Junker et Tsipras

Marine Le Pen, présidente du Front national, intervenait en séance plénière à Bruxelles le 25 février, au sujet des résultats des négociations de l’eurogroupe:

« La capitulation [du gouvernement grec] face au chantage de l’Union européenne et de l’Allemagne est totale et on peut faire le pari que très rapidement, hélas !, ce gouvernement tombera dans les abimes de l’impopularité »

Tsipras avait promis un tournois héroïque sur son cheval blanc face au cheval noir européiste. Moins d’un mois après son élection, il a déjà tout cédé à l’Europe!

Tsipras roulait encore des mécaniques par des déclarations  de matamore à la presse allemande il y a une semaine encore:

« Je m’attends à des négociations difficiles lundi. Pour autant, je suis tout à fait confiant(…) Nous ne voulons pas de nouveaux prêts d’aide. (…) Au lieu d’argent, nous avons besoin de temps pour mettre en oeuvre notre plan de réformes. Je vous le promets: après ça la Grèce sera un autre pays dans six mois (…) Je veux une solution gagnant-gagnant. Je veux sauver la Grèce d’une tragédie et préserver l’Europe de la division »

Lundi dernier, la position de la Grèce était pourtant inextricable: après les échecs des pourparlers de la semaine précédente, les taux d’emprunt continuaient à flirter avec les 10%, et les agences de notations multipliaient les avertissements.

Mais, le porte-parole du gouvernement grec continuait de  déclarer:

« La Grèce ne poursuivra pas dans la voie d’un programme qui a les caractéristiques des programmes des précédents giouvernements », a déclaré Gabriel Sakellaridis.

Pourtant, le ministre grec Varoufakis était clairement prévenu sur les positions européennes. Il suffisait d’écouter les propos du ministre allemand de l’économie, Volfgang Schaüble, à la radio allemande sur les possibilités d’un accord:

« D’après ce que j’ai entendu dire des négociations techniques au cours du week-end, je suis très sceptique, mais un rapport nous sera remis aujourd’hui et nous verrons à ce moment-là. (…) Le problème est que la Grèce a vécu au-dessus de ses moyens pendant longtemps et que personne ne veut plus (lui) donner de l’argent sans garanties ». Wolfgang Schäuble a par ailleurs jugé que le nouveau gouvernement grec se comportait de façon « assez irresponsable » et que cela n’apportait rien d’insulter ceux qui avaient soutenu le pays dans le passé.

Même Moscovici, qui n’est pourtant jamais avare d’une niaiserie avait déclaré:

Il y aura « une discussion dont je sais qu’elle sera compliquée et que j’aborde avec la certitude qu’on peut aboutir », a déclaré Pierre Moscovici à son arrivée à la réunion des ministres des Finances de la zone euro. « Il faut aboutir, on peut aboutir. Quand on a la capacité et la volonté, on peut aboutir », a-t-il insisté, tout en excluant de travailler à un nouveau programme d’aide pour la Grèce.

Ces déclarations en langage pourtant diplomatique, signifiaient que l’UE comptait sur la capitulation grecque et qu’il ne restait que la porte de sortie à la Grèce pour Tsipras pour assumer ses promesses électorales

.

Le président de l’Eurogroupe, qui n’était plus dans la diplomatie, Jeroen Dijsselbloem, avait d’ailleurs dit:

Il est « très clair que le prochain pas doit venir des autorités grecques (…) et au vu du calendrier, on peut utiliser cette semaine, mais c’est à peu près tout », a déclaré le président de l’Eurogroupe après l’interruption abrupte des négociations entre ministres des Finances des Etats membres de la zone euro à Bruxelles.

Il évoquait la possibilité d’une nouvelle réunion exceptionnelle des mêmes ministres vendredi. « A condition que les Grecs demandent une extension et présentent une requête valable », selon l’entourage de M. Dijsselbloem.

Du coup, ce fut le « clash » lundi soir .

Vers 18 heures, au bout de trois heures de réunion, l’information tombait: la délégation se retirait des discussions après que Jeroen Dijsselbloem eut distribué un texte « inacceptable », avec en substance:

Les  Grecs s’engager à « accepter de conclure avec succès le plan d’aide”, tandis que les Européens s’engagent à “utiliser toutes les flexibilités que recèle le programme actuel.».

