Faut-il encore présenter Bernard Lugan ?
Auteur de plus de trente ouvrages consacrés à l’Afrique, universitaire et expert auprès du TPIR (ONU), il fut professeur à l’Ecole de Guerre et aux Ecoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Président-fondateur de l’Association pour le rétablissement du duel en matière de presse (ARDMP), Bernard Lugan dirige la revue L’Afrique réelle.Il nous livre ici une étude approfondie et claire sur ce continent, ses mythes et ses légendes, remettant l’histoire à l’endroit ; un livre d’histoire qui se lit comme un roman.
La colonisation de l’Afrique n’a pas débuté avec les Européens. Avant le Congrès de Berlin, durant plusieurs millénaires, des Africains ont en effet colonisé d’autres Africains. Ce phénomène fut bloqué puis remplacé par la colonisation européenne, une entreprise à la fois tardive et brève :
- Tardive car, à l’exception du comptoir du Cap (XVIIe siècle), et de l’Algérie (à partir de 1830), la colonisation du continent africain par sept nations européennes (France, Grande-Bretagne, Portugal, Belgique, Espagne, Italie et Allemagne), ne se fit qu’à partir de la dernière décennie du XIXe siècle.
- Brève également car le mouvement de décolonisation débuta dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour s’achever durant la décennie 1960. La durée de la colonisation européenne de l’Afrique fut donc celle d’une vie humaine, une parenthèse chronologique insignifiante à l’échelle de l’histoire pluri-millénaire du continent.
Phénomène unique dans l’histoire mondiale des colonisations, la tardive et brève colonisation européenne n’eut pas pour résultat le remplacement des populations locales par des colons envahisseurs. En 1939 – à l’apogée du système colonial européen –, dans toute l’immense Afrique coloniale française, AOF et AEF plus Madagascar, soit environ 9 millions de km2, vivaient en effet 100 000 « colons » pour plus de 55 millions d’« indigènes » selon le vocabulaire de l’époque.
Bien différentes furent les colonisations internes à l’Afrique puisqu’elles eurent deux grandes caractéristiques fondamentalement différentes de la parenthèse coloniale européenne :
- Elles furent anciennes car elles débutèrent avec le Néolithique ;
- Elles aboutirent à de multiples « grands remplacements », les primo occupants africains étant soit éliminés, assujettis, réduits en esclavage ou chassés par ceux des Africains qui s’emparaient de leurs terres.
Loin des reconstructions artificielles aussi idylliques qu’idéologiques opérées par les courants afrocentristes et décoloniaux (Lugan, 2021), la réalité est que, avant sa colonisation par les Européens, l’Afrique connaissait, du Sahel au nord, jusqu’au cap de Bonne-Espérance au sud, et du Sénégal à l’ouest jusqu’à la Somalie à l’est, de multiples et diverses colonisations. Partout, les peuples les plus forts colonisaient, soumettaient ou détruisaient les plus faibles. Dans les immensités sahéliennes se déroulaient ainsi les colonisations opérées par divers émirats peul ou apparentés, cependant que la cuvette du Congo et les plateaux de l’est africain étaient dévastés par la colonisation zanzibarite. Quant au sud du continent, les Shona, les Sotho et les Damara y étaient réduits en esclavage ou chassés de leurs terres par les Zulu, les Ndebele ou les Herero.
Au sud du Sahara, la réalité – totalement occultée aujourd’hui par la chape de plomb de « l’historiquement correct » – est que la colonisation européenne libéra les populations africaines alors colonisées par d’autres Africains. Pour les peuples dominés, l’arrivée des Européens ne fut donc pas ressentie comme une conquête, mais tout au contraire comme une libération. Une libération des raids esclavagistes, de la mise en servitude, des diverses formes d’oppression et de massacres.
Dans cet ouvrage, Bernard Lugan s’appuie sur des exemples variés et documentés : colonisation des Sahariens noirs par les Berbères, expansion des peuples bantuphones, colonisation des Berbères par les Arabes, conquêtes des Peul au Sahel, empire esclavagiste de Rabah, impérialisme tutsi au Rwanda, double colonisation de Madagascar par des Indonésiens et des Africains, dévastation de la cuvette du Congo et des plateaux de l’est africain par la colonisation zanzibarite. Quant au sud du continent, les Shona, les Sotho et les Damara y étaient réduits en esclavage ou chassés de leurs terres par les Zulu, les Ndebele ou les Herero.
En remettant en lumière ces dynamiques internes à l’Afrique, l’auteur entend rééquilibrer le récit historique monopolisé par la seule colonisation européenne. Il en ressort une histoire complexe, traversée de conflits, de grands remplacements, d’esclavages endogènes et de royaumes oubliés.
Plus d’informations – sommaire détaillé, et commandes sur LIVRES EN FAMILLE
Quand les Africains colonisaient l’Afrique, Bernard Lugan, Editions du Rocher, février 2026, 240 pages, 19.90 €
Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !







