De manière générale il est donné le nom de cobot à tout robot qui peut aider dans le travail. C’est le robot compagnon. Il n’est pas obligatoirement humanoïde ; ce peut être un programme informatique sur un ordinateur ou un ensemble mécanique. Pour prendre un exemple très simple, les caissières des supermarchés sont remplacées par des intelligences artificielles qui vérifient ce que vous avez pris dans les rayons et font le total de vos achats.

Il existe actuellement des robots médecins depuis pas mal de temps. Vous faîtes une radio pulmonaire, et l’assistante vous fait respirer très fort. Votre image radiographiée sera mise sur un négatoscope et confrontée à de milliers d’autres radios affinées par des algorithmes; en prime il vous sera précisé si votre cinétique pulmonaire est satisfaisante. Le compte-rendu sort automatiquement sur une imprimante. Tout peut se faire sans la présence d’un médecin qui se contentera de signer quand il passera.

Autre exemple, il existe des électrocardiogrammes à des prix relativement acceptables. Ils donnent le tracé sur papier avec le diagnostic probable et les traitements afférents.

Cependant, il existe désormais en Angleterre un robot médecin. Il s’agit en fait d’un logiciel du nom de Babylon créé par l’entreprise britannique du même nom. C’est un chatbot : entendre par là qu’il est possible de discuter avec lui, de « chatter » comme on dit. Il se présente comme un ensemble de pièces métalliques verticales affublées d’un masque et d’une blouse blanche pour faire plus humain.

Ce logiciel interroge le patient par un langage en SMS, et il peut même ausculter. Il propose un diagnostic. En gros ce que le robot sait analyser, correspond à ce qui est demandé aux étudiants en médecine en fin d’études. Il donnera 82 % de réponses bonnes et les étudiants 72 %. Il y a donc là une intelligence artificielle élaborée. Le fondateur de ce robot Ali Parsa travaille en relation avec le Service national de Santé britannique (NHS). Il déclarera : « L’humanité fait un pas important vers un monde où personne ne se verra refuser des conseils de santé sûrs et précis ».

Il en a résulté une controverse entre le Royal College of Physicians qui regroupe 34.000 médecins sur le plan international et le Collège Royal des praticiens généralistes britanniques. Pour le premier, nous sommes dans la médecine du « futur » et pour le second au contraire : « Les machines sont des machines, les médecins sont des professionnels hautement formés et entraînés. Les deux ne peuvent être comparés ; une machine peut assister un médecin mais ne pourra jamais le remplacer. » Le directeur de Babylon, Ali Parsa a déclaré que les généralistes défendaient un « statu quo démodé ». Il souligne que les deux tiers des dépenses du NHS sont consacrés aux salaires de ses agents, et a appelé la communauté médicale à se réjouir du développement de cette l’intelligence artificielle, qui doit permettre, selon lui, de réduire les coûts des soins. Cependant, comme le rappelle le Royal College, ces résultats doivent être considérés avec du recul ; en effet, le diagnostic ne repose pas que sur des listes de symptômes ; il y a un important aspect humain, psychologique et social à prendre en compte.

D’autres comparaisons ont été effectuées avec sept médecins hautement qualifiés. Au mieux, sur des questions très difficiles, ceux-ci arrivaient au niveau du robot à 98 % ; mais ce dernier les larguait à 64 % voire à 52 % sur un certain nombre de sujets précis. Cent pathologies avaient été prises en compte.

Qu’on le veuille ou non cette intelligence artificielle (I.A.) médicale dépasse les humains. Ali Parsa fait valoir qu’il manque au moins 5 millions de médecins dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La moitié de l’humanité n’a pas accès aux soins de base. « Les résultats montrent clairement comment l’intelligence artificielle médicale peut décharger une partie du fardeau pesant sur les systèmes de soins à travers le monde… Les résultats de Babylon démontrent qu’il est possible pour n’importe qui, peu importe sa situation géographique, d’obtenir gratuitement des conseils médicaux de même qualité que ceux des médecins les plus expérimentés ». Il a certes raison… qu’on le veuille ou non.

Jean-Pierre Dickès

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