« Ceux qui nous excommunient sont déjà
excommuniés eux-mêmes depuis longtemps ».
Alors que la FSSPX annonce de nouveaux sacres épiscopaux (1) pour le 1er juillet 2026, l’argumentaire historique de Mgr Lefebvre sur l’auto-excommunication de ceux qui combattent la Tradition trouve une résonnance saisissante sous le pontificat de Léon XIV, plus préoccupé par l’accueil du lobby LGBT que par la défense de la Foi catholique.
L’histoire se répète avec une précision prophétique qui force l’admiration devant la lucidité de Monseigneur Marcel Lefebvre. En ce mois de février 2026, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a officiellement confirmé sa décision de procéder, le 1er juillet prochain, à la consécration de nouveaux évêques sans mandat pontifical, reproduisant exactement le schéma du 30 juin 1988. Et comme il y a près de quarante ans, Rome s’apprête à brandir l’épée de l’excommunication contre ceux qui osent perpétuer la Tradition catholique, dans sa dimension liturgique et doctrinale.
Mais l’argumentation développée par le fondateur de la Fraternité en 1988 résonne aujourd’hui avec une acuité particulière sous le pontificat de Léon XIV. Car si Jean-Paul II avait déjà largement ouvert les vannes du modernisme, son lointain successeur pousse l’audace jusqu’à poursuivre une « approche plus amicale » envers les catholiques LGBT adoptée sous François, tout en maintenant officiellement que l’Église n’a pas l’intention de changer sa doctrine sur le mariage – subtil exercice d’équilibrisme qui trahit une conception purement politique de la fonction pontificale.
L’auto-excommunication de l’autorité déviante selon Mgr Lefebvre
Lorsqu’en 1988 Monseigneur Lefebvre procède aux sacres d’Écône malgré l’interdiction formelle de Jean-Paul II, il ne se contente pas d’invoquer l’état de nécessité – argument canonique classique et parfaitement fondé. Il développe une thèse théologique d’une profondeur remarquable : celui qui excommunie la Tradition s’excommunie en réalité lui-même de l’Église catholique. Car comment l’autorité ecclésiastique pourrait-elle légitimement condamner ce qui constitue l’essence même de la catholicité ? Cette logique repose sur un principe fondamental du droit canonique et de la théologie : Nemo dat quod non habet – nul ne peut donner ce qu’il n’a pas.
Or, une autorité qui combat systématiquement la Tradition, qui favorise l’hérésie moderniste et qui accommode l’enseignement catholique aux sirènes du monde, peut-elle encore prétendre exercer légitimement l’autorité du Christ ?
Mgr Lefebvre a répondu ç cette question à plusieurs reprises :
– lors d’une conférence de presse fin juin 1988, juste avant les sacres épiscopaux, et publiée dans le journal Le Temps (Genève) :« Excommunication par qui ? Par une Rome qui n’a plus parfaitement la foi catholique, qui n’agit plus de façon catholique. Nous sommes excommuniés par des modernistes, par des gens qui ont été condamnés par les papes précédents. Qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? Nous sommes condamnés par des gens qui devraient être excommuniés publiquement, cela nous laisse indifférents, cela n’a pas de valeur. »
– Et sur le schisme, dans la même prise de parole : « Schisme avec quoi ? Avec le pape successeur de Pierre, non. Schisme avec le pape moderniste, oui, schisme avec les idées que le pape répand partout, les idées de la Révolution, les idées modernes. »
– Une version très proche fut répétée dans son homélie du 10 juillet 1988, publiée dans la revue Fideliter n° 65 (septembre 1988), dont un extrait rapporte ses mots :
« Ceux qui nous excommunient sont déjà excommuniés eux-mêmes depuis longtemps. Pourquoi ? Parce qu’ils sont modernistes. Ce sont ces personnes imbues des principes modernistes qui nous excommunient alors qu’elles sont excommuniées par le pape saint Pie X. »
Léon XIV ou l’apothéose de la contradiction moderniste
Si l’on transpose cet argumentaire à la situation présente, force est de constater que le pontificat de Léon XIV illustre avec une netteté saisissante cette logique de l’auto-excommunication. Le Vatican envoie de « nouveaux signaux d’ouverture » aux catholiques LGBTQ+, avec des « signes d’ouverture » après François, tandis que simultanément, un communiqué du Vatican déclare les futurs sacres annoncés par la FSSPX comme étant « un acte schismatique » entraînant l’excommunication.
