amis intimes mais, en ce tout début du IVe siècle, cette bienveillance n’est plus à l’ordre du jour. Dioclétien vieillit, sa santé décline et il lui arrive de se demander si son indulgence envers les fidèles du « Galiléen » comme les ennemis du Christ L’appellent, ne lui a pas aliéné son dieu de prédilection, le Soleil invaincu. Et puis, il y a son gendre, et futur successeur à la tête de l’Empire d’Orient, le César Galère, un ambitieux qui ne souhaite pas, lorsque son beau-père et son co-empereur Maximin se retireront en 304, partager le pouvoir avec le César d’Occident, Constance Chlore. Donc, s’en prendre aux chrétiens, c’est saper l’avenir politique de Constance et de son fils ; c’est aussi s’acquérir la sympathie des intellectuels païens, puissants et influents à la Cour. Oui, à n’en pas douter, le vent tourne pour les fidèles du Christ qui sont en passe de perdre les faveurs impériales…

Cela, Pantaléon, en début de carrière, l’a très bien compris. Lui aussi est né d’une union mixte entre un tenant des anciens dieux et une chrétienne, Eubula, qui a tenté de lui transmettre sa foi. Mais l’exemple maternel n’a guère marqué le jeune homme, du moins en apparence, et c’est en parangon du culte officiel au dieu solaire que le jeune médecin s’est imposé à la cour, soignant Dioclétien et maintenant Galère. Une belle carrière se profile devant lui. Une belle carrière à laquelle Pantaléon va brusquement renoncer lorsque, en février 303, vont paraître les édits interdisant l’exercice du culte catholique, fermant les églises vouées à la démolition, confisquant les livres saints et les archives des communautés, privant les chrétiens de bonne naissance de tous leurs droits et privilèges, réduisant les humbles en esclavage, avant de les envoyer tous à la mort…

Pantaléon, renonçant à son avenir brillant, se convertit. Il demande le baptême. Certains de ses confrères, jaloux de son succès, découvrent son appartenance à la foi interdite, et le dénoncent à Galère. En dénonçant Pantaléon, ses confrères savent bien qu’ils le vouent à la mort et qu’elle sera horrible, afin de servir d’exemple.

Le 27 juillet 305, Galère le fait exécuter. Cette mort a été sanglante et, selon l’usage, des fidèles ont recueilli le sang du martyr dans une fiole déposée près de son corps dans sa sépulture. Lorsque, à la fin des persécutions, cette tombe se mue en sanctuaire et que les foules affluent implorer le martyr, élevé, à l’instar de Raphaël, Luc, Côme et Damien au rang de patron des médecins, les reliques de Pantaléon commencent à être dispersées. Sa tête arrive ainsi à Lyon, l’un de ses bras à Saint-Denis, d’autres parties de son corps à Porto, Lucques, Venise et la fameuse fiole de sang conservé dans la cathédrale de Ravello en Italie. Et les évêques ne vont pas tarder à faire une découverte troublante. Chaque été, à la fête du martyr, lors de l’ostension de la relique, le sang qui, d’ordinaire, se présente comme un amas coagulé et brunâtre se liquéfie et redevient rouge vif, comme celui de saint Janvier à Naples, sauf qu’à la différence de celui de l’évêque de Bénévent, il n’y a pas de mauvaise surprise annonciatrice de catastrophes à redouter : le miracle se produit toujours tous les 27 juillet, mais aussi, ainsi que les pèlerins peuvent le constater, lorsque le saint médecin guérit l’un ou l’autre des fidèles venus l’implorer, et ce quelle que soit la date et les conditions atmosphériques.

Généreux, les évêques de Ravello vont profiter de ces liquéfactions pour récupérer quelques gouttes de ce sang qui seront transvasées dans des fioles de cristal et offertes à d’autres diocèses, entre autres Padoue et Madrid. Ce dernier présent est accordé au roi Philippe III d’Espagne qui confie le flacon du sang de Pantaléon aux religieuses du monastère de l’Incarnation qu’il a fondé dans sa capitale en 1611. Le sang du martyr rejoint un prodigieux trésor de plus de 700 reliques de saints ; on l’en extrait chaque 27 juillet en présence de centaines de fidèles, et souvent de membres de la famille royale, venus assister au prodige. Infailliblement, que ce soit à Madrid ou à Ravello, le sang de Pantaléon, à la seconde près, devient liquide et rouge et cette année encore aux deux endroits.

S’il est certain qu’il s’agit bien de sang humain masculin, aucune explication « scientifique » n’a pour l’heure été trouvée au prodige.

Sources : Aleteia/Anne Bernet

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