
Cette chronique de l’occupation japonaise rédigée par Sybil Kathigasu est un texte autobiographique exceptionnel à l’échelle de l’Asie du Sud-Est, publié pour la première fois en France grâce à Elsa Lafaye de Micheaux, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris, Sans une once de miséricorde – un titre tiré d’une œuvre de Shakespeare
Malaisie, 1941. Alors que les bombes japonaises s’abattent sur Singapour, la vie de Sybil Kathigasu bascule. Eurasienne et catholique, Infirmière et sage-femme, épouse et mère de famille, elle aurait pu choisir la prudence. Elle choisit la résistance. A Papan, petite ville minière isolée au pied des collines du Perak, sa maison se transforme en dispensaire de fortune et en base clandestine pour les maquisards. Au régime de terreur de l’occupation – rafles, viols, famines, exécutions –, elle oppose son courage, son intelligence, sa foi et un sens aigu de la dignité humaine. Arrêtée puis torturée, elle tient bon face à ses bourreaux, protégeant ceux qui ont cru en elle, jusqu’à la libération. Face aux tortures infligées par ses geôliers, et notamment par le sergent Yoshimura, elle oppose une résistance d’une intensité exceptionnelle. Aucun nom ne sera livré. Ni ceux des maquisards, ni ceux des intermédiaires, ni ceux des blessés qu’elle a soignés. Malgré la douleur, malgré les sévices répétés, elle tient. Mais son courage ne se limite pas à la résistance passive. En détention, elle organise, soutient, inspire. Sa capacité à fédérer les autres prisonniers, à insuffler du courage dans les pires circonstances, contribue à sa survie. Intelligence stratégique, vigilance constante, foi inébranlable : c’est cet alliage qui lui permet de déjouer, autant que possible, la machine répressive.
Elle tient grâce à la prière et l’abandon total à la Providence. Ayant fait don de sa vie pour sauver ceux qu’elle amie, privée des sacrements, elle prie, elle médite, elle offre…
« Grand Saint Antoine, s’il vous plaît, intercédez pour moi auprès de l’enfant Jésus pour qu’il me donne la force et la bravoure de faire face avec courage au sort que m’a réservé la Sainte Volonté de Dieu. Si je dois mourir, que ce soit dans l’esprit des Saints Martyrs. Mais si j’ai la vie sauve pour écrire un livre sur tout ce que j’ai pu subir, alors je fais le vœu que les revenus de ses ventes serviront à bâtir une église en votre nom, ici, à Ipoh… » Elle promet d’aller à Lourdes, ce qu’elle fera après sa libération.
Ecrite sans fioriture, du premier jour de la guerre qui opposa les Japonais aux Britanniques sur le territoire malaisien, cette histoire livre un témoignage unique et poignant sur les faits de résistance antijaponaise, l’incarcération et les tortures infligées par l’occupant. Alors que l’attaque de Pearl Harbor et les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sont passés à la postérité, la dimension civile de l’occupation japonaise en Asie du Sud Est constitue un pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale largement ignorée en Europe.
Bouleversant de courage et d’espérance, ce livre rend hommage à une figure majeure de la résistance malaisienne à l’occupation japonaise. Sybil Kathigasu, née aux Indes néerlandaises en 1899, mourut des suites des tortures subies durant l’occupation japonaise de la Malaisie en 1948. Pour son exceptionnelle bravoure durant ces heures les plus noires de l’histoire de l’Empire britannique, elle fut décorée par le roi d’Angleterre et devint une héroïne malaisienne.
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Sans une once de miséricorde, Sybil Kathigasu, Edition Fayard, 392 pages, 23 €.
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