Voici une lettre adressée par le Professeur Franck Bouscau à Mgr l’Archevêque de Paris pour lui reprocher d’avoir enterré Jacques Chirac, promoteur de la loi sur l’avortement, avec les honneurs de l’Eglise.

Franck BOUSCAU

Professeur Agrégé à la Faculté de Droit.

Avocat honoraire à la Cour de Paris – Spécialiste en Droit Public

Maître en Droit Canonique.

12, rue Coypel

75013 Paris

Tél : 06 88 50 85 64

Paris, le 1er octobre 2019.

Monseigneur Aupetit.

Archevêque de Paris.

Monseigneur.

Simple fidèle catholique, et un peu canoniste, je viens, comme cela est loisible à tout laïque, vous faire part de mon désaccord relatif au traitement qui a été réservé par l’Eglise au président Chirac lors de ses obsèques, lequel me paraît constituer un scandale.

En effet, sans entrer dans des détails politiques, Jacques Chirac était premier ministre à l’époque où le gouvernement français a fait adopter l’ignoble loi Veil sur l’avortement. Or cet acte est réprouvé par le droit canonique qui sanctionne les «procurantes abortum » par la peine suprême de l’excommunication (CJC 1917, canon 2350 §1 ; CJC 1983, canon 1398). Dans sa sagesse, la sainte Eglise a voulu marquer ainsi la gravité de cet acte.

Est-il juste que des femmes, certes coupables, mais parfois poussées à cette extrémité par des circonstances, subissent cette peine canonique, alors que l’un des principaux responsables politiques qui ont légalisé cette pratique assassine et l’ont donc rendue possible et facile est enterré, en présence de plusieurs évêques, non comme un pécheur public mais comme un chef d’État chrétien ? Le fait qu’il ait été président de la République change-t-il quelque chose ? Bossuet n’a-t-il pas écrit que les puissants seraient jugés puissamment et que Dieu leur demanderait un plus grand compte?

Que l’on ne me dise pas que je juge alors que nous ne devons pas juger. Je ne fais que tirer les conséquences d’actes publics et appeler au respect de la discipline ecclésiastique, qui n’est pas facultative. Pour le reste, Jacques Chirac relève désormais du tribunal de Dieu et je ne porte aucun jugement sur son sort éternel.

J’ai bien observé que, dans votre homélie, vous aviez parlé de l’attention aux plus faibles et même de « toute personne du commencement de sa vie à sa conception jusqu’à sa mort naturelle. » C’est peut-être une allusion. Si tel est le ce cas, cela est positif, mais, me semble-t-il, insuffisant. N’auriez-vous pas dû aller plus loin et refuser l’entrée de l’église à ce personnage (comme vous devriez d’ailleurs le faire, que ce soit pour les obsèques ou pour la communion, à l’égard des députés et sénateurs qui ont voté les lois avorteuses et, quand ce sera le moment, au président Giscard d’Estaing) ?

Le Pape Jean-Paul II qui disait : « le premier des droits de l’homme c’est de vivre » a aussi incité les catholiques à agir par cette phrase : « n’ayez pas peur. » Je constate avec regret que l’Eglise semble avoir peur d’un État à la laïcité agressive. Je ne m’explique pas autrement ce genre de cérémonie (de même d’ailleurs que précédemment des obsèques solennelles accordées par divers évêques à des francs-maçons notoires). Dès lors, quel crédit accorder aux normes canoniques ? Peut-on encore parler d’excommunication des femmes avortées et des francs-maçons ?

Que l’on ne m’oppose pas la miséricorde. En effet, celle-ci n’est due qu’au pécheur qui la demande en se repentant. Et je ne sache pas que le président Chirac se soit jamais repenti d’avoir fait passer la loi sur l’avortement. Si c’était le cas, sa repentance aurait dû être rendue publique, et ses obsèques auraient dû se dérouler discrètement et non en présence de plusieurs évêques (et, à défaut du courage de refuser, n’auriez-vous pu envisager un voyage urgent à Rome ou à Jérusalem, ou une maladie inattendue -morbus diplomaticus- pour épargner ce scandale ?)