Et un ministre grec ajoutait:

« Ce n’était pas du tout ce dont nous avions discuté avant l’Eurogroupe avec Pierre Moscovici [le commissaire européen à l’économie], avec qui nous avons eu un échange très constructif », a assuré une source gouvernementale grecque. Moscovici avait-il trompé ses interlocuteurs grecs ?

Moscovici ignore-t-il qu’il est maintenant, non plus dans les bisounours français mais sous la botte allemande ? Dans tous les cas, la réunion de lundi a tourné court.

Ultimatum de l’Union Européenne

Le lendemain de cet échec cuisant, Tsipras continuait à jouer les gros bras en annonçant pour la fin de la semaine le vote de mesures sociales, alors que l’Union avait fixé au vendredi l’ultimatum pour trouver un accord avec la Grèce.

Pendant ce temps, la situation financière grecque devenait critique. Varoufakis avait beau déclarer que la Grèce n’avait pas besoin d’argent mais de temps, le gouvernement grec tirait la sonnette d’alarme auprès de la BCE. Le pays demandait 5 milliards de rallonge sur les prêts d’urgence pour éviter la faillite du système bancaire.

La BCE décidait finalement de relever son plafond de 3,3 milliards, pour alimenter les banques grecques jusqu’au lundi suivant.

L’heure du clash allait sonner quand Tsipras posait un premier genou à terre jeudi matin. Après une nuit d’intenses négociations à distance entre Juncker et Tsipras, Varoufakis envoyait une lettre au président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem: Par la Lettre de la Grèce à l’Eurogroupe le gouvernement Tsipras demandait donc officiellement l’extension pour 6 mois du programme d’aide en cours, le Master Financial Assistance Facility Agreement. Demande assortie de plusieurs reculades: le respect des objectifs fiscaux grecs et le financement neutre des nouvelles mesures du gouvernement Tsipras, et surtout le maintien d’une « troïka » dont la seule différence avec la précédente était son changement de nom. Enfin, la promesse de la préparation d’un plan de croissance respectueux des engagements grecs.

Tsipras à genoux

La Grèce se soumettait donc aux conditions imposées par l’Eurogroupe pour obtenir une aide de l’Union: elle demandait officiellement l’extension du plan actuel et prenait des engagements sur le respect de ses obligations.

En France certains à gauche ont argumenté, pour sauver la face, qu’il s’agissait d’une ruse de Tsipras pour gagner du temps, qui peut le croire ?

Tsipras avait comparé les dirigeants allemands à Hitler voulant faire du savon avec le gras des Grecs dans le journal qui le soutient, Avghi, la réponse de Schaüble s’est montrée à la hauteur de la comparaison en maintenant la tête de Tsipras sous l’eau même après sa reddition.

« En vérité, elle vise à obtenir un financement-relais, sans remplir les exigences du programmes. Le courrier ne remplit pas les critères définis lundi par l’Eurogroupe. » selon Martin Jäger, le Porte-parole de Volfgagng Schaüble.

Angela Merkel ne fut pas en  reste :

Il y a « encore un besoin considérable d’améliorations de la substance des propositions pour que nous puissions obtenir un accord au Bundestag », a-t-elle prévenu.

L’Humiliation

Il était de toute évidence beaucoup plus acceptable pour l’Union Européenne que la Grèce ouvre ses frontières à l’invasion des pays de l’Union Européenne, que de résister aux banques. Alors que le texte proposé par Dijsselbloem le lundi précédent était encore flou, Varoufakis s’est présenté à l’Eurogroupe vendredi la corde au cou. Ouverte à 16h30 la réunion était conclue à 20 heures avec l’annonce d’un projet d’accord prévoyant qu’Athènes devait envoyer lundi soir au plus tard une liste de réformes à adopter. Un communiqué s’en est suivi, en substance:

« Les autorités grecques présenteront une première liste de réformes, fondées sur l’accord actuel, au plus tard le lundi 23 février. Les institutions se livreront à une première lecture pour savoir si ces propositions sont suffisantes pour constituer un point de départ pour une conclusion positive de l’examen global. La liste sera ensuite précisée et soumise à l’agrément final des institutions à la fin du mois d’avril. Seule l’approbation de la conclusion de l’examen global (…) permettra de débourser la tranche prévue (…).

Les autorités Greques réitèrent leurs engagements univoques à honorer leurs obligations financières, complètement et en temps voulu, envers leurs créditeurs »

On le voit, les rodomontades de la Grèce ont fait long feu, et encore l’accord trouvé vendredi soir est-il très éloigné d’un blanc-seing. De nombreux “examens” seront nécessaires avant une conclusion définitive. Tsipras ne s’en sortira pas avec des promesses et de bonnes intentions!

