
Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient entre la coalition israélo-américaine contre l’Iran, la base MAGA aux Etats-Unis se fissure. Un des points de friction se trouve entre les Évangélistes sionistes et les Catholiques traditionnels plus antisionistes. C’est la grande peur des bien-pensants : que sonne le glas pour le sionisme chrétien !
L’écosystème MAGA se détourne massivement du protestantisme évangélique
Dans le récent numéro 5 de la revue de nos amis Caritas, la revue du pays réel, consacré à La Tentation du Sionisme qui habite les droites conservatrices américaines et européennes et les milieux catholiques et chrétiens, Xavier Poussard remarque qu’une « chose était peu comprise en France » : l’écosystème MAGA, observe-t-il, « se détourne massivement du protestantisme évangélique pour se tourner vers le catholicisme à la suite d’une remise en question de la Scofield Reference Bible, une bible très populaire aux États-Unis qui entérine le soutien au sionisme et à Israël comme un acte de foi. La prise de conscience de cette manipulation des textes pour faire accepter au peuple américain la mainmise des milieux sionistes sur leur politique étrangère est une des raisons qui ont poussé Candace Owens à se convertir au catholicisme à l’occasion du pèlerinage de Chartres. Ce mouvement est aujourd’hui une lame de fond aux États-Unis et pourrait bouleverser à terme un catholicisme américain traditionnellement lié aux démocrates par l’intermédiaire des immigrations irlandaises, italiennes et, plus récemment, latinos. »
Les récentes déclarations des milieux évangélistes sionistes américains, à la faveur du conflit déclenché contre l’Iran gouverné par la République islamiste des Mollahs, par le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, auquel Donald Trump a apporté son soutien militaire, donne amplement raison à cette analyse parue dans Caritas.
America First contre Israel First
Les protestants américains sont confrontés à une ferme critique émise par des membres catholiques du mouvement MAGA de cette politique extérieure trumpienne entrainant leur pays dans des guerres israéliennes, au profit d’Israël first. America First est devenu Israel First. Ainsi, un des éminents prosélyte du sionisme chrétien Ted Cruz soutient ainsi ouvertement un article qui prend les catholiques traditionnels qui « vont à la messe en latin » pour cible, les qualifiant de « parasites ». Le sénateur du Texas qui relaie l’article écrit sur X :
« Lisez ceci en entier. C’est l’explication la plus claire et la plus complète de ce que nous combattons. »
READ every word of this. It’s the best & most comprehensive explanation of what we’re fighting. @DefiyantlyFree https://t.co/EYeYBWEM46
— Ted Cruz (@tedcruz) March 15, 2026
Ce que révèle cet article intitulé La stratégie à long terme et la droite conservatrice, avec en sous-titre Comment un réseau d’intégristes catholiques politiques, d’idéologues russes et de provocateurs médiatiques démantèle systématiquement la fondation évangélique de la droite américaine, c’est une peur : la peur que connaissent aujourd’hui les évangélistes américains de perdre le contrôle du Parti Républicain qui rappelle le journaliste, sont « motivés par une profonde conviction biblique, organisés à travers des dizaines de milliers d’églises locales et liés par un engagement théologique envers la Bible ».
Les évangélistes américains craignent de perdre le contrôle du Parti Républicain ce qui mettrait un arrêt au soutien inconditionnel à Israël
Cette menace, on peut la qualifier d’existentielle car sans la puissance du parti conservateur leur messianisme sioniste ne pourra s’accomplir. Or la machine sioniste du Parti républicain s’enraye de plus en plus, fait de moins en moins d’émules, pire, certains membres éminents protestants se convertissent au catholicisme et par là abandonnent leur soutien inconditionnel, quasi-obsessionnel, à Israël, percevant que ce soutien n’est pas que politique ou territorial mais porte en lui une dimension religieuse eschatologique, apocalyptique, messianiste. « Pour un évangélique, le retour des Juifs en Israël annoncerait l’imminence de leur conversion finale et la seconde Venue du Christ, actant ainsi la fin des temps », c’est-à-dire l’Apocalypse, lit-on toujours dans la revue 5 de Caritas, sous la plume de Léon Pona dans un article intitulé Du sionisme chrétien ou l’illusion judéo-chrétienne, que nous conseillons à nos lecteurs de MPI afin de mieux appréhender la dimension « guerre de religions » dans les conflits meurtriers qui ont lieu au Proche et Moyen-Orient.