Quelle aberration ! Un pape qui fait publier un rapport du Vatican incluant des témoignages de deux hommes mariés homosexuels parlant de leur sexualité et de leur foi, critiquant les « enseignements négatifs de l’Église sur l’homosexualité », ce même pape menace d’excommunication ceux qui maintiennent intact le dépôt de la foi et la liturgie traditionnelle ! Léon XIV encourage explicitement le père jésuite James Martin dans son « ministère » de promotion de l’inclusion LGBTQ+ dans l’Église, lui déclarant vouloir « continuer la politique d’acceptation LGBTQ+ de François ».
La logique de l’inversion diabolique
Cette inversion des valeurs relève de la logique diabolique la plus pure : ce qui est saint devient condamnable, ce qui est condamnable devient recommandable. La FSSPX justifie les sacres de 2026 par « un état de nécessité spirituelle inédit », « la continuité de la crise doctrinale postconciliaire », et « un devoir de charité envers les fidèles » – arguments parfaitement légitimes au regard de la tradition canonique catholique.
Pendant ce temps, Léon XIV maintient officiellement les permissions accordées par François pour les « bénédictions pastorales spontanées » des couples de même sexe, tout en mettant en garde les évêques allemands qui voudraient aller plus loin. Subtil dosage qui révèle une conception purement tactique de l’autorité pontificale, loin de la fermeté doctrinale qui devrait caractériser le Vicaire du Christ.
« Il semble très peu probable, du moins dans un avenir proche, que la doctrine de l’Église change ses enseignements sur la sexualité et le mariage. »— Pape Léon XIV, Interview avec Elise Ann Allen, février 2026[2]
Belle prudence ! Mais cette même prudence fait place à une détermination implacable lorsqu’il s’agit de condamner ceux qui perpétuent la messe de toujours et l’enseignement de toujours.
L’état de nécessité permanent de l’Église
Face à cette situation, la position de la FSSPX apparaît non seulement comme légitime, mais comme nécessaire au salut des âmes. « La crise actuelle liée aux consécrations épiscopales expose aux yeux de toute l’Église une plaie qui couve depuis plus de soixante ans. Cette plaie peut être comparée à un cancer ecclésial, plus précisément au cancer ecclésial des ambiguïtés doctrinales et liturgiques », observe justement Mgr Athanasius Schneider.
Comment ne pas voir dans cette analyse l’exacte application du constat de Mgr Lefebvre ? Léon XIV lui-même avoue que « la question [LGBTQ+] reste en arrière-plan de mes pensées » et qu’il « essaie de ne pas alimenter la polarisation dans l’Église » – aveu révélateur d’une conception relativiste de la vérité catholique, réduite à une simple question d’opinion susceptible de « polarisation ».
La vraie excommunication
En réalité, celui qui s’excommunie, c’est bien celui qui, investi de l’autorité pontificale, utilise cette autorité pour saper les fondements mêmes de la foi catholique. Mgr Schneider affirme avec raison que « les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques » et espère même « la future canonisation de Mgr Lefebvre ».
Car enfin, qui respecte davantage l’autorité pontificale authentique : celui qui perpétue fidèlement l’enseignement de deux mille ans de catholicité, ou celui qui accommode cet enseignement aux modes passagères du siècle ? Qui sert mieux l’Église universelle : celui qui maintient intact le Sacrifice de la messe dans sa forme traditionnelle, ou celui qui encourage les « témoignages » de couples homosexuels dans les documents officiels du Vatican ?
Le simple bon sens tranche aisément. En attendant, les sacres du 1er juillet 2026 à Écône constitueront un acte de fidélité à l’Église, face à une autorité temporelle qui a perdu le sens de sa mission. Et si excommunication il doit y avoir, elle ne viendra pas de Rome, mais du Ciel lui-même, qui ne saurait reconnaître pour siennes les œuvres de confusion et de compromission.
