
La rapide arrestation de Nicolas Maduro lors du raid états-unien du 3 janvier dernier suscite des interrogations : y aurait-il eu des négociations entre le pouvoir vénézuélien et l’administration Trump ? Entre les puissances amies du Venezuela et la puissance américaine ?
La capture de Nicolas Maduro, président du Venezuela, par des forces spéciales états-uniennes a des allures de film bien rodé
La capture de Nicolas Maduro, président des Etats-Unis, par des forces spéciales états-uniennes a des allures de film bien rodé, tellement elle a été facile. Certains s’interrogent s’il n’y a pas eu des négociations au préalable entre différents acteurs et hors du bruit des caméras !
Entre des cercles du pouvoir vénézuélien, pourquoi pas Maduro lui-même, mais aussi entre les trois grands empires, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. C’est la thèse soutenue par différents analystes.
Premièrement, affirmant que le Venezuela était un « pays frère » des États-Unis et que son gouvernement était amical, le président vénézuélien Nicolas Maduro avait tendu jeudi, lors de son discours pour le Nouvel An, un rameau d’olivier à son homologue américain Donald Trump, proposant des discussions « sérieuses » sur la lutte contre le trafic de drogue et offrant aux entreprises américaines un accès au pétrole de son pays. Dans son message, Maduro avait rappelé que lors de sa dernière conversation avec le président américain en novembre, ce dernier s’était adressé à lui sous le titre de « M. le président », reconnaissant de fait son autorité.
Chine, Russie, cercles du pouvoir vénézuélien, ont-ils trahi Maduro ? Ou a-t-il lui-même négocié son arrestation ?
En outre, le jour même de sa capture, Nicolas Maduro recevait une délégation chinoise afin de discuter d’unir leurs forces. Elle était certainement encore présente la nuit de la prise du président vénézuélien. Se pourrait-il que la Chine n’ait pas été avertie de l’action américaine avec tous les risques que cela engendrait pour les représentants du tigre asiatique ?
Ajoutons que la résistance militaire était pratiquement absente lors du raid du 3 janvier alors que Nicolas Maduro, se sachant dans le viseur des Etats-Unis, était censé être lourdement armé et protégé.
Pas de chaos, quelques morts, des dégâts… comme si tout était organisé pour faciliter la capture de Nicolas Maduro. On peut se demander si les militaires autour de lui ne l’ont pas trahi ni si lui-même n’a pas négocié son arrestation, se sachant fini quoi qu’il en soit, et préférant, plutôt que de finir assassiner, quelques années de prison aux Etats-Unis avant une grâce présidentielle et une libération anticipée suivie d’une retraite dorée quelque part. A la fin de l’année 2025, Trump n’a-t-il pas gracié l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, qui avait été condamné par la justice américaine en 2024 à 45 ans de prison, accusé d’avoir transformé son pays en un ‘narco-État’ en facilitant l’importation de près de 500 tonnes de cocaïne vers les États-Unis en échange de millions de dollars de pots-de-vin de la part de cartels (notamment celui de Sinaloa) ?
Ainsi que le souligne la journaliste Elisabteh Lane, il se pourrait donc que ce soit « une affaire de corruption. De l’argent a circulé. Les allégeances ont changé et Maduro s’est retrouvé derrière les barreaux ».
