La journaliste Aliette de Laleu vient de nous gratifier dans Slate d’un article surprenant au titre fracassant :

« Musique: malheureusement, les instruments ont un sexe »

« On associe certains instruments de musique à un genre: masculin ou féminin. Une réflexion qui relève à la fois de l’histoire de la musique, mais surtout de bons gros clichés. »

http://www.slate.fr/story/156416/instruments-musique-genre-sexe

Le lecteur de base aurait pu légitimement imaginer que madame de Laleu nous apporterait ses lumières de « Journaliste spécialisée en musique classique » (sic !) sur l’origine du genre des instruments, comme le sous-titre de l’article le laisserait supposer…

C’est vrai qu’on peut se demander pourquoi épinette, clarinette ou trompette sont du genre féminin, quand clavecin, hautbois ou cor sont du genre masculin…

Et que dire de l’orgue, masculin au singulier et féminin au pluriel ?… Mais pas du tout !

L’analyse que nous livre cette auteur.e porte sur le sexisme dans le monde… des interprètes !

Car madame Laleu se revendique « féministe » ! Le grand mot est lâché !

http://www.slate.fr/source/155111/aliette-de-laleu

Et là effectivement elle évoque de « bons gros clichés » : ceux qui associent une méconnaissance totale de la spécialité – à moins que ce ne soit de la pure mauvaise foi – à une indéniable bêtise qui n’excuse pourtant l’abyssale ignorance dont elle fait ici preuve !

Mais faut-il en rire quand on pense qu’elle sévit sur la station radio qui est considérée comme LA référence nationale en matière de musique classique : France Musique ?

Sans reprendre point par point les inepties dont elle est prolixe, nous nous contenterons d’évoquer quelques personnalités célèbres que visiblement elle ne doit pas connaître. Ainsi, si d’aventure elle lit ce texte, elle apprendra au moins quelque chose…

La thèse féministe de madame Laleu est de chercher à démontrer que le milieu professionnel orchestral est un infâme ramassis de machistes méprisant le beau sexe, alors qu’à l’époque du Moyen Age les femmes tenaient une place très importante dans la musique.

A l’appui de cette affirmation osée, elle cite même deux critiques musicaux aux commentaires effectivement peu amènes mais de 1840 et de 1912 : au XXIeme siècle, les féministes doivent aller chercher loin leurs têtes de turc. Jugez-en !

«La femme qui empiète sur les instruments spécialement réservés aux hommes et qui, par exemple, joue du violon, de la flûte ou de la contrebasse, a, pour l’ordinaire, une allure de caractère masculin et un soupçon de moustaches.» (Albert Cler – 1840)

Et à propos des concours de harpe, ce commentaire dont nous laisserons la responsabilité à son auteur :

«Aux concours annuels de harpe, on voit parfois un timide adolescent, fourvoyé dans l’essaim blanc et rose des fillettes aux doigts légers, se présenter gauchement sur la scène qu’attriste son veston noir et froisser de ses rudes phalanges les cordes d’or toutes vibrantes de la douce caresse de jolis bras nus.»

(Emile Vuillermoz dans Le Péril rose – 1912)

Et là, toute frétillante de ces trouvailles, Aliette de Laleu ironise sur la supposée fragilité féminine qui aurait cantonné les femmes à des instruments considérés comme féminins tels le piano ou la flute, estimant que les autres instruments à vent étaient considérés comme « demandant trop de souffle pour les femmes qui n’étaient pas accueillies dans les classes de conservatoire de hautbois ou de trombone.» (sic !)

On notera d’abord que cette pauvre ignorante mélange – ou confond – la musique pratiquée de manière professionnelle par les concertistes et la musique de loisir ou de salon, telle qu’elle se pratiquait beaucoup dans la bourgeoisie et l’aristocratie au XIXeme siècle, très souvent associée au chant d’ailleurs…

De ce point de vue un instrument comme le hautbois, ou le trombone, est évidemment inenvisageable autrement qu’en accompagnement dans une formation musicale déjà conséquente!

Mais c’est peut-être déjà un peu compliqué à comprendre pour elle…

Tout comme le fait que la professionnalisation, en musique comme dans de nombreuses autres activités, est un phénomène récent qui, date des années soixante/ soixante-dix quand les femmes ont massivement investi le monde du travail…A peine une génération…

(Avant, les femmes virtuoses se recrutèrent donc naturellement dans des familles de musiciens.)

