Le peuple turc a parlé (du moins selon la latitude qu’on lui a laissée) au sujet du référendum et a préféré répondre EVET (oui) qu’HAYIR (non). 58,37 millions de Turcs étaient appelés aux urnes, 49,8 millions se sont déplacés et 0,865 million ont voté blanc ou nul. Selon les derniers résultats, le OUI l’emporterait  avec 51,4 % contre 48,6 % pour le non. Les sondages avaient été très fluctuants lors de la campagne, la fourchette du oui allant de 23,2 % (sondage Gezici du 23 février 2015) à 62 % (sondage ORC du 26 janvier 2017) et celle du non allant de 27,4 % (sondage Qriously du 28 mars 2017) à 76,8 % (sondage Gezici du 23 février 2015). Les résultats sont d’ailleurs décevants par rapport aux derniers sondages qui donnaient le OUI autour de 59,5 %.

Sur le plan politique, le président Recep Tayyip Erdogan  avait gagné toutes les élections depuis 2002. Le référendum était soutenu sur le plan parlementaire par le parti présidentiel AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi, Parti de la Justice et du Développement, national-musulman) et le MHP (Milliyetçi Hareket Partis, Parti du Mouvement Nationaliste, extrême droite), sauf 6 de ses élus. Les deux autres formations représentées, le CHP (Cumhuriyet Halk Partisi, Parti Républicain du Peuple, socialiste) et le parti kurde HDP (Halkların Demokratik Partisi, Parti Démocratique des Peuples, extrême gauche), ainsi que les deux députés indépendants (un ex-CHP et un ex-MHP). 

L’analyse des résultats par provinces est instructive. La Turquie est vraiment coupée en deux. Sur les 81 Iller (provinces), 35 ont voté oui, 46 non. La Thrace turque et Istanbul, la façade méditerranéenne jusqu’à Antakya, ont voté oui (soit 18 Iller), de même que les trois provinces de la capitale (Ankara, Eskisehir et Bilecik), le Il de Zonguldak sur la Mer Noire (cité minière et fiel électoral socialiste) et bien sur, les 10 provinces à majorité kurde et les deux de l’ancienne Arménie. C’est la Turquie « de gauche » qui a massivement voté pour le non, la Turquie la plus occidentalisée et soumise à la culture mondialiste. La Turquie rurale, la Turquie des mosquées, la Turquie du pays réel, a voté largement oui.

Quant à la diaspora turque, elle a voté massivement en faveur des intentions présidentielles : 62 % de oui. 75 % des Turcs  de Belgique, 73,2 % de ceux d’Autriche, 70,3 % de ceux des Pays-Bas, 65,2 % de ceux de France, 63,1 % de ceux d’Allemagne et 60,6 % de ceux du Danemark ont voté EVET, le non étant majoritaire que dans les pays à moindre communauté turque, tels l’Espagne, la Suisse, la Russie ou le Canada.

Depuis le coup d’état raté de la 1re armée turque le 16 juillet 2016, une vague d’épuration qui rappelle en intensité (mais en beaucoup, beaucoup moins meurtrière) celle qui frappa la France en 1944, avec 40.000 arrestations et 100.000 révocations dans divers corps d’état. Le 3 avril, 45 juges et procureurs suspectés de liens avec le prédicateur Fethullah Gülen  ont été révoqués. Au 4 octobre 2016, alors que l’état d’urgence venait d’être prolongé de 3 mois (comme en France…), le bilan de l’épuration était le suivant : 12.801 policiers révoqués dont 2.523 gradés (4,7 % des effectifs), 32.200 fonctionnaires suspendus (1 % des effectifs) dont 15.200 enseignants de l’école publique (6.000 seront réintégrés en novembre), soit 2 % des effectifs  et 21.000 enseignants des écoles privées. 1043 écoles privées seront fermées, ainsi que 15 universités et 35 centres hospitaliers.  Le 27 juillet 2016, le gouvernement fit fermer 16 chaînes de télévision, 23 stations de radios, 45 journaux, 15 magazines, 3 agences de presse, 29 maisons d’édition et 47 journalistes ont été arrêtés. La haute fonction publique fut plus touchée : 8.000 militaires ont été arrêtés dont 118 des 360 généraux, 149 d’entre eux ayant été limogés, y compris le régiment de la Garde Présidentielle qui fut dissous et 300 de ses 2.500 hommes arrêtés.  2.854 juges et procureurs ont été placés en détention, une grosse part des personnes arrêtés (5.837 au total). Par ailleurs, 104 fondations, 1.200 organisations caritatives et 19 syndicats ont été fermés.

Le référendum peut aussi constituer un  excellent dérivatif à une situation économique tendue. Depuis 2001, la livre turque s’est totalement dépréciée par rapport à l’or, le cours de ce dernier étant multiplié à 11, passant de 400 à 4671 livres l’once. La Banque Centrale Turque, par le truchement du vice-Premier Ministre Mehmet Simsek, a ainsi prévu un projet de placement des réserves d’or des particuliers contre un versement d’intérêts.  Outre le fait que cela démontre une volonté de la Turquie de ne plus emprunter à l’étranger, le site économique Zero Hedge y voit l’amorce d’une spoliation. Il peut constituer aussi un contre-feu suite à la reprise des attentats dans le pays depuis le putsch raté (Istanbul a été particulièrement frappée) qui ont fait au total plus de 300 morts, la répression accrue au Kurdistan et les revers en Syrie. Le rapprochement de la Turquie avec la Russie et les liens privilégiés d’Erdogan tant avec Poutine qu’avec Trump peuvent permettre à la Sublime Porte de prendre une importance diplomatique accrue. La Turquie voyant sa croissance en berne depuis 2 ans, tout échappatoire est bon à prendre.

Il y a désormais deux Turquies, comme il y a deux USA, deux Frances, deux Venezuelas,  deux Autriches. Deux factions de la société absolument irréconciliables, dans une atmosphère de pré-guerre civile. Dans l’article à charge paru dans le journal d’extrême gauche Slate le 16 avril, Ariane Bonzon critique notamment : « le système électoral, qui élimine les partis qui ne recueillent pas plus de 10% des suffrages, le contrôle absolu des médias… ». Mais la Turquie « de droite » d’Erdogan serait en droit d’adresser les mêmes critiques à la France « de gauche » au pouvoir à Paris, où le premier parti en terme de voix n’a que 2 députés et n’est représenté dans aucun médias, la presse d’opposition en France (Minute, Présent, Rivarol…) étant à peine moins persécutée qu’en Turquie (plusieurs journalistes ou écrivains dissidents sont réfugiés à l’étranger ou sous menace d’arrestation : Hervé Ryssen, Vincent Reynouard, Boris Le Lay, qui sont accusés par le régime français des mêmes choses que leurs homologues turcs de gauche sous la menace des prisons d’Erdogan). A Paris comme à Ankara, choisi ton camp, camarade. Etre au milieu te vaudra de te faire tirer dessus des deux côtés.

Hristo XIEP

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