Tsipras a donc officiellement renoncé à toute prétention sur la re-négociation de la dette grecque, ainsi que l’annonce Marine Le Pen. Le romantisme de Syriza n’aura pas fait long feu! S’engage désormais pour la Grèce, un compte à rebours qui doit s’achever fin avril… Va-t-il, d’ici là actionner ses menaces de négociations alternatives avec la Russie ou la Chine ? C’est très peu probable au moment où les relations France-Allemagne-Russie semblent nettement s’améliorer. La Grèce ne semble pas d’un poids suffisant pour contrebalancer les profits d’une bonne entente de la Russie avec ces deux partenaires de poids.

Et si c’était la France ? Et si c’était Marine Le Pen ?

Bon, eh bien qu’en pense Mélenchon qui se voyait déjà à la tête d’un syriza français ? Qu’en pense Podemos, le mouvement espagnol qui faisait de Syriza son porte-drapeau, Mélenchon en tête ? Si on en croit les sondages, Mélenchon devrait se trouver un autre porte-drapeau que Syriza pour convaincre les électeurs français, bien encore, que la spécificité immigrationiste de Syriza soit plutôt bien dissimulée en France.

Reste à savoir si Marine Le Pen serait plus résistante face au rouleau compresseur grec. La France n’est pas Grèce. Et surtout la position d’approche de Marine Le Pen est diamétralement à l’opposé de Tsipras puisqu’elle annonce en préalable à toute négociations son intention de faire sortir la France de l’Union européenne et de rétablir le Franc en cas de victoire à la présidentielle de 2017. Ce qui semble sage au regard des résultats de Tsipras. La sortie de l’Union n’était pour lui qu’une menace en cas d’échec des négociations avec l’UE, du genre : “retenez-moi ou je fais un malheur!”.

Par ailleurs la France n’est pas la Grèce, ni en terme de poids économique, stratégique, démographique, ni en termes de situation financière.  Le plus Maerine Le Pen affirme son intention de sortir d el’Union Européenne, plus le gouvernement Valls s’aplatit devant l’Allemagne. Il ne faut pas chercher ailleurs l’adoption du 49-3 pour faire passer en force la loi Macron qui nous est présentée si inoffensive. Si elle était tellement favorable à la France Angela Merkel n’aurait pas déclaré en suzeraine:

« La France n’a pas besoin de mes encouragements ni de mes félicitations, mais je crois que c’est une bonne chose que cette loi ait été adoptée. Il y a une véritable capacité d’agir qui existe. »

Quelle maladresse! Heureusement, personne n’a rien vu ni entendu! Les Français étant largement indifférents à ce qui se passent en dehors de nos frontières. Mais enfin, Hollande pense-t-il que le soutien ostentatoire d’Angela Merkel qu’il ne quitte plus, lui soit d’un quelconque secours pour les élections françaises ?

Pourtant l’Union européenne c’est bien l’affaire de l’Allemagne. Ce que Hitler n’a pas obtenu par la guerre, l’Union européenne l’a offert sur un plateau aux autorités allemandes.

Valls en faisant adopter la loi Macron à laquelle les Français ne comprennent rien tant elle est confuse, devra trouver des arguments plus crédibles pour convaincre les Français de voter pour le Parti Socialiste. Lire à ce sujet Les secrets cachés de la Loi Macron au profit du Grand Capital Mondial et au Grand Mépris du Peuple – La France à l’encan! Ces secrets que personne ne dévoilent et qui nous préparent le marché unique des capitaux. Un “truc” mondialiste à souhait.

Tout est donc en ordre et avance sans accrocs vers le  Marché unique des capitaux. Dans ces conditions la consultation des Etats membres sur les adaptations à imposer à la réglementation existante devrait déboucher sur une directive en 2019; si la France veut tenter d’y échapper, il ne lui reste plus que le Front national. C’est ce que semblent avoir compris les agriculteurs français dont 80% seraient prêts à voter pour le FN.

On peut donc s’attendre au déploiement de la grande cavalerie, nationale, européenne et mondiale, contre Marine Le Pen et le Front National d’ici 2017, surtout si le FN devait confirmer sa place de premier parti de France au départementales qui arrivent.

 

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Jeanne de France

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