Mgr Viganò, qui ces derniers temps fait entendre gravement sa voix, se penche sur le dernier texte de S.E. Athanius Schneider intitulé Il n’y a pas de volonté divine positive ni droit naturel pour la diversité des religions que MPI a publié le 9 juin dernier.

L’archevêque « rebelle » analyse notamment, et la fait sienne, la saine critique faite par Mgr Schneider du concile Vatican II, particulièrement concernant cette fameuse liberté religieuse « que le Concile Vatican II, explique-t-il, a théorisée en contredisant le témoignage de la Sainte Écriture, la voix de la Tradition et le Magistère catholique qui est le gardien fidèle des deux ».

« Le mérite de cet essai, continue Mgr Viganò, réside d’abord dans le fait d’avoir pu saisir le lien de causalité entre les principes énoncés ou impliqués par Vatican II et leur effet logique et conséquent dans les déviations doctrinales, morales, liturgiques et disciplinaires qui se sont produites et se sont progressivement développées jusqu’à ce jour » montrant ainsi une « nature subversive et rebelle ».

Même « les tentatives de corriger les excès du Concile, invoquant l’herméneutique de la continuité, se sont révélées infructueuses : Naturam espellas furca, tamen usque recurret (Horace Epist. I, 10:24). La Déclaration d’Abu Dhabi et, comme Mgr. Schneider observe à juste titre, ses prémices du panthéon  d’Assise, ‘’a été conçu dans l’esprit du Concile Vatican II‘’ comme le confirme fièrement Bergoglio ».

« Cet ‘’esprit du Concile‘’ est le passeport de légitimité que les novateurs opposent aux critiques, sans se rendre compte que c’est précisément en avouant cet héritage que se confirme non seulement la fausseté des déclarations actuelles, mais aussi la matrice hérétique qui devrait les justifier. »

Et c’est bien à cause de cet « esprit du Concile, que Mgr Viganò se dissocie de Mgr Schneider sur un point : alors que l’évêque d’Astana espère et croit « qu’un futur pape ou concile œcuménique corrigera les déclarations erronées professées par Vatican II », l’archevêque y voit, même si c’est « avec les meilleures intentions », un danger qui « sape les fondations de l’édifice » :

« En fait, si nous admettons qu’il puisse y avoir des actes magistériels qui, en raison d’une sensibilité modifiée, sont susceptibles d’être abrogés, modifiés ou interprétés différemment au fil du temps, nous tombons inexorablement sous la condamnation du Décret Lamentabili, et nous finissons par donner raison à celui qui, récemment, précisément sur la base de cette hypothèse erronée, a déclaré la peine de mort ‘’non conforme à l’Évangile‘’, modifiant ainsi le  Catéchisme de l’Église catholique. Et d’une certaine manière, nous pourrions, avec ce même principe, croire que les paroles du Bienheureux Pie IX dans Quanta cura ont été corrigées d’une manière ou d’une autre par Vatican II, tout comme Son Excellence espère que cela pourrait arriver pour Dignitatis humanæ. »

En ce jugement Mgr Viganò rejoint celui de Mgr Lefebvre, l’évêque qui s’opposa dès le début au Concile et à ses nouveautés hérétiques et qui conclut, dès 1978, à l’impossibilité de corriger le dernier concile du Vatican :

« quand tout un ensemble de documents est rédigé avec un esprit faux, avec un esprit moderniste, il est pratiquement impossible de l’expurger complètement. Il faudrait le recomposer complètement pour lui donner un esprit catholique. » (Conf., Écône, le 14 déc. 1978).

Dans la deuxième partie de son analyse, Mgr Viganò expose les ambiguïtés et les erreurs conciliaires, leur matrice anti-catholique, ainsi que leurs conséquences logiques pratiques et hérétiques dont il donne des exemples actuels :

« Nous avons sincèrement cru que voir Jean-Paul II entouré d’hommes saints, bonzes, imams, rabbins, pasteurs protestants et autres hérétiques montrait la capacité de l’Église à réunir des peuples pour invoquer de Dieu la paix, tandis que l’exemple faisant autorité de ce geste sonna le départ d’une kyrielle déviante de panthéons plus ou moins officiels, pour en arriver à voir l’idole impure de pachamama portée par certains évêques, cachée de manière sacrilège sous l’apparence présumée d’une maternité sacrée. Mais si le simulacre d’une divinité infernale a pu entrer à Saint-Pierre, cela fait partie d’un crescendo que la partition prévoyait depuis le début. (…)

