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La Mort de Socrate,  Jean Baptiste Alizard, 1762, Louvre

« Le Droit de Mourir dans la Dignité » : vraiment ?

La crise culturelle consécutive à la déchristianisation du pays a entrainé un profond remodèlement de nos représentations mentales. Parmi elle, celle, séculaire, de la mort. Outre le succès de la crémation, la propagande pour le suicide assisté, dans un Occident rupture avec lui-même sur bien des sujets en est un signe frappant.

À l’heure actuelle, il est déjà légalisé en Suisse, en Autriche ainsi que dans dix États des États-Unis.

D’autres pays l’autorisent, conjointement l’euthanasie ; c’est le cas au Pays-Bas, au Luxembourg, en Espagne, au Canada, en Belgique, en Nouvelle-Zélande et dans cinq États australiens. Dans tous ces pays, le nombre des demandes grimpe, jusqu’à constituer de 3 à 5 % des décès.

Le phénomène concerne essentiellement les septuagénaires et octogénaires atteints de tumeurs, de maladies neurologiques ou de polypathologies, dont près des deux tiers se trouvent en fin de vie à brève échéance.

L’exemple suisse est particulièrement significatif.

Il fonctionne grâce à un réseau associatif d’encadrants bénévoles volontaires, bien ancré dans la culture helvétique. Ce modèle contourne la question de l’objection de conscience discutée en France.

Dès lors que le demandeur semble encore posséder tout son discernement, ne revendique pas « un motif égoïste »  et se révèle capable d’accomplir lui-même le geste létal, l’opération se déroule dans une dimension alliant étonnamment l’administratif et l’émotionnel : « On s’assure d’avoir les documents nécessaires, transmis les clés ou contacté les pompes funèbres, tout en devant se dire au revoir puisque la mort est annoncée et vient. Et personne, au fond, n’est vraiment préparé à ça. Alors on fait comme on peut, sur le moment.

C’est assez marquant », notait en 2021 l’anthropologue Marc-Antoine Berthod[1].

Ce qui est en effet marquant, c’est l’évacuation du religieux  dans l’élaboration de tout ce processus.

Les études montrent que le suicide assisté concerne majoritairement des femmes, veuves, atteintes de polypathologies et lasses de se survivre dans la solitude. « J’ai donné une conférence en Valais l’autre jour et dans la salle il n’y avait quasiment que des femmes.

On a l’impression que la fin de vie n’est une problématique qui ne concerne qu’elles », témoigne Jean-Jacques Bise, membre d’Exit, un association suisse romande pour « le Droit de Mourir dans la Dignité ». C’est aussi, remarque-t-il, un phénomène générationnel, concernant celle  ayant lutté pour l’autodétermination : « J’ai moi-même milité pour l’accès à l’avortement, pour plus de droits. »

Voici un constat intéressant sur une génération qui sortit de son chapeau, pêle-mêle, la libération des mœurs, mai 68 , la cybernétique, Vatican II… Comme si cette génération, au seuil de la mort, cherchait à légitimer l’erreur qui a façonné les faits marquant de son existence : une rupture continuelle d’avec la tradition.  Comme l’assure le dicton,  « on meurt comme on a vécu »

Sur le site de l’association, se trouvent différentes rubriques et propositions innovantes, comme « Ma mort avec EXIT » (pour rendre « plus humain » le processus) ou « Une vie une histoire » (pour laisser un témoignage à ses proches)…

C’est la société du coaching et de l’assistanat payant qui se sublime ici, pour celui qui part comme pour ceux qui restent.

On dira que sur un plan purement humanitaire, il est difficile de contester toutes ces bonnes intentions. Certes ! Sur un plan pratique, on peut regretter néanmoins que toute cette sémantique du droit à mourir dans la dignité n’euphémise, dans son vécu, la réalité spirituelle  de la mort.

C’est ce que Philippe Ariès appelle « la mort inversée », phase ultime de sa médicalisation et du mensonge qui en découle: «La société ne fait plus de pause. Tout se passe dans la ville comme si personne ne mourait plus[2] ».

La légalisation du suicide assisté, telle que les pays occidentaux tendent à la pratiquer, occulte en effet toute considération philosophique, théologique ou eschatologique commune, capable de maintenir la cohérence d’une civilisation.

Elle contient la mort dans une sphère privée, la réduit à une question uniquement juridique et individuelle, déritualisée, étrangère toute considération sur la Résurrection, le péché, le jugement particulier, la vie dans l’Au-delà, les prières et intercessions des vivants…

Quelle amputation ! Que nous sommes loin du temps des gisants, des orants !

Loin de l’héroïsme de l’âme chrétienne qui, soucieuse  de ne pas s’aveugler sur le tragique de la mort, savait, lui, la considérer avec une réelle dignité.

Le petit Béraldien

[1] La mort appréciée, l’assistance au suicide en Suisse. » Alexandre Pillonel, Marc-Antoine Berthod, Dolores Angela Castelli Dransart, Anthony Stravianakis, Éditions Antipodes.

[2] Ph Ariès, L’homme devant la mort », II, Points Sueil, p 270

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