Que des classes de conservatoire jusqu’aux années deux mille se soient très préférentiellement adressées aux hommes pour les instruments d’orchestre à perspective professionnelle est parfaitement logique, tout comme le fait que cela évolue aujourd’hui…

Le plus grave est sa méconnaissance des grand.e.s virtuoses féminines comme masculins du XXeme soigneusement occulté.e.s car constituant de cinglants contre exemples à sa théorie fumeuse.

Quant à l’idée sexiste avancée qui distingue les instruments en fonction de capacités physiques et qui veut que l’on aurait considéré que les hommes ont plus de souffle que les femmes pour justifier de cette « ségrégation » il suffira de lui opposer les performances des cantatrices en la matière…

Le chant impose un développement important de la cage thoracique qui explique en revanche que les intéressées rentrent, pour la plupart, plus facilement dans une taille 46 que dans du 34…

C’est probablement un constat « sexiste » mais c’est une réalité !

La flute serait, selon elle, un instrument féminin… Elle fait même une véritable fixation dessus…

Loin de moi l’idée de nier qu’il existe d’excellent.e.s flûtistes, mais j’attends encore de voir émerger sur la scène internationale des virtuoses aussi réputés que Jean Pierre Rampal ou Maxence Larrieu !

La harpe est aussi un instrument « féminin » selon sa classification, ce qui fera certainement plaisir à feu Nicanor Zabaleta, l’un des plus grands virtuoses du XXeme siècle… Et pourquoi ne pas évoquer ici la dynastie des Jamet dont le père Pierre, virtuose et professeur, a fondé l’école de harpe de Gargilesse – devenu festival depuis sa mort – et dont la fille Marie-Claire a dominé la fin du siècle dans la discipline?…

Les cordes étaient un « domaine réservé aux hommes » parait-il ?

J’ignorais que Ginette Neveu fut transsexuelle !

Quant à la contrebasse interdite aux femmes « parce qu’elles étaient trop petites », j’évoquerai un souvenir d’enfance : une époque préconciliaire où lors de grandes cérémonies (souvent mariages ou enterrements) des orchestres de musique religieuse accompagnaient l’orgue.

Il existait à Paris quelques orchestres professionnels spécialisés dans cette « musique d’église ».

L’un d’entre eux avait une contrebassiste devenue célèbre car elle mesurait 1,50 m et jouait debout, montée sur un petit tabouret !

Finissons ce survol avec l’accordéon.

Voilà un instrument physique, car très lourd, un instrument qui peut être éventuellement symphonique mais qui règne surtout dans les orchestres de variété et les bals musette… Un instrument d’homme!

C’est sans doute pourquoi nous pouvons nous enorgueillir d’avoir une virtuose inégalée de l’instrument, lauréate de la coupe du monde, en la personne – bientôt centenaire – d’Yvette Horner…

Pour ne pas accabler le lecteur nous arrêteront là cette énumération qui est loin d’être exhaustive.

(Mille pardons, entre autres, à l’adresse de l’organiste Marie-Pierre Alain)

Cet article en fait, au-delà des élucubrations de son auteur.e, pose une question :

« la bêtise aurait-elle malheureusement un sexe ? »

Le débat est ouvert.

Il semblerait surtout que le féminisme contribue très largement à sa banalisation et à sa diffusion !

Claude Timmerman

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4 commentaires

  1. Merci bien de cet aperçu intéressant. J’ai remarqué que dans une partition d’orchestre de l’époque classique les seuls instruments qui soient féminins dans la langue internationale de la musique sont la tromba et la viola (da braccio, évidemment). Alors voilà, une choix pour la grande maestosa et une pour la plus délicate, car malgré son genre faible, la viola est plus grande et sonne une quinte plus bas qu’il violino.

  2. Augustin says:

    Merci pour votre article… mais… l’écriture “inclusive” utilisée, c’est pour laisser les lecteurs de MPI commenter ou bien est-ce véritablement sérieux ?
    Dans les deux cas, l’évidence nous manifeste que c’est totalement inutile, de bons articles sont parus d’ailleurs sur ce site à ce sujet, je ne sais pas si vous suivez les actualités de Medias-presse.info ? ? Je vous en recommande la lecture régulière.

    • Claude Timmerman says:

      Bon, cela m’apprendra à vouloir faire de l’humour…
      Comme vous le soulignez très justement, utiliser l’écriture inclusive est TOTALEMENT inutile, et c’est bien pourquoi j’en ai glissé ici quelques bribes…
      Dans le contexte des délires féministes que je dénonce ici, ce me semblait approprié.
      Quant à “suivre MPI”, je crois suffisamment contribuer au site pour que ce conseil soit superflu…
      Lisez mes articles!..

  3. Monsieur, Monsieur, s’il vous plaît, je ne suis pas comme Augustin.

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