
Bringing the War Home – Ramener la guerre à la maison.
« Un monde gagné pour la technique est perdu pour la liberté. »
La formule est de Bernanos[1] Il existe, pour la technique, plusieurs façons de « gagner le monde ».
La guerre en est une, redoutablement efficace.
Celle qui nous est constamment menée, à nous qui vivons loin des fronts dans notre pré carré télévisuel, a débuté le mardi 11 septembre 2001.
Elle n’a pas cessé depuis. C’est la guerre de l’information.
Non seulement Trump et Netanyahou s’en vont en guerre de concert, mais le monde entier doit en être informé dans l’instant T. L’incandescence des salles de presse gagne jusque-là Maison Blanche, les réseaux sociaux bruissent de rumeurs contradictoires et les mêmes images tournent en boucle sur les écrans du monde.
Elle est terrible, l’information : car autant elle dramatise et amplifie l’événement présent, autant elle s’empressera de tourner la page, sitôt suscités un nouvel instant, une prochaine séquence.
Sur notre canapé, nous passons de l’Ukraine à l’Iran, avec cette insatiable boulimie d’événements, si caractéristiques des existences fades, comme nous passons d’un Mondial de foot à des jeux olympiques.
La guerre n’est un drame que pour ceux qui la subissent frontalement, qui en payent le prix sous les missiles, ceux dont elle détruit l’existence. Pour tous les autres, elle n’est qu’un spectacle de propagande. Je plains du fond du cœur tous ces commentateurs de plateaux, sommés de montrer, de commenter, de « décrypter », comme ils le disent, non sans un certain culot. Et je prie pour les morts, vraiment, les morts, de tous les fronts, civils ou militaires, de toutes les guerres conduites dans d’aussi sordides conditions.
Les guerres de l’Antéchrist sont sans honneur ni mérites, à la hauteur du monde que son talent suscite.

Dans le chapitre 8 de son essai, Georges Bernanos évoque le distingué aviateur bombardier de la guerre totale qui, après avoir réduit en cendres une ville endormie et tué plus de femmes et d’enfants en une nuit de vol qu’un lansquenet d’autrefois en dix ans de guerre, pouvait tranquillement présider un repas de famille entre sa femme et ses enfants comme s’il revenait simplement de son travail, et que rien n’était advenu.
Tuer l’ennemi avec un missile piloté par une IA, comme s’il n’était qu’un vulgaire personnage de jeu vidéo, est-ce une victoire ? Tout au plus, une performance technologique.
Comme Martha Rosler [Photo ci-contre], dans à sa série de collages « Bringing the war home » a voulu le montrer, ce n’est qu’un élément du Spectacle, venu ébranler un instant l’univers douillet de nos salons, rien de plus qu’un divertissement, dans un monde humilié.
En ce temps de Carême, la seule guerre qui devrait nous préoccuper est celle que Jésus-Christ a remportée sur la Croix contre Satan, pour racheter les péchés du monde, y compris ceux de cet effrayant monde moderne.
On se demande parfois si l’immersion dans l’instant voulue par le Spectacle n’a pas pour seule fonction de nous la faire oublier, cette guerre à mener chaque jour, ce combat qui est vraiment l’essence même de notre actualité, qui n’a pas d’images à produire, pas de propagande à faire, pas de cœurs à intimider, et qui ne se gagne vraiment que dans le cœur profond de la prière…
Le Petit Béraldien
[1] La France contre les robots, biblio poche 3303, p. 31
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