Le jour où il recevait le tristement célèbre Mgr Gaillot, évêque français déposé par Jean-Paul II, le pape François adressait une lettre à Mgr Fisichella, en charge du prochain jubilé de la miséricorde. Il y édicta quelques principes d’application de ce jubilé, tout d’abord pour l’ensemble des fidèles catholiques, puis pour des cas particuliers : les malades, les personnes âgées, les prisonniers… et les membres de la FSSPX : « J’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année Sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le Sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés. »

Laissant aux articles suivants l’analyse de la portée canonique du geste du pape, je voudrais m’arrêter ici sur les implications de l’intervention pontificale. En effet, cette lettre est une reconnaissance de notre entière catholicité – dont acte. Elle est encore une invitation à ce que nous célébrions activement ce jubilé. D’où la question de notre participation – ou non – à ce jubilé, qui ne peut être résolue qu’en revenant à la définition du jubilé.

Se réjouir avec le jubilé de la miséricorde ?

Un jubilé est une période de joie célébrant un heureux événement passé. Un ménage fête le jubilé d’argent ou d’or de son mariage, un prêtre celui de son sacerdoce. Lorsque l’Eglise célèbre un Jubilé, c’est ordinairement pour célébrer, un an durant, l’Incarnation Rédemptrice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, le dernier jubilé de l’an 2000 était explicitement centré sur cet anniversaire. Jean-Paul II commençait sa « bulle d’indiction » – texte déterminant un jubilé – par ces mots : « Les yeux fixés sur le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu, l’Église s’apprête à franchir le seuil du troisième millénaire.» Même s’il fut hélas célébré de façon bien peu catholique, notamment en raison de sa dimension faussement œcuménique, ce jubilé, en sa nature même, était traditionnel. C’est pourquoi la Fraternité Saint Pie X, tout en dénonçant ces graves écarts, célébra ce jubilé par son pèlerinage à Rome.

Qu’en est-il du jubilé décrété par le pape François ? Selon sa bulle d’indiction, il entend célébrer le cinquantième anniversaire de la clôture du concile Vatican II car, aux dires du texte pontifical, « l’Eglise ressent le besoin de garder vivant cet événement ». C’est pourquoi, précise le pape, « j’ouvrirai la Porte Sainte pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du Concile œcuménique Vatican II. » Le pape considère en effet que ce concile fut un événement joyeux car, « les murailles qui avaient trop longtemps enfermé l’Eglise comme dans une citadelle [y ont] été abattues » [sic !].

Pour qui est habité par le réalisme de la foi catholique, il apparaît hélas avec évidence combien le concile Vatican II a été et est dommageable pour l’Eglise. Un an après celui-ci, Mgr Lefebvre résumait : « D’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Eglise comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition » (lette du 20/12/66 au cardinal Ottaviani). Les dramatiques conséquences pastorales sont hélas toujours omniprésentes. Pour ne prendre qu’un seul exemple, si l’islam est aujourd’hui si actif dans notre pays, c’est en premier lieu à cause de l’Eglise qui a eu honte de son message sur Jésus-Christ, Unique Sauveur ; de l’Eglise hors de laquelle il n’y a point de salut. Nous subissons toutes les conséquences pratiques de des principes erronés du dialogue interreligieux et de l’œcuménisme tels qu’énoncés par le concile.

De même qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de jubiler pour l’anniversaire d’un événement triste, la mort d’un être cher par exemple, ainsi ce triste anniversaire ne peut être l’occasion que de pénitence et non de joie.

Célébrer ce jubilé tout en s’attristant des 50 ans du Concile ?

Certains penseront peut-être qu’il est possible de bénéficier des grâces de ce jubilé tout en s’attristant de ce funeste anniversaire, celui du concile Vatican II.

Notons en premier lieu qu’il n’est jamais moralement permis de participer à quelque chose de mauvais en soi (nature mauvaise du jubilé) sous prétexte de bénéficier de ses effets bons (une indulgence, que l’on peut d’ailleurs acquérir indépendamment de tout jubilé). Quoique suffisant à lui-même, cet argument peut être enrichi d’un autre, plus circonstancié.

On sait comment, de 2009 à 2012, les autorités romaines se sont évertuées pour obtenir de la FSSPX une déclaration doctrinale reconnaissant le concile Vatican II et la nouvelle messe. Ils ont échoué. Alors, plutôt que de nous faire reconnaître par principe tous ces nouveaux enseignements, ils agissent par la praxis. Ils semblent vouloir nous faire poser des actes qui, en, par nature, impliquent de manière implicite cette fameuse reconnaissance. Ainsi, le pape veut nous impliquer dans ce jubilé célébrant les 50 ans du concile Vatican II.

Nous sommes là – je ne juge nullement des intentions, mais prends seulement quelques leçons de l’histoire – face à une tactique proprement révolutionnaire, bien connue des marxistes. Quand le révolutionnaire ne peut atteindre les principes de celui qu’il considère comme son ennemi, il cherche à lui faire poser des actes concrets par lesquels celui-ci met entre parenthèses ses principes.

Par exemple, Madame Hue raconte en son livre « Dans les prisons de Chine » comment, étant affamée, on lui refusait toute nourriture jusqu’à un vendredi où on est venu lui apporter de la viande, pour qu’elle renonce à ses principes de vie catholique. En théorie, elle aurait pu en manger ; elle mourait de faim, il y avait une circonstance grave… Mais elle avait saisi qu’on voulait porter atteinte à ses principes catholiques. Elle a refusé. Elle avait raison.

On rapporte encore comment, toujours en cette Chine communiste, pour réduire à néant une paroisse profondément catholique, les troupes communistes ont voulu obliger les fidèles à sortir les bancs de leur église pour les brûler. Ce n’était pas un acte directement sacrilège, portant atteinte au Saint-Sacrement par exemple. Mais ces catholiques ont refusé. Ils avaient raison.

A une échelle différente, la FSSPX est aujourd’hui devant une situation similaire. Or, garder la force dans la foi, une force paisible, une force douce mais ferme, consiste précisément à garder les principes catholiques non seulement de façon théorique, mais encore de les prendre comme maîtres de nos vies et de nos choix. Seule cette attitude, quoique coûteuse, sera bénie de Dieu, et donc fructueuse pour l’Eglise.

Abbé P. de LA ROCQUE

publié dans le Chardonnet – bulletin de la paroisse Saint Nicolas du Chardonnet à Paris – et repris avec l’aimable autorisation de son auteur

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