La doctrine des rapports de l’Eglise et de l’État a-t-elle changé ? Nous voyons ici des évêques (qui, à ma connaissance, ne sont pas des fonctionnaires, et ne sont donc pas en service commandé) devant un parterre de politiciens athées et francs-maçons, solennisant par leur présence mitrée une cérémonie voulue par une République laïque est séparée de l’Eglise. Et, subsidiairement, n’était-ce pas au moins l’occasion d’infliger à ces politiciens quelques bonnes vérités ? Il me semble que Notre Seigneur n’avait pas tant de ménagements pour les autorités du Temple et les pharisiens de son temps  …

Je termine en précisant–mais la chose me semble aller de soi–que je n’ai aucune hostilité envers votre personne. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître. Ma démarche vise seulement à rappeler que les catholiques sont en droit d’espérer des évêques fidèles à leur tradition plutôt que des évêques républicains.

Je prie votre Excellence d’agréer l’expression de mon respect pour ses hautes fonctions et l’assurance de ma prière à son intention.

Copie : Nonciature apostolique.

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11 commentaires

  1. sabinaki says:

    Courageux, ce maître Bouscau…
    Bravo à lui ! Et merci de la part de tous les catholiques, choqués par cet enterrement dans une église.

  2. de Jabrun Benoit says:

    Il faut peut être distinguer l’homme de la situation politique. En tant que Président et avec des “troupes” qu’il fallait galvaniser il a surement été, comme d’autres (Giscard avec l’avortement),amené à prendre des orientations pas forcément dans sa pensée initiale. Finalement c’est à l’électeur qu’appartient le choix final

    • Etienne says:

      Sont-ce donc les électeurs qui décident des lois de l’Eglise et de leurs applications ?

  3. Gauvin says:

    Monsieur,
    Vous sauvez l’honneur des fidèles catholiques .

  4. François va nous régler tout ça en deux coups de cuiller à pot et une petite bulle

  5. Merci Monsieur ! vous relevez le niveau, vous donnez aux vrais catholiques une lumière d’espoir.

  6. Cadoudal says:

    peut-on être archevêque de Paris sans l’ agrément du Grand Orient ?

  7. guibus says:

    pas seulement promoteur de l’avortement, mais aussi de l’immigration de masse. Pourri un jour, pourri toujours.

  8. Stéph says:

    En tant que franc-maçon, il n’avait droit à rien.

  9. Effectivement on est stupéfait que le sinistre Chirac qui a fait voter la loi sur l’avortement en 1975 ait eu ainsi des obsèques religieuses et surtout que l’archevêque de Paris soit resté silencieux sur ce point. Il a même osé dire « merci M Chirac ». On voit combien les évêques conciliaires sont tombés bas ne rappelant plus la doctrine de l’Eglise.
    La politique de Chirac fut anti-chrétienne. Le refus d’inscrire dans la constitution européenne les racines chrétiennes de l’Europe en est un exemple parmi d’autres.
    Mis Chirac qui reçut tous les honneurs de la république sur cette terre n’a pas échappé au jugement de Dieu.
    On ne sait pas si Chirac s’et repenti de tous ses péchés commis. A- t-il reçu l’Extrême Onction ? S’est-il confessé ?
    S’il ne s’est pas repenti il y a fort à craindre pour le salut de son âme.

  10. Claude Timmerman says:

    Bon je vais casser l’ambiance… Même si je ne suis évidemment pas un fan inconditionnel de Chirac…
    Je m’étonne tout de même de cette levée de boucliers à propos de l’enterrement de Chirac quand les mêmes bien pensants (qui voteront en suite pour Sarkozy!!!) ont fait entendre un silence assourdissant au moment de l’enterrement catholique effarant d’un Jean Piere Mocky!
    Là il y avait vraiment de quoi être scandalisé!
    Je rappelle ensuite que jacques Chirac, sauf nouveau révisionnisme, n’était pas le président de la république en 1975… La loi dite Veil est le fruit du tandem infernal Giscard/Veil…
    Chirac n’était pas dans le coup et finira d’ailleurs par faire éclater un divorce latent d’avec Giscard.
    Je rappellerai enfin que Chirac ne répugnait pas à être vu à la messe (notamment à Brégançon); qu’il avait renvoyé sèchement les laîcards qui le pressaient d’interdire les aumôneries dans les lycées en disant que “c’est un combat d’un autre temps”; qu’il avait conservé la chapelle de l’Elysée que sont successeur Sarkozy s’est empressé dès son arrivée de transformer en salle d’attente!
    Bref si Chirac n’est pas un symbole de l’idéal chrétien, ce n’est pas le pire, loin de là!

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