L’Irlande du Sud doit voter aujourd’hui pour son nouveau parlement, une étape électorale fondamentale pour le futur du pays.  Et de l’Union Européenne. Parce que le vainqueur des urnes aura le rôle de premier plan dans les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni qui décideront de la future relation économique entre la Grande-Bretagne, Bruxelles et l’Irlande.

Pour  la première fois, les nationalistes du Sinn Fein , l’ex-branche politique de l’IRA, sont en tête dans les sondages : les trois premiers partis sont au coude à coude. Le résultat le plus surprenant concerne les nationalistes du  Sinn Fein qui sont en tête avec environ 25%. Ce serait un score sans précédent dans l’histoire irlandaise. Ce résultat positif du parti qui milite pour la réunion des deux Irlande est du à divers facteurs : un renouveau interne avec Mary Lou McDonald à la tête du parti. ; une  image rénovée pour laisser derrière le parti un passé de divisions et de tragédies ; une ligne de réconciliation nationale ; joue également les deux thèmes mis en avant et au cœur des problèmes irlandais, la santé et les habitations sociales. Pour ces deux questions le Sinn Fein propose une politique de gauche, plus d’impôts et plus d’investissements publics. Le Brexit est l’autre grand sujet, pour le parti nationaliste c’est le « moment de changer ».

Ce sera cependant difficile pour le parti aux couleurs de la verte Irlande de remporter la victoire totale puisqu’il ne présente pas des candidats à tous les sièges de député et qu’il est exposé à l’ostracisme des deux autres partis majoritaires, Fianna Fáil et Fine Gael, Le Sinn Fein risque de se retrouver à nouveau dans l’opposition. Parce que la route pour guérir des blessures de la guerre civile est encore longue.

Francesca de Villasmundo

Cet article vous a plu ? MPI est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

3 commentaires

  1. Laurent Isnard says:

    Le Sinn fein est un parti nationaliste, certes, mais ultra pro-avortement, et qui a envoyé -très curieusement- à Londres une délégation pour demander la “légalisation” de l’avortement en Irlande du Nord où il est encore interdit.

    Le Sinn fein a par ailleurs beaucoup contribué au pourrissement des moeurs en Irlande indépendante. Il a récemment exclu un de ses membres ayant appelé à voter en faveur du maintien de l’interdiction de l’avortement lors du référendum de 2018.

    Les médias de la pensée unique soutiennent désormais ce parti. Les catholiques doivent plutôt soutenir les candidats de Renua Ireland (conservateurs sociaux) ou Aontu qui militent non pas, malheureusement, pour la ré-interdiction de l’avortement, mais pour des mesures ayant comme objectif de réduire le nombre d’avortements (soins aux enfants survivant à un avortement, rendre illégal l’avortement lié au handicap de l’embryon ou à son sexe, objection de conscience pour le personnel médical, possibilité pour une mère tentée d’avorter de voir les mouvements de son enfant par ultra-son).

    Renua est un meilleur parti, me semble t’il, que Aontu, car il propose une politique familiale d’ensemble. Il lutte contre l’euthanasie en proposant une amélioration des soins aux personnes âgées, contre la pornographie. Il s’oppose aux LGBT. Et il prône une réduction des impôts pesant sur les familles. Il s’oppose à l’individualisation des impôts (qui ne sont plus calculés sur une base familiale) qui constitue une injustice contre les familles.

    http://www.renuaireland.com/policies/family-policies

    • Hélas, c’est b ien la réalité. Mais tous les partis sont infectés par la culture de mort, à des degrés divers. Ce n’est donc pas dans les urnes que nous trouverons la résolution de nos problèmes.

  2. Nicolas says:

    Je suis résident en Irlande du Nord depuis quelques années, et je pense qu’une petite précision est nécessaire pour une meilleure compréhension de la situation politique de l’île alors qu’on l’analyse au travers de notre prisme français.

    Le parti Sinn Fein n’est ni plus ni moins que l’équivalent de notre Parti Socialiste. Attention à l’impression que peut faire le terme “nationaliste” dans notre grille de lecture française.

    En Irlande, “nationaliste” signifie avant tout “favorable à la nation irlandaise, soit à la conception selon laquelle l’île d’Irlande devrait être le territoire d’un seul État, puisque correspondant à une seule nation”. Aux antipodes des “nationalistes” sont les “unionistes” ou “loyalistes”, que l’on retrouve aujourd’hui en Irlande du Nord uniquement et qui, eux, sont favorables à “l’union” des six comtés représentant la province d’Irlande du Nord avec le “Royaume-Uni”, c’est-à-dire ceux qui sont “loyaux” à la couronne britannique. Cela n’a rien à voir avec le “nationalisme” tel qu’on peut le définir dans les pays d’Europe de l’ouest.

    En effet, s’inscrivant en opposition aux “unionistes”/”loyalistes”, d’essence presbytériens et extrêmement conservateurs sur le plan sociétal (souvenons-nous que l’Irlande du Nord a été, jusqu’en octobre 2019, le dernier pays d’Europe interdisant avortement et “mariage” homosexuel–ça leur a été finalement imposé par Londres), Sinn Fein prend la posture exactement opposée : ce sont des pro-avortement, des partisans résolus de l’agenda LGBT, des immigrationnistes obsédés par le multiculturalisme, des fervents partisans de l’Union Européenne, et résolument des anti-catholiques de philosophie néo-marxiste.

    Si l’IRA a, à sa formation, eu une résonance catholique, celle-ci s’est effacée au fil des décennies, dans un premier temps suite à la reprise par la franc-maçonnerie de l’idéal de libération de la “nation irlandaise”, puis dans les années 60-80 lorsque l’argent des services secrets étrangers (principalement américains) a commencé à alimenter leurs caisses pour déstabiliser l’Irlande du Nord et saper la puissance industrielle britannique (à l’instar, à la même période, de ce qui s’est passé pour nous en Algérie Française).

    Donc que Sinn Fein arrive en tête, que les “nationalistes” arrivent en tête, n’est absolument pas de bon augure pour l’Irlande. La République continue de s’enfoncer dans la dégénérescence civilisationnelle et le catholicisme n’est plus, pour l’Irlandais moyen, qu’un rituel familial, une vague superstition, un souvenir du passé. Souvenons-nous que plus de 90% des 18-25 ans ont voté en faveur de l’avortement lors d’un référendum tenu il y a bientôt deux ans.

    Sinn Fein, s’il est majoritaire en République d’Irlande, se synchronisera avec la majorité qu’il est amené à obtenir au parlement nord-irlandais lors des prochaines élections pour travailler à une réunification des deux territoires de l’île. Il est à gager que Londres larguera alors cette province de laquelle elle a retiré toutes ses industries stratégiques et qui, miné par le chômage et la drogue, ne tourne aujourd’hui que sur l’agriculture, le tourisme, et les centres d’appel de sociétés internationales, c’est-à-dire, en somme, sur le modèle économique la République d’Irlande.