
Tout le monde garde en tête les confinements sous prétexte de pandémie de Covid-19. Dans une moindre mesure, la guerre en Ukraine a également servi de prétexte à organiser des pénuries et à faire flamber les prix. Mais le nouveau prétexte pour nous imposer des restrictions majeures, voire une forme de confinement, pourrait être la crise énergétique causée par la guerre contre l’Iran.
De la guerre contre l’Iran au « confinement énergétique »
Le sujet n’est pas une thèse de « complotiste ». La Commission européenne y songe sérieusement, même si elle n’utilise pas encore l’expression « confinement énergétique ». Au Royaume-Uni aussi, le sujet est sur la table.
La guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran a pour conséquence la fermeture de facto du détroit d’Ormuz.
D’ores et déjà, la Slovénie a imposé des restrictions dans les stations-service. Les Slovènes sont limités à 50 litres d’essence par jour et, dans certaines stations privées, ce maximum a même été réduit à 30 litres. Les entreprises et les agriculteurs sont limités à 200 litres d’essence par jour et c’est l’armée qui garantit l’approvisionnement.
Pour l’instant, la Commission européenne utilise les expressions « mesures de réduction de la demande », « résilience énergétique » et « coordination de la consommation ». Ce qui se profile à l’horizon se traduire par le retour du télétravail généralisé, la réduction des déplacements, la baisse des limitations de vitesse sur les routes, les restrictions d’utilisation des voitures particulières, la diminution du nombre de vols aériens et la modification des horaires de travail pour réduire la consommation d’énergie.
Déclarations alarmistes de plusieurs dirigeants
Dan Jørgensen, commissaire européen à l’énergie, s’est adressé aux gouvernements afin qu’ils prévoient rapidement des plans d’économies coordonnés, en accordant une attention particulière aux transports.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que l’impact économique actuel est en passe de rivaliser avec ce que le continent « a connu récemment lors de la pandémie de Covid ou au début de la guerre en Ukraine ».
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a souligné la gravité de la situation dans une interview accordée au journal La Repubblica. « Je suis contraint d’apprendre des choses qui me tiennent éveillé la nuit », a-t-il déclaré au sujet des conséquences de la guerre.
Le conflit pourrait durer « des années », a averti Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, dans un entretien accordé à The Economist la semaine dernière. Les effets à long terme, a-t-elle ajouté, sont « probablement au-delà de ce que nous pouvons imaginer pour le moment ».
Selon la Commission européenne, l’Europe dépend du Golfe pour plus de 40 % du gazole et du kérosène qu’elle consomme.
Le président des États-Unis a évoqué directement les pénuries de carburant auxquelles sont confrontés les pays européens. « Vous allez devoir apprendre à vous débrouiller seuls », a écrit Trump sur son compte de réseau social, Truth Social. « Allez chercher votre propre pétrole ! », a-t-il ajouté.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) présente déjà cette crise comme la plus grave perturbation du marché pétrolier de l’histoire moderne. Les réserves stratégiques sont déjà mobilisées pour éviter des pénuries soudaines dans les stations-service et les aéroports européens.
Le groupe Lufthansa envisage l’immobilisation temporaire de 20 à 40 appareils en raison de la crise du carburant d’aviation. Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a averti qu’entre 10 % et 25 % du carburant d’aviation disponible en Europe pourraient disparaître en mai et juin si le conflit se poursuit. Il ne parle plus simplement de billets plus chers, mais d’une réelle possibilité d’annulations massives de vols en plein été.
« L’industrie ne pourra en aucun cas absorber cette hausse, les prix vont donc augmenter », a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA, l’association des compagnies aériennes.
Le plan apocalyptique des technocrates européens
« Personne ne sait combien de temps durera la crise, mais il est essentiel de souligner qu’elle ne sera pas de courte durée », a déclaré le commissaire européen à l’énergie, Jean-Paul Jørgensen, aux journalistes à l’issue d’une conférence ministérielle d’urgence mardi. « Car même si la paix revenait demain, il y aurait des conséquences, car les infrastructures énergétiques de la région ont été et continuent d’être ravagées par la guerre. »
Au sein des institutions européennes, les technocrates travaillent sur un scénario progressif dont la première étape serait la limitation des achats dans les stations-service, comme en Slovénie. Suivrait le télétravail obligatoire pour une partie de l’administration publique et des recommandations pour réduire les déplacements des employés du privé. Plus tard pourraient apparaître des restrictions de circulation, une réduction des limitations de vitesse sur les autoroutes et des annulations de vols. Et si l’hiver arrive alors que les réserves de gaz sont encore vides, des réductions obligatoires de la consommation d’électricité et de gaz pourraient être imposées.
Des documents internes relatifs à la préparation à l’hiver évoquent explicitement ce scénario.
Pierre-Alain Depauw
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