Une étude de Gasim, le centre d’analyse stratégique du ministère allemand de l’Intérieur sur l’immigration clandestine, souligne comment la présence d’ONG en mer pourrait faciliter « l’arrivée » des migrants.

Pull factor est l’un de ces termes anglais  qui est entré, ces dernières années, dans la langue commune. Le terme fait référence à l’une des urgences les plus importantes de l’Europe, celle concernant l’immigration illégale et, en particulier, à la capacité ou non de certains facteurs d’être un élément d’attraction qui pousse de plus en plus de migrants dans la mer. Avec une attention particulière au discours concernant les ONG. Depuis des années, la question se pose de savoir si la présence des navires de ces organisations en Méditerranée centrale favorise le départ des bateaux des côtes libyennes.

Plusieurs visions existent sur cette question, en Europe, d’opinions, mais aussi idéologiques : ceux qui sont politiquement proches des activités des organisations n’admettront jamais que la présence des navires est un « facteur d’attraction » pour les migrants, ceux qui, en revanche, voudraient que les ONG restent stationnées dans les ports ont toujours déclaré le contraire, c’est-à-dire que les actions des organisations pourraient attirer de plus en plus de embarcations sur les côtes européennes.

Dans le journal allemand Die Welt, une étude très intéressante et particulièrement objective a été publiée ces derniers jours. Il s’agit d’une analyse réalisée par Gasim, qui est le centre d’analyse stratégique sur l’immigration illégale du ministère allemand de l’Intérieur. L’étude est donc réalisée par un organisme public allemand qui, à ce titre, est appelé à une certaine impartialité dans ses réflexions.

Deux aspects ont été mis en évidence dans l’analyse Gasim. Le premier concerne les prévisions pour les mois à venir :

« L’expérience a montré, lit-on dans le document rapporté par Die Welt, qu’il y aura une augmentation des départs dans les prochains mois d’été. »

Rien de surprenant sur ce point, étant donné que pendant des années le phénomène migratoire a atteint son apogée en été, lorsque les conditions météorologiques semblent plus favorables aux traversées.

L’autre aspect, pour évaluer l’ampleur du phénomène migratoire dans les semaines à venir qui pourrait dépendre, entre autres, « de l’intensité des combats en Libye, de la poursuite du développement de la pandémie Covid et les capacités des réseaux de contrebande et des services de sauvetage maritime publics et privés » , concerne les Pull Factor, ces « facteurs d’attraction. Les secours publics et privés pourraient représenter l’un des facteurs les plus importants à évaluer pour comprendre l’intensité du phénomène migratoire. La présence de navires d’ONG pourrait donc entraîner davantage de départs des côtes libyennes.

Mais attention : l’aide privée n’est pas considérée comme le principal facteur d’attraction, mais combinée avec d’autres éléments capables de déterminer la tendance des flux. Dans l’étude, il a été précisé que les départs sont notés et enregistrés même en l’absence de navires d’ONG en mer. En outre, une grande importance a été accordée aux débarquements fantômes et donc à la présence de débarquements autonomes qui se produisent chaque mois le long des côtes européennes.

Cependant, comme spécifié dans la même analyse, quand il y a des navires des organisations, tout est un peu plus simple :

« Quand il y a des navires d’ONG, il y a des départs convenus, lit-on dans l’étude Gasim. Selon les réfugiés et les migrants, les trafiquants utilisent la fonction de localisation de divers sites Web pour déterminer la position des navires des ONG et, dans certains cas, ils les ont contactés par téléphone satellite. »

En résumé, pour les trafiquants, il suffit de jeter un coup d’œil aux sites habituels où les positions maritimes des navires sont attestées et, une fois qu’ils ont retracé les coordonnées des ONG, ils peuvent envoyer leur propre “chargement” de migrants. Donc, aucun bateau de patrouille ou vedette des garde-côtes ne peut vraiment arrêter la course des embarcations vers les navires humanitaires, avec ses migrants à bord qui ont la possibilité d’arriver en Europe.

L’étude allemande prouve donc à quel point les ONG, premièrement, facilitent la vie de ceux qui envoient les embarcations de migrants en Méditerranée centrale, et deuxièmement, peuvent être directement contactées depuis la côte libyenne. Un contexte donc où, quelque soit le point de vue idéologique, le rôle des organisations non gouvernementales est loin d’être secondaire dans la dynamique des flux migratoires.

Qui sait si ce rapport aura du poids au sein de la Chancellerie allemande ? En effet, deux ONG allemandes sont impliquées en Méditerranée : le Sea Watch et le Sea Eye. Or, bien qu’elles  aident les clandestins à débarquer dans l’Union Européenne, elles n’ont jamais été rappelées à l’ordre par le gouvernement de Berlin. Au contraire, la relation entre les deux organisations et l’exécutif dirigé par Angela Merkel a toujours semblé plutôt « ambiguë ».

Francesca de Villasmundo

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