Bruno de Seguins Pazzis a fait paraître en 2018 aux éditions du Cerf un ouvrage de référence unique en France recensant 1200 films sur les thématiques chrétiennes. C’est une quasi-encyclopédie qui présente beaucoup de qualités et une utilité pratique certaine.

« Quand le christianisme fait son cinéma » recense les films dans les genres les plus divers sur l’Ancien et le Nouveau Testament, Jésus, Marie, les saints, le prêtre, les anges, le diable…

L’auteur s’attarde de façon justifiée sur plusieurs films : La Passion du Christ, Théorème, Cristeros, Sophie Scholl, Marie Heurtin, L’apôtre, Ida

Bruno de Seguins Pazzis invite dans son avant-propos les lecteurs à compléter et améliorer son livre. Le peu de pages Web évoquant ce travail unique nécessite d’en apporter au moins une autre :

Passons rapidement sur la rédaction qui manque un peu de finition : deux paragraphes apposés sur Ponce Pilate (page 41), un pape XII (page 49), un titre de film non écrit en italique (page 135), etc…

La couverture de l’ouvrage est sans doute efficace commercialement mais ne préfigure pas au premier abord de la qualité et du sérieux du travail. Il serait dommage de passer à côté de ce livre à cause de cette mauvaise impression. Au bout de la lecture des plus de 500 pages de « Quand le christianisme fait son cinéma », la couverture se révèle finalement très pertinente : le cinéma de façon général n’est pas toujours sérieux et néanmoins dans le fatras de tous les films de propagande et de divertissement existent quelques « pépites » qui justifient à elles seules le temps passé pour les trouver.

Un peu plus gênant pour la facilité de lecture est le référencement de mêmes films dans plusieurs chapitres : films sur Bernadette (pages 81 et 112), films sur Saint Antoine de Padoue (page 120 et 140)…Citer le même film dans les deux chapitres distincts est justifiée par la construction thématique des chapitres mais cela égare un peu le lecteur qui peine déjà à faire le tri !

L’auteur prend le parti de citer les différents genres de films qui magnifient ou salissent la religion, les bons comme les mauvais films, les films de promotion comme de désorientation, les films religieux et les films érotiques, les films nuancés comme ceux d’expression de haine de la chrétienté. Au milieu des commentaires sur les bons films, l’auteur s’inflige le supplice de regarder et commenter les films bêtes, ridicules, vulgaires ou obscènes. Autant de temps gagné pour le lecteur dans sa sélection de film à visionner. Néanmoins, pour le lecteur pressé il manque d’une part une table des films jugés intéressants par l’auteur, et d’autre part une table unique complète des films avec le renvoi à la page concernée.

Pour ce qui est de la liste des 1200 films, je rajoute trois commentaires personnels rapides :

  • Il existe un film plus ancien en noir et blanc sur la vie Charbel Makhlouf que le Charbel de Lebbos (2009). Les deux films sont sur le fond de même qualité.
  • La force du film de L’exorciste de Friedkin (1973) est de casser la foi de charbonnier en la toute-puissance de la science. L’efficacité du film et la modestie de ses moyens contrastent avec les films récents Hollywoodien cités dans l’ouvrage qui massacrent lourdement la foi chrétienne.
  • Todo Modo de Petri (1976) est plus politique que religieux, au sens où tous les participants ne se préoccupent que de leur intérêt et la foi n’est qu’un argument de spectacle à leur carrière.

L’auteur met à disposition des listes non exhaustives des films par chapitre mais certaines œuvres mériteraient d’être rajoutées car elles contribuent à notre édification :

