D’une exultation très proche d’une revendication, à une prudence très proche d’un revirement. La journée de samedi 8 octobre qui a commencé avec la nouvelle du sabotage du pont de Kertc, qui relie la Crimée à la Russie, s’est terminée par un décalage assez évident sur les positions exprimées par Kiev à ce sujet. Dans la matinée, l’attentat contre le pont de Crimée a été salué par des commentaires enthousiastes de la capitale ukrainienne.

 

Mikhaylo Podolyak, conseiller du président Zelensky, a parlé du « début », suggérant que ce n’était que le premier d’une série de sabotages. Le même, dans la soirée, a plutôt pointé du doigt Moscou : « L’attaque, a-t-il dit, est partie de là ». Un rétropédalage en règle, certainement demandé par le gouvernement ukrainien et les Etats-Unis en sous-main.  

Pendant ce temps, depuis la capitale russe, le président Vladimir Poutine a signé un décret pour renforcer les systèmes de sécurité sur le pont touché.

A 6h07 du matin, une explosion a arraché deux travées du pont de la Crimée. L’alarme s’est déclenchée immédiatement. On a pensé à une attaque au missile, mais bientôt les images de vidéosurveillance ont montré le souffle d’un camion passant au-dessus du viaduc.

L’explosion a également déclenché un incendie dans les wagons d’un train de marchandises circulant sur le tronçon ferroviaire de Kertch. Les dégâts matériels ont été immédiatement énormes. Lors des opérations de recherche et de sauvetage, il a été constaté qu’au moins trois personnes avaient été tuées. La circulation a été bloquée et, depuis Kiev, on a immédiatement souligné que le sabotage a inévitablement causé de sérieux problèmes à la logistique russe.

« Les dégâts infligés par une explosion sur le pont de Crimée sont un grand avantage pour tous les Ukrainiens, a déclaré Vadym Denysenko, conseiller du ministère ukrainien de l’Intérieur, car ils compliquent l’approvisionnement en nourriture, en carburant et en armes de la péninsule occupée pour les Russes et la région de Kherson ». Encore plus clair est le conseiller du président Zelensky, Mikhaylo Podolyak :

« La Crimée, le pont, le début, a-t-il écrit sur Twitter. Tout ce qui est illégal doit être détruit, tout ce qui a été volé doit être restitué à l’Ukraine, tout ce qui appartient à l’occupation russe doit être expulsé ».

Ce n’est pas une revendication en pleine et due forme mais cela n’en est pas loin. En effet, avec ses mots, le conseiller du président ukrainien a en quelque sorte placé la signature de Kiev sur le sabotage. Dans l’après-midi, le Washington Post, rassemblant des sources au sein du renseignement ukrainien, a confirmé la possible implication directe du SBU, les services secrets de Kiev, dans l’attentat. De plus, le pont a doublement pénalisé les Russes. Sur le plan logistique, Moscou est contraint d’expédier des fournitures vers la Crimée et les zones de guerre du sud de l’Ukraine. En termes d’image, le Kremlin est sorti meurtri de l’attaque : le pont était l’une des principales fiertés de Vladimir Poutine.

Dans la soirée, cependant, quelque chose a changé. Les déclarations de Podolyak ont ​​pris une autre tournure. Il voulait retirer la signature de Kiev sur le sabotage :

« Il convient de noter que, selon tous les indices, a-t-il déclaré aux médias locaux, le camion explosé est arrivé sur le pont du côté russe. C’est donc en Russie qu’il faut aller chercher les réponses. Tous les éléments indiquent clairement une attaque russe ».

Après enquête, le pont de Kertch n’a pas été détruit et n’a pas été endommagé par un missile, mais par un mystérieux saboteur. La « ligne rouge » fixée par Moscou ces derniers mois, n’a pas été franchie. En effet, le Kremlin a déclaré à plusieurs reprises qu’un raid contre le viaduc qui relie la Crimée à la Russie pouvait être interprété comme un acte de guerre. Cependant, Kiev ne dispose pas dans ses entrepôts, du moins officiellement, d’armes d’une portée telle qu’elle percute le détroit de Kertch. Le trafic sur le pont reprenant presque régulièrement après le sabotage de samedi, depuis la capitale russe ils ont donc voulu réitérer le concept : livrer à l’Ukraine des armes plus lourde et capable d’atteindre des endroits sensibles, comme le viaduc en question, signifie franchir la fameuse ligne rouge. C’est ce qu’a souligné au cours des dernières heures Aleksei Polishchuk, directeur du deuxième département du CSI au ministère russe des Affaires étrangères. Ses propos ressemblent beaucoup à un avertissement : l’attaque du pont n’a pas eu cette fois de conséquences irréparables, mais donner à l’Ukraine la chance de détruire le viaduc pourrait aussi représenter un danger pour les alliés de Kiev. Les alliés ont également été mis en cause, lors de l’interview, par Polishchuk lui-même :

« Les États- Unis, a-t-il souligné, aident les Ukrainiens en leur donnant des armes et des informations et doivent donc être considérés comme une partie active au conflit ».

Ces derniers mois, la Maison Blanche et le Pentagone ont toujours réitéré leur intention de ne pas fournir de missiles à longue portée à Kiev. Les hauts responsables américains de la défense n’ont jamais caché leurs craintes d’une escalade et, à cet égard, n’ont pas répondu par l’affirmative aux demandes ukrainiennes. Cependant, Moscou continue de considérer le rôle de Washington avec une forte méfiance. L’autre passage de l’interview de Polishchuk était en effet consacré au rôle joué par les États-Unis dans le conflit.

« Washington continue de livrer des armes lourdes au régime de Kiev, a-t-il dit, pour lui fournir des données de renseignement provenant de nombreux satellites militaires et commerciaux, pour l’aider à recruter des mercenaires étrangers et lui fournir des conseils sur la manière de mener des opérations militaires. Tout cela fait de lui un participant au conflit. De nombreux experts occidentaux pensent également que les États-Unis mènent une guerre par procuration avec la Russie en Ukraine »

Ce matin lundi 10 octobre, après cette attaque qui suit la destruction des pipelines du Nord Stream et les appels de Zelensky a frappé Moscou et tuer chaque Russe, Vladimir Poutine a convoqué son Conseil de Sécurité pour examiner les réponses à ces opérations de sabotage. Parallèlement à cette réunion, la Russie a riposté via les airs : de nombreuses infrastructures stratégiques et civiles ukrainiennes, dans les grandes villes du pays, Kiev, Lvov, ont été touchées et endommagées par des frappes russes.

Le président russe Vladimir Poutine confirme que Moscou a lancé une campagne « massive » de bombardements de l’Ukraine en réplique à l’attaque, attribuée à Kiev par Moscou, qui a détruit une partie du pont de Crimée. Il a également promis des répliques « sévères » en cas de nouvelles attaques ukrainiennes.

Francesca de Villasmundo

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