Mgr Vigano, l’évêque issu du sérail conciliaire dont il s’extrait courageusement, dont les positions se rapprochent toujours davantage de celles de Mgr Lefebvre tant à propos du Concile, que de la crise actuelle dans l’Eglise, que sur « la présence de deux entités à Rome : l’Église du Christ qui a été occupée et éclipsée par la structure moderniste conciliaire, qui s’est établie dans la même hiérarchie et use de l’autorité de son ministère pour l’emporter sur l’Épouse du Christ et Notre Mère », a bien voulu répondre récemment aux questions du vaticaniste italien Marco Tosatti.

Les questions portent principalement sur « la situation concernant les élections présidentielles aux États-Unis et l’Église dans ce pays » et ont ainsi abordé le problème de l’avortement et de ces ‘catholiques’ qui le promeuvent comme Joe Biden, le candidat démocrate. Et parce que Mgr Vigano a bien conscience que la politique, ces relations d’un homme avec ses semblables, découle nécessairement de ses relations avec Dieu, avec la religion, il montre, dans des réponses claires et concises, combien la responsabilité du concile Vatican II est évidente dans ces positions politiques pro-avortement de personnes se disant catholiques.

Marco Tosatti se pose évidemment des questions au sujet de Joe Biden qui « prétend être catholique, mais est en faveur de l’avortement jusqu’au neuvième mois et du mariage homosexuel ». « Est-il possible alors, demande le journaliste au prélat, d’être catholique, et au niveau officiel, c’est-à-dire avec des choix politiques et rendus publics, de s’opposer à l’enseignement de l’Église, et non sur des éléments secondaires, mais sur des questions vitales? »

Réponse de Son Exc. Mgr Carlo Maria Viganò :

« La question que vous me posez, cher Tosatti, appelle une réponse articulée, mais nécessite avant tout une réflexion sérieuse et une reconnaissance lucide des responsabilités de ceux qui ont créé les conditions pour arriver à la situation actuelle.

« C’était le 22 septembre 2015, jour de l’arrivée du Pape François à Washington, à l’occasion de son voyage apostolique aux États-Unis. Lors du dîner à la nonciature, auquel assistaient certains membres de l’entourage papal, j’ai dit au pape François: “Je crois que dans l’histoire des États-Unis il n’y a jamais eu d’administration avec autant de catholiques au sommet: le vice-président Joe Biden, le secrétaire d’État John Kerry, président du Congrès Nancy Pelosi. Tous trois se déclarent ostensiblement catholiques, avorteurs, en faveur du mariage entre homosexuels et de l’idéologie de genre au mépris de l’enseignement de l’Église. Comment expliquer cette contradiction?” Et j’ai ajouté : “Un jésuite, le père Robert Frederick Drinan, sj du Boston College, a occupé le poste de représentant de l’État du Massachusetts à la Chambre des représentants de Washington pendant dix ans, de 1971 à 1981. Le père Drinan était l’un des plus fervents partisans et promoteurs de l’avortement !” Le pape François n’a pas du tout réagi, tout comme il n’a pas réagi le 23 juin 2013 lorsque, répondant à une question précise, je lui ai révélé qui était vraiment le cardinal McCarrick.

« Un autre jésuite, le Père Vincent O’Keefe, sj (que Bergoglio, en tant que Provincial de la Compagnie de Jésus, ne peut manquer d’avoir connu, ayant été Vicaire Général du Père Arrupe) comme Président de l’Université Fordham, avec le Recteur de l’Université Notre Dame, le Père Théodore M. Hesburgh, a organisé, en 1967, deux ans après la clôture du Concile, une réunion de tous les présidents des universités catholiques américaines des États-Unis à Land O’Lakes dans le Wisconsin, au cours de laquelle ils ont signé un document, connu sous le nom de Land O’Lakes Statement, qui a déclaré l’indépendance de leurs universités et collèges catholiques de toute autorité et de tout lien de fidélité au Magistère de l’Église. Ce document – que j’ai vigoureusement dénoncé dans mon rapport à Bergoglio et aux dicastères romains compétents – a eu des conséquences dévastatrices pour l’Église et pour la société civile aux États-Unis.

« Il n’est donc pas étonnant que la formation de centaines de milliers de jeunes catholiques – dont certains devinrent plus tard responsables politiques – ait conduit à cette trahison de l’Évangile dont nous voyons aujourd’hui les conséquences désastreuses. Sans surprise, Theodore McCarrick, alors président de l’Université catholique de Porto Rico, faisait partie des signataires de ce document de rébellion. »

L’analyse de Mgr Vigano constate le journaliste « ne s’arrête donc pas à une observation du phénomène actuel, mais remonte à des causes lointaines, derrière lesquelles il y a un esprit qui a planifié un projet à long terme ».

 « Ce que je veux souligner, lui explique Mgr Vigano, c’est le lien étroit entre la rébellion du clergé ultra-progressiste – jésuites en tête – et la formation de générations de catholiques, façonnée selon l’idéologie moderniste, qui a fusionné dans le Concile, qui a servi de prémisse non seulement pour 1968 dans la sphère politique, mais aussi pour la révolution doctrinale et morale dans la sphère ecclésiale. Sans Vatican II, nous n’aurions même pas eu la révolution étudiante qui a radicalement changé la vie du monde occidental, la vision de la famille, le rôle des femmes, le concept même d’autorité.

En bref : la responsabilité de cette trahison des politiciens catholiques autoproclamés repose entièrement sur le clergé infidèle, séculier et régulier, soumis à l’idéologie moderniste, et sur la Hiérarchie qui n’a ni su ni voulu intervenir avec la fermeté voulue pour éviter ce dommage incalculable à l’ensemble du corps social. En ce sens, état profond et église profonde ont évidemment agi de concert, dans le but de déstabiliser scientifiquement à la fois l’ordre civil et l’ordre ecclésiastique. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de comprendre la situation actuelle et c’est une fois de plus la tâche de l’Autorité de tout mettre en œuvre pour arrêter cette course vers l’abîme : le Saint-Siège et la Conférence épiscopale des États-Unis (USCCB) ont le devoir d’appeler à l’obéissance tant les religieux rebelles que les laïcs que ces clercs continuent de tromper et de soutenir publiquement. »

« La corruption morale et la déviation doctrinale, ajoute Mgr Vigano, sont intrinsèquement liées, et pour guérir efficacement ces blessures du corps ecclésial, il est essentiel d’agir sur les deux fronts. Si cette intervention consciencieuse n’a pas lieu, les évêques et les dirigeants de l’Église répondront à Dieu de la trahison de leur tâche de pasteurs. » (Traduction de F. de Villasmundo)

(Suite de la traduction de l’entretien prochainement)

Francesca de Villasmundo 

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