Notes et références
- Archives de la Fraternité Saint-Pie X, « Sacres épiscopaux du 30 juin 1988 », https://fsspx.org/fr/archives-1988, 30 juin 1988. ↩
- Elise Ann Allen, « Pope Leo XIV – The Biography », Euronews, https://www.euronews.com/culture/2026/02/22/pope-leo-xiv-no-change-in-church-doctrine-on-gays-and-trans-people, 22 février 2026. ↩
(1) Lire aussi sur les diverses prises de position à propos des futurs sacres dans la FSSPX :
– A propos des futurs sacres dans la FSSPX : « Avec ou sans mandat « , par l’abbé Jean-Michel GLEIZE
– Dans un communiqué du 2 févier 2026 la Maison Générale de la FSSPX annonce de futurs sacres.
– Mgr Viganò, archevêque, réagit à l’annonce des futurs sacres décidés par les autorités de la FSSPX auxquelles il apporte son plein soutien.
– Les sacres de la FSSPX, une réjouissance, par Mgr Thomas d’Aquin, OSB.
– Futurs sacres : les contacts se poursuivent entre la FSSPX et le Vatican
– Mgr Bernard Fellay s’exprime sur les raisons des futurs sacres épiscopaux avec ou sans mandat de Rome.
– Le district de France de la FSSPX fait lire un « mandement » lors des messes dominicales suite à l’annonce des futurs sacres épiscopaux.
– Réponse de la Fraternité à Rome : impossible de se mettre d’accord doctrinalement et maintien de la date du 1er juillet pour sacrer des évêques.
– Communiqué des instituts Ecclesia Dei ou la tentation sado-masochiste !
– Sacres de la FSSPX : le Père Louis-Marie de Blignières et l’usurpation intellectuelle
– Le cardinal Sarah appelle à l’unité suite à l’annonce par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X de procéder à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical.
– L’abbé Jaime Mercant Simó, prêtre diocésain de Majorque, déclare à propos des futurs sacres de la FSSPX : « ni schisme ni péché ».
– Mgr Athanasius Schneider exhorte le pape Léon XIV à établir un pont entre Rome et la FSSPX
– Un avis circonstancié depuis la Nouvelle Calédonie sur les futurs sacres résumé par ce titre : « Ils arrivent » !
– Mgr Athanasius Schneider affirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne seront en aucun cas schismatiques.
– Mgr Schneider réaffirme que les consécrations épiscopales de la FSSPX ne sont absolument pas schismatiques et espère la future canonisation de Mgr Lefebvre.
– Sacres sans mandat : une “échappatoire dialectique” ? par l’abbé Michel Morille (FSSPX)
– Qui déchire la tunique du Christ ? Entretien avec le Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X
– Revue Fideliter n° 290 – Demain les sacres
– La FSSPX, les sacres : le point de vue d’un père de famille, Thibaut Marqueyrol, par Romanus
– Les sacres ou la morale : que reproche-t-on à la FSSPX ?, par Nicolas Moulin
– Peut-on ignorer l’état de nécessité dans l’Église ?, par M. l’abbé Alain Lorans, FSSPX.
– Prière pour les futurs évêques de la FSSPX à réciter du 8 mai au 1er juillet 2026.
– Une étude du RP Joseph d’Avallon, OFM cap. : « Un précédent aux sacres de la FSSPX, les sacres du 2 avril 1977 par le cardinal Slipyj ».
– État de nécessité et salut des âmes : les raisons dirimantes pour lesquelles les sacres de la FSSPX sont pleinement justifiés, par Rastignac.
– Le double étalon ecclésiadéiste : silence sur les scandales de Rome, vitupérations contre les sacres d’Écône.
– Le Vatican publie un communiqué déclarant les futurs sacres annoncés par la FSSPX comme étant « un acte schismatique » et « entraînant l’excommunication ».
– Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV par Don Davide Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX.
– Demain, l’excommunication !, par Gilles COLROY
– Les Dominicains d’Avrillé saluent l’annonce des futurs sacres d’évêques malgré le « non placet » du Vatican.
– À propos de la déclaration du 13 mai du cardinal Fernandez, par l’abbé Jean-Michel Gleize
– Mgr Schneider : « si le Pape les excommunie ce sera une immense erreur de rigidité pastorale et de sévérité unilatérale envers la Tradition dans l’Église ».
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