En début d’après-midi, le Conservative party (dont les membres sont appelés familièrement “The tories”, abrévation de “The conservatories”) a annoncé le résultat de l’élection de leur nouveau chef.

Johnson a obtenu 92 153 voix (66,4% des suffrages exprimés).

Jeremy Hunt en a obtenu 46 656 (33,6%).

Il y a eu 509 bulletins nuls. La participation ayant été de 87,4% des adhérents du parti conservateur (il y en a environ 159 000), Johnson a obtenu une victoire incontestable puisque ses 92 153 voix représentent presque 58% des inscrits.

A titre de comparaison, lors des primaires républicaines présidentielles aux Etats-Unis de 2016, Trump était sorti largement vainqueur, mais avec seulement 45% des suffrages exprimés. Même si dans 38 Etats des Etats-Unis, ce ne sont pas seulement les adhérents du parti qui votent, mais tous ceux qui se sont inscrits sur les listes électorales comme sympathisants du parti républicain, cette inscription étant valable pour l’année en cours.

Lors des 5 votes auprès des seuls députés conservateurs (313 actuellement), Johnson était toujours arrivé en tête: 114 voix avec neuf concurrents au 1er tour, le candidat arrivé 2e, Hunt, en obtenant seulement 46, puis au fur et à mesure des éliminations, il avait obtenu la majorité absolue dès le 4e tour (157 voix avec 3 opposants: Gove, 61 voix, Hunt, 59 et Javid, 34) et 160 voix contre 77 à Hunt (sélectionné pour le vote auprès de l’ensemble des adhérents) et 75 à Gove au 5e et dernier tour réservé aux députés.

Dès son élection qui fait de lui aussi et surtout le nouveau premier ministre du Royaume-Uni (selon la coutume séculaire de ce pays), Boris Johnson a annoncé que le Brexit aurait lieu le 31/10/2019, même sans accord. Lui qui était accusé par certains de ses opposants d’être changeant, il n’a cessé de marteler pendant 1 mois et demi de campagne (15 jours auprès des seuls députés du parti conservateur et un mois auprès de l’ensemble des adhérents du parti) que le Brexit aurait lieu même s’il ne réussissait pas à convaincre les eurocrates de Bruxelles de négocier un nouvel accord, celui négocié par Theresa May ayant été largement rejeté trois fois par le Parlement britannique.

Son adversaire était prêt à un nouveau report… mais pour quoi faire puisque les dirigeants de l’UE ne veulent pas négocier de nouvel accord. Alors qu’en indiquant une date fixe, Johnson pourrait bien inciter les dirigeants de l’UE à renégocier pour éviter une sortie sans accord peut-être plus préjudiciable à l’UE qu’au Royaume-Uni.

Contrairement à ce qu’ont dit de nombreux media, ce n’est pas à cause de la difficulté à convaincre les parlementaires de Theresa May que ce précédent accord avait été rejeté, mais parce qu’il était très désavantageux pour le Royaume-Uni, prévoyant notamment un coût de 60 milliards d’euros pour le pays (soit plus de 3 années de contributions nettes du pays à l’UE). Ce désavantage était tel que les Brexiters les plus prêts à faire de gros sacrifices financiers pour sortir de l’UE ont trouvé que ce que la Commission européenne proposait, c’était vraiment trop.

Johnson a indiqué la politique générale qu’il comptait mener parallèlement au Brexit, pour donner à celui-ci une plus grande efficacité:

  1. Améliorer le système de santé
  2. Améliorer les infrastructures
  3. Améliorer le système scolaire
  4. Lutter contre la délinquance par l’augmentation des forces de police
  5. Maintenir une économie forte.

Pour l’instant, les incertitudes liées au Brexit n’ont que bien peu affecté la réussite économique du pays. Le taux de chômage est au plus bas niveau depuis 1975. Le 5e point, qui n’est pas d’ailleurs pas ce qui intéresse le plus les électeurs (ils ont surtout voté pour le Brexit pour rendre au Royaume-Uni les moyens de lutter efficacement contre l’immigration excessive) sera le point le plus facile à atteindre, probablement, pour le prochain gouvernement de Johnson qu’il est en train de former.

Trois stratégies semblent s’offrir à Johnson pour empêcher le Parlement de bloquer le Brexit.

  1. Passer en force en suspendant le Parlement dans les jours qui précéderont ou suivront la date prévue pour le Brexit (31/10) afin de l’empêcher de voter un amendement contre un Brexit sans accord ou considérer, en se référant notamment au droit de l’UE, que seul le premier ministre du Royaume-Uni peut désactiver l’article 50 du Traité de Lisbonne menant à la sortie de l’UE. Ainsi, un vote du parlement britannique contre une sortie sans accord n’obligerait nullement le premier ministre à demander à la Commission européenne un nouveau report. Or, sans accord et sans demande de nouveau report de la date de sortie, la sortie devient effective comme l’a indiqué la Commission européenne elle-même.
  2. Une méthode plus douce, mais obligeant à quelques concessions. Obtenir un vote du parlement favorable à une sortie sans accord, grâce au soutien de quelques dizaines de travaillistes favorables au Brexit, pour compenser les quelques dizaines de députés conservateurs hostiles au Brexit. Du côté du parti libéral démocrate et des nationalistes écossais ou même gallois, il n’y a rien à espérer: ils se sont montrés très favorables à l’UE jusqu’à aujourd’hui. Mais pour cela, il faudra des concessions au parti travailliste, ce qui paraît compliqué car Theresa May a déjà échoué en essayant cette stratégie même si elle n’a eu que quelques semaines pour négocier avec le parti travailliste. Les électeurs travaillistes n’ont d’ailleurs pas apprécié ces négociations, du moins  si on en juge d’après le résultat de leur parti, en nette baisse, aux dernières élections européennes.
  3. Dissoudre le Parlement pour obtenir une majorité de députés favorables à une sortie sans accord. Mais le semi-échec (perte de la majorité absolue) de May en 2017 et la brièveté du temps disponible d’ici le 31/10 ne plaident pas en faveur de cet option.

Nous en saurons un plus plus lorsque nous connaîtrons la composition du gouvernement de Johnson, dont Trump, son ami, a rapidement salué son accession au poste de premier ministre du Royaume-Uni.

Et puis, s’il était nécessaire de bouter les Anglais hors de France en 1429, lorsque Sainte Jeanne d’Arc est intervenue sous l’ordre de “Mon Seigneur, le Roi du Ciel”, il est quand même souhaitable qu’ils soient les maîtres… chez eux!

G. Paume

En photo, Johnson (à gauche) en train de discuter avec Trump.

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Un commentaire

  1. Boris ne terrasse personne et s’en va brasser du vent pour la City ?!

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