  • Augustin d’Hippone de Rosselini (1972) un des pères de l’Eglise,
  • Blaise Pascal de Rosselini (1972) sur le jansénisme, auquel il est possible de rajouter Tous les matins du monde de Corneau (1991)
  • La passion de Catherine Emmerich de Sublieva (1969) sur une mystique exceptionnelle,
  • La parole de Dreyer (1955) sur notre difficulté à croire l’incompréhensible,
  • Sous le soleil de Satan de Cardinale (1971) pour la force de l’œuvre,
  • The song de Ramsey (2014) sur la beauté et les écueils que la musique entraîne,
  • Le voyage du pèlerin film d’animation de Cawthon (2005) afin de faire grandir ensemble petit et grand. La version d’Anderson (1979) n’est pas du même niveau, quant à la version de Fernandez (2019) je ne l’ai pas vu.
  • Qui a envie d’être aimé ? de Giafferi (2010) sur la question de la conversion,
  • Les chouans de Calef (1946) sur la résistance vendéenne,
  • La Bolduc de Bouvier (2018) sur une famille catholique québécoise face au succès médiatique.

A cette liste, il est possible de rajouter quelques oeuvres moins édifiantes :

  • Saint-Germain ou la Négociation de Corbiau (2003) sur les huguenots,
  • Persecuted de Lusko (2014) sur les liens entre la politique et la religion,
  • Love exposure de Nishijima (2011) sur les pertes de repères dans la société japonaise
  • Manika de Asrar (1986) sur une tendance œcuménique New-age sur lesquels les prêtres sont entraînés.

Comme il a été reproché à l’auteur d’écrire un ouvrage de parti pris, je confirme qu’il apporte des commentaires personnels et judicieux sur chacun des films. Quand on a la foi, il est normal de prendre parti pour le Bien, le Vrai et le Beau et ne pas se masquer d’une objectivité autant relative qu’hypocrite. Un chrétien n’est pas spectateur passif du monde ou du cinéma mais est d’abord un acteur vivant de l’Eglise.

La recherche d’un confort de téléspectateur passif devant les images animées vident l’âme des hommes (télévision, smartphone, tablette, cinéma…). C’est une plaie grandissante dans notre monde. A ce cinéma de distraction, Bruno de Seguins Pazzis oppose son travail d’examen des œuvres et invite à un regard attentif ainsi qu’à une compréhension profonde. En un sens l’auteur rappelle que toutes les images chrétiennes qu’elles soient sous formes de peintures, sculptures, croix présentes sur nos chemins, églises ou magnifiques cathédrales sont des appels à entendre le Verbe et une incitation au travail vers la sainteté.

Merci à Bruno de Seguins Pazzis pour son excellent livre !

Yann Esteveny

Source de l’image : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18430/quand-le-christianisme-fait-son-cinema

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3 commentaires

  1. En plus d’être une somme considérable, cet ouvrage interroge aussi l’avenir du traitement de la religion au cinéma à une époque ou Dieu est, plus que jamais, sous le feu des projecteurs…
    Plus d’information, sommaire détaillé et commande sur Livres en Famille https://www.livresenfamille.fr/divers/15161-bruno-de-seguins-pazzis-quand-le-christianisme-fait-son-cinema.html?aff=NTo2

    • Yann Esteveny says:

      Message à Mme Anne Charlotte Lundi,
      Merci pour votre commentaire élogieux sur cette “critique” à l’adresse auquel vous renvoyez.

      Respectueusement

  2. Louis Saint-Viator says:

    Vous citez “Sous le soleil de Satan de Pierre Cardinale” (1971) pour la force de l’œuvre: Il s’agit là d’un téléfilm (dormant dans les archives de l’INA que j’ai visionné l’an dernier) qui bien qu’intéressant n’a pas la même force que l’adaptation cinématographique réalisée par Maurice Pialat.

    Pour information, et puisque je ne m’écarte point trop du sujet, j’assurerai la projection exceptionnelle du film “Les Hommes ne regardent pas le ciel” en version française, au Prieuré Saint Irénée de Lyon le Jeudi 10 octobre au soir.

    Biopic de 1952 réalisé par Umberto Scarpelli avec Henri Vidon, Tullio Carminati, Isa Miranda, Miranda Campa et Antonio Centa.
    Musique d’Umberto Mancini.

    Le pape Pie X, profondément attristé et inquiet à l’idée de l’immense tragédie qui menace l’humanité, s’efforce d’empêcher le déclenchement de la Première Guerre mondiale…

    Cordialement