Si la pachamama a pu être adorée dans une église, nous le devons à Dignitatis humanae. Si nous avons une liturgie protestante et parfois même paganisée, nous la devons aux actions révolutionnaires de l’archevêque Annibale Bugnini et aux réformes post-conciliaires. Si le document d’Abu Dhabi a été signé, c’est grâce à Nostra Aetate. Si nous en sommes venus à déléguer les décisions aux Conférences épiscopales, même en violation grave du Concordat, comme cela s’est produit en Italie, nous le devons à la  collégialité, et à sa version actualisée de la synodalité. Grâce à laquelle nous nous sommes retrouvés avec Amoris Laetitia et à devoir chercher un moyen d’empêcher qu’apparaisse ce qui était évident pour tout le monde, à savoir que ce document, préparé par une machine organisationnelle impressionnante, devait légitimer la communion pour les divorcés et les concubins, tout comme Querida Amazonia  sera utilisée pour légitimer des femmes prêtres (très récemment le cas d’une ‘’vicaire épiscopale‘’ à Fribourg) et l’abolition du célibat consacré. Les prélats qui ont envoyé les  Dubia à François, à mon avis, ont fait preuve de la même pieuse naïveté : penser que face à la contestation argumentée de l’erreur, Bergoglio aurait compris, corrigé les points hétérodoxes et demandé pardon. » 

Espoirs utopiques : comme le souligne Mgr Viganò, « ce n’est pas un hasard si les partisans de Bergoglio sont les mêmes qui voient dans le Concile le premier événement d’une nouvelle église, avant laquelle il y avait une vieille religion avec une vieille liturgie. Ce n’est pas un hasard, précisément : ce qu’ils affirment impunément, provoquant le scandale des modérés, c’est aussi ce que croient les catholiques, à savoir que malgré toutes les tentatives d’herméneutique de la continuité misérablement anéanties lors de la première confrontation avec la réalité de la crise actuelle, c’est indéniable qu’à partir de Vatican II une église parallèle a été construite, superposée et opposée à la véritable Église du Christ. Elle a progressivement obscurci l’institution divine fondée par Notre-Seigneur pour la remplacer par une entité fallacieuse, correspondant à la religion universelle souhaitée que la franc-maçonnerie a théorisée en premier. Des expressions comme nouvel humanismefraternité universelledignité humaine sont les mots d’ordre de l’humanitarisme philanthropique qui nie le vrai Dieu, de la solidarité horizontale de vague inspiration spiritualiste et de l’irénisme œcuménique que l’Église condamne sans appel. »

Pour terminer, saluons l’honnêteté de cet archevêque conciliaire et revenu du Concile et d’une fausse obéissance :

« Je l’avoue avec sérénité et sans controverse : j’étais l’un des nombreux qui, malgré de nombreuses perplexités et craintes, qui s’avèrent aujourd’hui absolument légitimes, ont fait confiance à l’autorité de la Hiérarchie avec une obéissance inconditionnelle. En réalité, je pense que beaucoup, et moi parmi eux, n’ont pas envisagé au départ la possibilité d’un conflit entre l’obéissance à un ordre de la Hiérarchie et la fidélité à l’Église elle-même. A rendre tangible la séparation contre nature, je dirais même perverse, entre la Hiérarchie et l’Église, entre l’obéissance et la fidélité, est certainement ce dernier pontificat. (…)

« Voilà, comme honnêtement et sereinement j’ai obéi il y a soixante ans à des ordres répréhensibles croyant qu’ils représentaient la voix aimante de l’Église, ainsi aujourd’hui avec une sérénité et une honnêteté égales je reconnais que j’ai été trompé. Être cohérent  aujourd’hui en persévérant dans l’erreur serait un choix malheureux et me rendrait complice de cette fraude. Revendiquer une clarté de jugement dès le début ne serait pas honnête : nous savions tous que le Concile représentait plus ou moins une  révolution, mais nous ne pouvions pas imaginer qu’il se révélerait si dévastateur, grâce qui plus est au travail de ceux qui auraient dû l’empêcher. (…)

« L’Église a célébré la Sainte Trinité dimanche dernier, et propose dans le bréviaire la récitation du Symbolum Athanasianum, désormais proscrit par la liturgie conciliaire et déjà limité à seulement deux occasions dans la réforme de 1962. De ce symbole aujourd’hui disparu, restent gravés en lettres d’or les premiers mots : ‘’Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat Catholicam fidem; quam nisi quisque integram invioletamque servaverit, absque dubio in aeternum peribit.‘

+ Carlo Maria Viganò, Sant’Efrem, 9 juin 2020 »

Certains surnommèrent en son temps Mgr Lefebvre, l’Athanase des temps modernes, car il vit, seuls parmi les évêques, voix qui crie dans le désert, dès la fin du concile Vatican II que ce dernier serait « si dévastateur» pour l’Eglise catholique. Souhaitons à ce courageux Mgr Viganò de devenir un de ses disciples !

Francesca de Villasmundo

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