Et de dérouler son analyse :
« Je suppose que ce sont les militaires chargés de sa protection qui l’ont trahi. C’est pourquoi les opérateurs savaient exactement où aller, quand y aller et ce qu’ils trouveraient sur place : rien. Aucune résistance. Aucune surprise. Juste une porte ouverte et un aller simple. C’est aussi pourquoi Trump a pu déclarer avec désinvolture : « Nous contrôlons le Venezuela. » Si cela avait été une véritable opération spéciale, nous ne serions « contrôlables » de rien. On ne contrôle pas un pays en kidnappant un homme. On le contrôle quand son appareil sécuritaire travaille déjà pour vous ! Et oui, il s’agit bien de la même armée vénézuélienne qui est passée à la télévision pour dénoncer les États-Unis. Leur indignation n’est que du théâtre. C’est destiné à la consommation intérieure, pour maintenir le calme, éviter la panique, vendre l’illusion de la souveraineté. En coulisses, le marché est conclu. Aucune représailles ne sera exercée tant que les paiements sont effectués et que le scénario est respecté, et une fois de plus, certains idiots aux États-Unis y croient… Trump ne bluffait pas, il est aux commandes. »
Un nouveau Yalta est en cours, pour redéfinir les zones d’influence des trois grands empires, Etats-Unis, Chine et Russie
Comment ne pas donner raison à cette autopsie d’une capture quand l’on lit aujourd’hui la déclaration Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela, qui annonce une coopération avec les Etats-Unis :
« Message du Venezuela au monde et aux États-Unis
Le Venezuela réaffirme sa vocation de paix et de coexistence pacifique. Notre pays aspire à vivre sans menaces extérieures, dans un environnement de respect et de coopération internationale. Nous croyons que la paix mondiale se construit en garantissant d’abord la paix de chaque nation. Nous considérons comme prioritaire d’avancer vers une relation internationale équilibrée et respectueuse entre les États-Unis et le Venezuela, ainsi qu’entre le Venezuela et les pays de la région, fondée sur l’égalité souveraine et la non-ingérence. Ces principes guident notre diplomatie avec le reste des pays du monde. Nous adressons une invitation au gouvernement des États-Unis à travailler conjointement sur un agenda de coopération, orienté vers le développement partagé, dans le cadre de la légalité internationale, et à renforcer une coexistence communautaire durable. Président Donald Trump : nos peuples et notre région méritent la paix et le dialogue, pas la guerre. Tel a toujours été le principe du président Nicolás Maduro, et c’est celui de tout le Venezuela en ce moment. (…) Delcy Rodríguez, Présidente par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. »
Les communistes vont rester en place du moment qu’ils collaborent avec les Etats-Unis.
Ce qui nous même à la seconde analyse de toute cette opération, celle du géo-politologue Alexandre del Valle sur X : un nouveau Yalta est en cours, pour redéfinir les zones d’influence des trois grands empires, Etats-Unis, Chine et Russie, et leur contrôle des ressources stratégiques et des routes commerciales, la lutte contre la drogue ou les dictateurs, communiste ou autre, n’est que du blabla :
« Trump confirme la thèse de mon livre sur le nouveau Yalta en cours : des bouts d´Ukraine à la Russie ; peut-être Taïwan à la Chine mais la doctrine Monrore US élargie pour l’hémisphère ouest. L’opération US de la capture de Maduro dépasse bien évidemment la simple lutte anti-narcotrafic : c’est un acte de puissance américaine directe au cœur de l’Amérique latine, fidèle à ce qui était clairement indiqué dans le dernier document sur la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine. Neutraliser Maduro redistribue les cartes énergétiques (dépendances, prix du baril, intégrations Chine/Occident). Nous assistons à un choc tectonique géopolitique qui rebat les alignements, les priorités stratégiques et la crédibilité des institutions internationales, relégués à l’impuissance et au discrédit depuis le retour de Trump. »
Gen. Laura Richardson lists the Lithium Triangle in Argentina, Bolivia, and Chile, Venezuela’s gold and oil, Guyana’s crude, and 31% of the planet’s fresh water as “national security” interests.
No mention of democracy, human rights, or self-determination, just resources. pic.twitter.com/Ghv6EagNSa
— ADAM (@AdameMedia) January 3, 2026
Mais depuis le premier Yalta, les temps ont changé, de nouvelles forces et puissances ont émergées, et surtout « le système du pétrodollar qui a permis aux États-Unis de rester la puissance économique dominante pendant 50 ans » est en train de s’effondrer. Ces manœuvres trumpiennes pourraient s’avérer sans effet à long terme…
Francesca de Villasmundo
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