Pour en revenir à l’article relayé par l’ultra-sioniste Ted Cruz, il tente désespérément de faire passer les catholiques traditionnels, en opposition aux catholiques contemporains, nous dirons conciliaires, comme des grands méchants anti-sionistes et qui orchestreraient dans l’ombre une prise de contrôle ‘traditionaliste’ du Parti républicain en dix ans. L’article met également en garde tous les évangéliques contre les dangers des « Réponses catholiques » et de l’apologétique catholique en général, car cela sape le soutien du Parti républicain au « sionisme chrétien ». Le véritable danger mis en avant réside en effet dans la menace de rupture du lien entre les évangéliques et l’État d’Israël (le sionisme chrétien) si les conservateurs catholiques prenaient le pas au sein du Parti sur les évangélistes. Pour ce faire, plus de mille ans d’histoire chrétienne européenne sont dénigrés afin de présenter le laïcisme militant comme la « solution » pour sauver l’évangélisme et le Parti républicain.
Les évangélistes sionistes craignent une prise de contrôle du Parti républicain par les catholiques traditionnels, plus antisionistes
Dans son étude, commente le quotidien américain catholique conservateur Life Site News « l’auteur cible particulièrement « le monde des intransigeants de la messe en latin », qu’il décrit comme la FSSPX et d’autres qui reconnaissent la crise actuelle au sein de l’Église catholique. L’auteur inclut également dans ce bloc le site d’apologétique grand public Catholic Answers, ainsi qu’« un vaste écosystème de créateurs de contenu catholiques et orthodoxes ». Tucker Carlson, Candace Owens et Nick Fuentes sont également attaqués, de même que les théoriciens politiques Adrian Vermeule, Sohrab Ahmari, Patrick Deneen et Gladden Pappin. Bien que l’auteur distingue ce bloc des « catholiques ordinaires » qui « ne savent même pas ce qui se passe », l’article promu par Ted Cruz ressuscite un certain nombre de clichés anti-catholiques de l’histoire américaine ».
Dans l’article, notons aussi que les catholiques traditionnels sont décrits comme des « parasites », se livrant à des « vols » et à « l’empoisonnement lent des institutions existantes ». Les catholiques qui se réfèrent à saint Thomas d’Aquin sont condamnés pour « déployer un cadre théologique médiéval » contre le sionisme chrétien. Et qualifiés d’« hypocrites » car ils font douter les gens… par rapport à la théologie politique du sionisme chrétien.
Les catholiques traditionnels adhèrent à la doctrine catholique de la Royauté Sociale du Christ, qui s’oppose au sionisme chrétien
Life Site News remarque d’ailleurs que l’auteur de l’article « condamne les catholiques pour leur adhésion à la doctrine catholique de la Royauté Sociale du Christ ». « Toutefois, continue LSN, bien que l’auteur rejette cette vision, la principale objection soulevée concerne l’opposition catholique au « sionisme chrétien », qu’il considère comme fondamental pour le protestantisme évangélique et la république américaine. »
« Le principal reproche adressé au bloc en question est de saper cette idéologie. L’essai affirme que le conservatisme américain moderne « repose sur une affirmation théologique », qui ne concerne absolument pas l’Amérique » souligne LSN. Cette « affirmation théologique » est énoncée comme suit dans l’article relayé par Ted Cruz :
« Le fait de Dieu une alliance éternelle et inconditionnelle avec le peuple juif, que l’État moderne d’Israël accomplit les prophéties bibliques et que les chrétiens qui « bénissent Israël » obéissent à un commandement divin direct. Supprimer cette conviction, c’est supprimer le moteur moral qui a animé l’engagement politique des évangéliques pendant un demi-siècle. »
Le problème crucial pour les évangélistes réside dans le fait que les arguments apologétiques catholiques sapent « le sionisme chrétien » et produisent souvent des convertis « qui ne partagent plus la conviction que l’alliance de Dieu avec le peuple juif reste en vigueur » admet l’auteur de l’article.
La grande peur des bien-pensants outre-Atlantique : les arguments apologétiques catholiques sapent « le sionisme chrétien »
En définitive, commente un catholique traditionnaliste américain, Shane Schaetzel, « l’auteur conclut que le seul bon catholique est un mauvais catholique, c’est-à-dire celui qui ne suit pas véritablement la foi catholique et adhère à une version plus libérale (protestantisée) de celle-ci, fondée sur les enseignements du pape François. L’auteur est manifestement un sioniste évangélique, dont l’article ne trouvera d’écho que chez d’autres sionistes évangéliques et chez les catholiques facilement effrayés par la critique. Cet article prouve que les évangéliques perdent leur emprise sioniste sur le Parti républicain, et que davantage de catholiques doivent rejoindre ce parti pour lui porter le coup de grâce ».
Pour un candidat en 2028 qui ne soit plus sioniste, qui « n’aura plus besoin de prendre les mêmes engagements explicites envers la théologie évangélique d’Israël que tous les candidats républicains depuis Reagan ». C’est la grande peur des bien-pensants outre-Atlantique…
Francesca de Villasmundo
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